Morte après douze heures aux urgences de Labiboisière : cette fois l’AP-HP saisit la justice

Bonjour

Les temps changent. L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a, le 18 décembre, publié le communiqué de presse suivant :

« L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris a avisé le procureur de la République de Paris le mardi 18 décembre 2018 au matin de la survenue du décès inexpliqué d’une patiente au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, dans le 10ème arrondissement de Paris. Ce décès a été constaté à 6h20 le même jour. Un obstacle médico-légal a été apposé sur le certificat médical de décès.

A ce stade, les éléments dont dispose l’hôpital font apparaître que cette patiente a été prise en charge par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris le lundi 17 décembre 2018 et amenée au service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service.  Une enquête interne pour reconstituer la chronologie précise des faits, connaître les circonstances et les causes de ce décès est diligentée. »

France Info précise que l’enquête a été confiée par le parquet de Paris au Service de l’accueil et de l’investigation de proximité, du 10e arrondissement de la capitale. Il s’agira notamment « de déterminer si cette patiente a été examinée par un médecin ». Quant à l’AP-HP elle indique qu’elle « transmettra toutes les informations à la justice » (sic), que «les  autorités de tutelle ont également été informées », que « la famille de la patiente a été prévenue par l’hôpital qui lui a fait part de ses condoléances et de son soutien » et « qui se tient, par ailleurs, à son entière disposition. »

Cinq ans après les temps ont considérablement changé, comme en témoigne la relecture des pièces de « l’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin » 1. Une femme âgée de 61 ans morte le 15 février 2014 dans des circonstances similaires. Elle avait été retrouvée morte, seule, assise dans un fauteuil de la salle de surveillance des urgences à 23 heures. Transportée par les sapeurs-pompiers. Elle y avait été admise à 16h 30 pour une petite blessure cutanée sans gravité. L’affaire avait ému et relancé la polémique sur l’organisation des urgences médicales de l’AP-HP.

Ne pas saisir le procureur de la République

 Mais à la différence de Lariboisière la direction générale de l’AP-HP avait pris la décision, incompréhensible, de ne pas saisir François Molins, procureur de la République de Paris (qui ne s’était pas non plus auto-saisi) et de traiter l’affaire en interne. Aucune autopsie, pas d’obstacle « médico-légal » sur le certificat  de décès ». La politique de l’entre-soi.

Pour sa part avant même les conclusions de l’enquête interne Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP  avait déclaré, sur France Inter, qu’en toute hypothèse cette femme «ne pouvait pas être sauvée». Pourquoi n’a-t-on pas pratiqué d’autopsie médico-légale aux fins de rechercher les causes exactes de la mort ? «Il s’agissait d’une mort inopinée et cette mesure n’a pas semblé nécessaire» répondait-on à la direction de l’AP-HP.

Voici ce que nous déclarait alors, pour Slate.fr,  Michel Sabourault, procureur général. honoraire :

«Du strict point de vue du droit l’absence d’autopsie médico-légale est totalement incompréhensible Cette femme aurait, dans la rue, était victime d’une mort suspecte ou inexpliquée on aurait mieux cherché à comprendre qu’on ne l’a fait ici. Le refus de la famille ne peut en aucune manière s’opposer à l’action du parquet. Cette recherche des causes de la mort dans un cadre médico-légal est d’autant plus importante qu’elle aurait permis de dire si les failles reconnues et incontestables dans la prise en charge de cette patiente ont pu, ou non, être des facteurs aggravants. La justice n’étant pas saisie pour des raisons que l’on ignore l’AP-HP ne peut être mise en cause. Ceci donne clairement le sentiment que l’AP-HP fonctionne dans un espace spécifique, hors du cadre commun. C’est difficilement compréhensible et hautement regrettable.»

 Cette même analyse peut être faite sous un autre angle. «Voici donc une jeune sexagénaire, venue aux urgences de Cochin pour une petite blessure au pied, à qui on pose un bracelet pour l’identifier et qui meurt assise, six heures plus tard, sans bruit et sans plainte, à côté de quatre personnes et en face du box infirmier, résumait pour sa part le Dr William Lowenstein, interniste ancien responsable des urgences de Laennec et praticien de l’AP-HP, président de SOS Addictions. Ce n’est que lorsque la blancheur cadavérique intrigue une aide-soignante que le décès est constaté. On ne veut pas connaître les causes de la mort. La direction de l’AP-HP ne sait pas ce qui s’est exactement passé mais assure qu’il n’y a pas eu de faute. Et formule des recommandations pour une cause première qu’elle dit ignorerCe n’est ni crédible, ni rassurant.»

C’était il y aura bientôt cinq ans.

A demain

@jynau

1 Tous les articles de ce blog sur cette affaire sont disponible à cette adresse : « L’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin ». Egalement : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (Slate.fr, 1er mars 2014)

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