Captorix® et sérotonine : acheter le dernier Houellebecq ne suffira pas à votre bonheur

Bonjour

Nous sommes le 4 janvier 2019. Si tout se passe comme annoncé petites librairies, FNAC et autres grandes surfaces seront envahies. Gilets Jaunes ou pas, des files d’attente infinies de citoyens devenus dépendants au génie de Houellebecq Michel, romancier à succès et bientôt chevalier décoré par le président Emmanuel Macron dans l’ordre de la Légion d’honneur 1. Premier tirage de 320 000 et – à l’exception notable du Canard Enchaîné – des critiques littéraires tombés en pâmoison.

« Sérotonine », donc, nouvelle manne laïque pour les Editions Flammarion. Nous sommes le 4 janvier et, déjà, une lecture indispensable en complément du roman : un texte à haute valeur pédagogique sur le site de The Conversation. : « Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !) ». Il est signé du Pr Antoine Pelisollo, docteur en Médecine et en Sciences Humaines, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor/Albert-Chenevier, professeur de psychiatrie à l’Université Paris Est Créteil (UPEC Paris 12) et chercheur à l’INSERM.  On observera que le Pr Pelissolo est aussi, comme Houellebecq, un auteur de la maison Flammarion :« Vous êtes votre meilleur psy ! » (2017).

Ecrit à la première personne du singulier ce texte répond clairement à bien des questions que soulèvera la lecture du dernier opus houellebecquien. Un rappel de données moléculaires simples au carrefour de la dépression carabinée et de l’anxiété généralisée.

Surmoi psychiatrique

« Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine, confie le psychiatre. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »). Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment. ».

Et voici que ce psychiatre nous parle de son surmoi professionnel, « biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) ». Et le voici sortant le carton jaune anti- #FakeMed ; et menacer d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique _ un soldat à qui on a ppris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, « quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience ». Un « conflit de valeur » qui peut déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique (sic).

Pratiques frauduleuses

Reste, au-delà de l’ego, le mystère de la sérotonine et de l’effet placebo. Que nous apprend, sur The Conversation, le Pr Pelissolo ? Qu’il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique (prendre garde ici aux pratiques frauduleuses). Que l’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau. Que la sérotonine ne régule pas uniquement les émotions mais qu’elle intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

On apprend aussi que rien n’est jamais perdu.

« Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère. »

Une précision toutefois : le Captorix® n’existe pas.

A demain

@jynau

1 « Houellebecq est constant dans ses répulsions, Macron ne l’en décore pas moins » Claude Askolovitch, Slate.fr,  2 janvier 2019

 

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