Gilets Jaunes : passé le temps de la jactance, une ferrandinade et pas de carabistouilles

Bonjour

Déclaration  spontanée ou travail de communicants ? Après l’Acte V des Gilets Jaunes voici Richard Ferrand dans un entretien au Journal du Dimanche. Le président de l’Assemblée nationale assure, dit France Info, « le service après-vente des annonces d’Emmanuel Macron ».

Voici Richard Ferrand et, avec lui, un nouveau terme destiné à faire parler, rire ou – une nouvelle fois- énerver.

Face à la colère des Gilets Jaunes « l’engagement du président sera tenu »  assure l’ancien journaliste et socialiste Richard Ferrand . « Il n’y aura pas de carabistouille »  ajoute-t-il, notamment l’augmentation de 100 euros pour tous les salariés au niveau du Smic. « L’enjeu, c’est que la totalité des salariés payés au Smic en bénéficient, bien au-delà de ceux qui touchent la prime d’activité. Crédit d’impôt, baisse des charges salariales… tout est à l’étude, souligne encore ce très proche du chef de l’Etat. Si nécessaire, nous modifierons la première tranche de l’impôt sur le revenu pour que personne ne soit pénalisé. On ne reprendra pas d’une main ce qui aura été donné de l’autre. »

Richard Ferrand aurait aussi pu parler d’entourloupe comme le fit le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après’ » ».

Raymond Devos

L’entourloupe, on connaît bien en France (plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un) – mais la carabistouille ? Richard Ferrand ou ses communicants savent-ils que c’est un belgicisme qui s’emploie surtout au pluriel (cf. H. Baetens Beardsmore, Le Français régional de Bruxelles, 1971, p. 400).

Sans doute eût-il mieux valu parler de calembredaine ou de galéjade. Mais Richard Ferrand use ici d’un mot qu’affectionne le président de la République. Ainsi Emmanuel Macron l’avait-il  utilisé (au pluriel) lorsqu’il était, en avril dernier, invité sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut, «pour répondre aux questions que les Français se posent» :  « Il ne faut pas raconter de carabistouilles à nos concitoyens ». Le Figaro avait alors enquêté :

« Il serait dérivé de la contraction de deux termes ‘’cara’’, dont l’origine demeure obscure, et ‘’bistouille’’, c’est-à-dire le ‘’mauvais alcool’’. Un mot dont le suffixe ‘’-ouille’’ indique un usage dans le langage argotique, voire populaire.

Bien qu’aussi mystérieux que son confrère ‘’cara’’, le CNRTL tente une explication des racines du mot. Selon le dictionnaire, ‘’bistouille’’, né d’un dialecte du Nord à l’aube du XXe siècle serait probablement dérivé du préfixe ‘’bis’’ et du verbe ‘’touiller’’. »

 Mais Richard Ferrand ne s’arrête pas là. Concernant la suite du mouvement des « gilets jaunes », le président de l’Assemblée nationale dit respecter la liberté de manifester. Il ajoute toutefois : « Mais à force de rester sur les ronds-points on tourne en rond. » Ce qui n’est pas sans faire songer à un célèbre sketch de Raymond Devos centré sur le sens giratoire. Et qui pourrait conduire à l’éclosion d’un néologisme, dans l’ombre de la raffarinade, une ferrandinade ?

A demain

@jynau

 

 

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