Médicaments et/ou infox : combien coûtera finalement la mystérieuse affaire du Levothyrox ?

Bonjour

Que restera-t-il, à l’avenir, de l’ « affaire du Levothyrox » ? Pourquoi ces affolements, ces souffrances, ces plaintes en cascade, cette émotion épidémique ? Et l’heure est-elle à l’apaisement  comme le laisserait penser ce communiqué de presse du ministère des Solidarités et de la Santé ? Un communiqué qui reprend l’étude de pharmaco-épidémiologie du « comité de suivi des médicaments à base de lévothyroxine » de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Grosse étude, basée sur les données du Système National des Données de Santé (SNDS) et qui porte sur plus de deux millions de patients traités par Levothyrox. Objectif : évaluer l’impact du passage à la nouvelle formule (NF) du Levothyrox sur la santé des personnes traitées par lévothyroxine (résultats disponibles ici).

« Les résultats ne mettent pas en évidence d’augmentation de problèmes de santé graves (décès, hospitalisation, arrêt de travail d’au moins 7 jours) en lien avec la prise du Levothyrox NF, résument le ministère et l’ANSM. En revanche, les résultats montrent une augmentation notable des recours aux soins en médecine de ville parmi les personnes ayant utilisé le Levothyrox NF en 2017. Cette hausse est estimée à 360 000 consultations supplémentaires (+2%). Elle a tout particulièrement concerné les recours auprès de médecins généralistes et d’endocrinologues et s’est concentrée sur la période d’août à octobre 2017. »

360 000 consultations supplémentaires : le prix à payer et une augmentation attendue au regard du » type de symptômes rapportés par les patient »s et de la « nécessité d’un ajustement des traitements » par leur médecin. On observera aussi que les renouvellements de traitements chroniques (psychotropes, antihypertenseurs, hypolipémiants) ont légèrement augmenté dans les mois suivant l’initiation du Levothyrox NF.

Diversification de l’offre thérapeutique

Les services d’Agnès Buzyn rappellent que les patients souffrant de troubles de la thyroïde et les professionnels de santé disposent depuis octobre 2017 d’une offre élargie de médicaments à base de lévothyroxine en plus de la mise à disposition temporaire d’Euthyrox : Levothyrox, L-thyroxin Henning, Thyrofix, L-thyroxine Serb et Tcaps. Ils ajoutent observer « une augmentation croissante de l’utilisation des nouvelles spécialités à base de lévothyroxine (autre que Levothyrox) par les patients souffrant de troubles de la thyroïde.

« En effet, alors qu’au dernier trimestre 2017 et premier trimestre 2018, respectivement 15% et 19% des patients étaient traités par une autre spécialité à base de lévothyroxine, ce chiffre est au dernier trimestre 2018 de 21% (soit plus de 627000 patients). Parmi les patients pour lesquels un traitement par lévothyroxine a été débuté au cours du deuxième trimestre 2018, ce chiffre atteint 27% (contre 13% au dernier trimestre 2017 et 18% au premier trimestre 2018) (résultats disponibles ici).

Par ailleurs, le grand bouleversement de la diversification de l’offre thérapeutique se poursuit : au premier semestre 2019, les patients et les professionnels de santé disposeront de trois nouveaux dosages pour la spécialité Levothyrox (88, 112 et 137 µg) ; l’ANSM vient d’accorder une autorisation de mise sur le marché pour la spécialité Tsoludose, solution orale en unidose (13, 25, 50, 75, 88, 100, 112, 125, 137, 150, 175, 200 µg), des laboratoires Genevrier. La commercialisation de cette spécialité est prévue au printemps 2019 ; d’autres spécialités sont par ailleurs en cours d’évaluation par l’ANSM. Il s’agit de nouveaux dosages pour la spécialité Thyrofix, d’une nouvelle spécialité sous forme de solution buvable et de deux médicaments génériques.

Avons-nous été collectivement victimes sinon d’un mirage du moins d’une psychose collective ? Comment ne pas l’imaginer quand on prend connaissance de ceci : en complément de l’ensemble des contrôles déjà réalisés, l’ANSM a procédé à des analyses (sur les lots 22.700.620, 23.204.220 et 23.207.420 – Levothyrox NF 100 µg) cités à plusieurs reprises par les associations de patients : dosage de la lévothyroxine et de ses impuretés, dont la dextrothyroxine, recherche des impuretés élémentaires, et plus particulièrement de métaux lourds – résultats disponibles ici.

Conclusion officielle : « ces dernières analyses, comme celles réalisées précédemment, confirment la bonne qualité de la nouvelle formule du Levothyrox ».

Courber l’échine devant les nocebos ?

Pour sa part l’Association française des malades de la thyroïde conteste ces résultats, maintient ses doutes et ses accusations :

« (…) Cette étude est caduque et ne sert qu’à un équilibre statistique qui coûtera cher aux contribuables et ceci dans le plus grand mépris à l’égard de la souffrance bien réelle des malades. Ces experts « dits » indépendants ont comparé deux populations témoins au niveau évolution de la demande de soins, entre 2016, 2017 et 2018.

« En prenant d’une part des diabétiques (1 million tirés au sort) et d’autre part, un million de patients sous nouvelle formule, eux aussi tirés au sort ! Devinez quoi ? Selon cette étude, en 2017-2018, il y aurait eu moins de soins, une peccadille de décès supplémentaires, moins d’hospitalisations grâce à la nouvelle formule… Bref, tout va très bien Madame la marquise. Ils sont forts ! À ce que l’on sache, les diabétiques ont une pathologie plus évolutive que les thyroïdiens… Que signifie cette comparaison ? Et il faudrait courber l’échine devant les nocebos ?

« Il faut savoir que le CNRS continue l’investigation faite par Toulouse en commun accord l’AFMT. C’est grâce à vos collectes de boîtes de Levothyrox que ces analyses ont été possibles. Nous sommes passés par un huissier pour couper les plaquettes en deux et cela est parti cacheté, vers deux labos sans que l’un sache ce que l’autre faisait. Malheureusement nous n’avons pas eu les résultats finaux aussitôt que prévu (…) Le jour précédant cette réunion au Ministère, nous avons fait une conférence de presse avec Anny Duperey, toujours là dans sa simplicité et sa générosité, elle a parlé de la position des responsables de la santé comme étant « hallucinante ». Des journalistes scientifiques étaient présents et ont semblé vraiment intéressés.

Me Bertella nous a apporté des nouvelles de l’instruction. Une deuxième juge d’instruction a été nommée dans cette affaire, tant le nombre de plaignants est important. C’est une première. Nous sommes certains que nous arriverons au bout de cette affaire la tête haute. »

Pour le Dr Gérard Bapt, député honoraire et médecin conseil de l’AFMT « il est regrettable que les autorités sanitaires s’acharnent à esquiver la recherche des causes de cette désaffection et des souffrances subies ».

A demain

@jynau

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