Homéopathie : une médecine « ésotérique » à dérembourser et à bouter hors de l’université ?  

Bonjour

Dans la polémique récurrente sur l’homéopathie la parole est au Collège national des généralistes enseignants (CNGE). Ce dernier vient de publier un communiqué de presse d’une particulière virulence :  « Il est temps de dérembourser les médicaments homéopathiques ».

 Le CNGE y explique avoir « sollicité l’expertise de son conseil scientifique (CS) sur l’état de la science concernant l’efficacité spécifique de l’homéopathie ». Et le CS du CNGE a produit une synthèse sans ambiguïté qui vient publiée  dans la revue « exercer » 1. Résumé :

« Les principes de l’homéopathie ont été édictés par le Dr Samuel Hahnemann en 1810. Ils reposent sur les hypothèses de pathogénésie (ou similitude) des hautes dilutions (pour éviter la toxicité du principe actif-poison), de la dynamisation (ou succussion), et de l’individualisation relative à chaque patient. Passée au tamis de l’expérimentation scientifique, il est solidement démontré que l’efficacité de l’homéopathie sur les symptômes et les signes qu’elle entend éliminer ou soulager n’est pas différente de celle d’un placebo.

En France, le remboursement des médicaments est décidé par le ministère de la Santé après avis de la commission de la Transparence sur le service médical rendu. Les remèdes homéopathiques bénéficient d’un remboursement à 30 % par dérogation ministérielle datée de 1984 alors qu’ils n’ont jamais été évalués par la commission de la Transparence. L’homéopathie relève de principes théoriques qui sont en totale contradiction avec les données issues des sciences fondamentales, expérimentales et cliniques modernes. La saisine du collège de la Haute Autorité de santé par le ministère de la Santé pour se   »prononcer sur le bien-fondé de la prise en charge des médicaments (remèdes) homéopathiques au regard des données existantes » devrait le confirmer ».

Autonomiser les patients

On peut le dire autrement. Pour le CNGE la médecine générale s’appuie sur une définition européenne sur la médecine fondée sur les preuves (EBM), et sur un référentiel avec de grandes compétences génériques. Or la pratique de l’homéopathie arguant d’une activité spécifique n’apparaît pas compatible avec cet ensemble et donc avec la discipline.

« Elle vient en opposition avec tout le courant moderne et important de la médecine générale qui promeut les approches non médica­menteuses, les démarches d’éducation, d’autonomisation du patient, et le travail sur les changements d’habitude et de comportement, indispensables pour suivre des patients présentant des situations complexes, parfois fonctionnelles, ajoute-t-il. La médecine générale est une spécialité scientifique utilisant aussi bien les avancées techniques et les progrès de la thérapeutique médicamenteuse que les sciences humaines et la com­munication pour mieux prendre soin des patients. Il est nécessaire d’abandonner les méthodes ésotériques [réservées aux seuls initiés ndlr] qui appartiennent à l’histoire et qui aujourd’hui trompent les patients comme encore certains professionnels. »

Au vu des conclusions de son expertise le CNGE est radical : il n’y a aucun élément pour justifier encore aujourd’hui le remboursement de ces « médicaments » par la collectivité. Mieux : il n’y a de même aucune justification à l’enseignement de ce type de « pratique mystérieuse » à l’université ni au moindre label universitaire.

Le Syndicat national des médecins homéopathes français a déposé une soixantaine de plaintes disciplinaires devant l’Ordre des médecins contre des signataires d’une tribune anti-homéopathique publiée en mars 2018 dans Le Figaro. Ce syndicat va-t-il édsormais attaquer ses confrères généralistes ? Quant à Agnès Buzyn, ministre des Solidarité et de la Santé, après avoir longtemps tergiversé, elle a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour évaluer l’efficacité de l’homéopathie et le bien-fondé de son remboursement. Initialement prévu pour février, l’avis de la HAS devrait finalement être rendu au printemps.

A demain

@jynau

1 Pouchain D, Le Roux G, Renard V, Boussageon R, Conseil scientifique du CNGE. Approches théorique, scientifique et règlementaire de l’homéopathie. exercer 2018 ;148 : 460-4.

 

 

 

 

2 réflexions sur “Homéopathie : une médecine « ésotérique » à dérembourser et à bouter hors de l’université ?  

  1. Pour bien comprendre le niveau d’expertise de la médecine française, je donne à lire ici 2 post-scriptum de chez marc girad à propos du non scandale d’androcur. Vous savez le truc dont on sait qu’il marche (pas comme l’homépathie)

    ==================================================
    P.S. du 10/01/19

    J’ai reçu un témoignage relatif à une enfant de dix ans (excusez du peu) qui a développé un méningiome important (4,5 cm de diamètre) environ un mois après avoir été mise sous Androcur en raison d’une « puberté précoce » (un grand bravo au médecin prescripteur…). Dûment informée, comme il se doit, l’ANSM a refusé de prendre en compte cette observation au motif que le délai d’apparition serait « trop bref ». Je mets publiquement au défi les forbans de l’ANSM de fournir la moindre donnée objective concernant le délai d’apparition ou de développement (puisqu’il faudrait croire qu’ils préexistaient…) des méningiomes sous traitement par Androcur.

    Je rappelle à toutes fins utiles que les tripatouillages de délai ont été depuis toujours un mode opératoire classique de la criminalité pharmacovigilante pour falsifier l’évidence clinique : entre les délais « trop brefs » pour voir apparaître une sclérose en plaques après vaccination, et ceux « trop longs » dont on chercherait vainement la moindre illustration dans la littérature internationale, mais qui ont permis à l’administration et aux fabricants d’éviter la catastrophe financière d’indemnisations par milliers (au bas mot).
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    P.S. du 11/01/19

    Sidéré par la gabegie dont témoigne (une fois encore…) la gestion du problème Androcur et par la malfaisance objective de la pharmacovigilance française, un lecteur parmi les plus fidèles me demande comment faire la part entre l’incompétence et, dit-il, « la malveillance ». Je ne peux que le renvoyer à un article déjà ancien (17/02/10) dont les pièces jointes valent leur pesant de moutarde et, plus encore, à sa conclusion (que je pourrais reprendre à l’identique presque dix ans après).

    « Ainsi prise au piège de sa précipitation brouillonne, l’administration – puissamment secondée par ses « experts », à moins que ce ne soit l’inverse – s’enferre dans d’inextricables contradictions à chaque fois qu’elle tente de justifier l’injustifiable. « Docteur Girard, me disait fréquemment un juge d’instruction, rappelez-vous qu’il n’existe pas de sanction pénale pour la connerie humaine » : je n’ai pas compétence juridique pour en décider, mais ce que l’expérience m’a enseigné, c’est que quand « la connerie humaine » a frappé, elle est ensuite prête à toutes les mystifications et mensonges pour se tirer d’affaire – et je serais franchement étonné qu’il n’existe pas de sanction pénale pour ça… »

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    Ceux qui veulent se plonger dans la malveillance ou la bêtise de nos institutions –

    La fine fleur de la pharmacovigilance française confrontée aux risques d’Androcur :
    http://www.rolandsimion.org/spip.php?article429&lang=frb

    À part sur bfm et cnews, il reste qui pour croire encore à notre système de santé le mieux du monde de l’univers (avec lyrisme).

    Ceux sous dialyse, ils continuent à mourir pendant qu’on écoule les stock ? pendant qu’on à formé un comité pfg.

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