Ordre des médecins : 335 euros avec, pour demain, les anaphores politiques présidentielles

Bonjour

335 euros. Pas un de plus, et parfois moins ! Un événement : cette année, la cotisation ordinale des médecins n’augmentera pas. A régler avant le 31 mars. Donne droit à un caducée.

Depuis 2001, c’est seulement la troisième fois que cette cotisation ne progresse pas.Depuis deux ans, le conseil national de l’Ordre des médecins, présidé par le Dr Patrick Bouet, s’est efforcé de contenir cette évolution : seulement +0,9 % en 2017 et + 0,6 % l’an dernier soit moins que l’évolution de l’indice des prix à la consommation (1,2 % selon l’INSEE). Et cette année, stabilité.  « Un effet gilets jaunes ? » ose Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

Et dans le même temps les vœux du Dr Patrick Bouet exprimé au nom Conseil national. Des vœux éminemment politique où le président ne craint pas d’avoir recours à cette figure de style qu’est l’anaphore. Un figure d’apparence facile mais qui expose parfois à bien des déconvenues politiques. Extraits :

Contexte. «  Ces vœux s’inscrivent dans un contexte que nous connaissons tous et qui est particulier. L’année 2019 s’annonce décisive.  Pour notre pays d’abord, confronté à une situation de malaise et de tensions rarement atteintes à la fin de l’année 2018. Pour notre système de santé ensuite auquel nous sommes tous attachés et dont nous nous sentons tous co-responsables. En 2019 plus encore que les années précédentes, notre responsabilité commune sera grande. Acteurs de la santé, nous devrons être mobilisés pour une réforme en profondeur de notre système de santé. Celle-ci est urgente, et devra contribuer à renforcer notre cohésion nationale.

Nous le savons, les événements qui ont émaillé la fin de l’année 2018, qui ont marqué l’actualité partout en France, ont démontré avec force, et une nouvelle fois, que la santé est au cœur des préoccupations des Français. Nos concitoyens expriment le ressenti d’une solidarité nationale mise à mal alors que leur situation, plus que jamais la rend indispensable.

 Ils vivent des fractures territoriales qui se creusent. Ils y sont confrontés au quotidien, quand elles les touchent au travers de l’accès aux soins. Or, si notre système de santé ne peut plus répondre aux besoins de tous, partout sur le territoire, si la solidarité n’en est plus le fondement, quel en est le sens aux yeux des Français ?

Première anaphore

«  Cet appel des Français doit être entendu. Il doit nous donner un cap clair si l’on veut réussir l’année qui s’ouvre.

Il doit être entendu parce que le système de santé est arrivé au terme d’un cycle. Si les acteurs politiques n’en tiennent pas compte, cela constituera le lit de troubles majeurs.

Il doit être entendu pour répondre à l’inquiétude de nos concitoyens, des usagers sur la qualité et la pérennité de notre système de santé, dont nous nous faisons l’écho depuis plusieurs mois.

Il doit être entendu pour répondre à l’épuisement des professionnels de santé, qui n’en peuvent plus de porter à bout de bras un système au bord de l’explosion et qui devient un obstacle à leur travail au quotidien.

Il doit être entendu pour notre hôpital, à qui l’on demande trop, et dont nous recevons tous les jours des témoignages de l’extrême difficulté dans laquelle il se trouve. Et pour ceux qui y travaillent, médecins et professionnels de santé, attachés au service public, mais qui y exercent sous une pression permanente et qui ont le sentiment de ne pas recevoir suffisamment de considération de la nation.

Il doit être entendu pour répondre à l’exaspération des acteurs locaux, des élus locaux, dont on a pu saisir à quel point ils désirent agir avec de véritables moyens, avec les mains véritablement libres, pour mettre en œuvre une démocratie sanitaire qui reste aujourd’hui une vaine incantation.

Deuxième anaphore.

«  Allons-nous, en 2019, assister aux mêmes erreurs que sous les Gouvernements précédents ? Cela serait terrible.

Il serait terrible que ce quinquennat soit un quinquennat perdu pour la santé.

Il serait terrible pour la ministre, dont l’approche a toujours semblé être marquée par l’écoute et l’ouverture, qui a bénéficié d’une confiance affichée des corps intermédiaires du monde de la santé, de commettre les mêmes erreurs que ses prédécesseurs. Terrible que le texte annoncé marque une simple accélération des lois précédentes, alors que nous avons aujourd’hui besoin d’une rupture !

Cela serait terrible pour ce Gouvernement, élu sur une promesse de renouvellement et de transformation, qu’elle s’éloigne au fur et à mesure que les erreurs du passé semblent se répéter.

Mais, avant tout, cela serait terrible pour les professionnels de santé et pour les Français qu’ils servent au quotidien. »

Troisième anaphore.

« Et je veux aujourd’hui réaffirmer ce qui est pour nous le cap à tenir pour que les annonces du Président de la République à l’automne ne soient pas qu’un lointain souvenir une fois le printemps venu. Car la réforme annoncée peut encore, aujourd’hui, peut encore aujourd’hui réussir, en fonction des choix qui seront faits dans les jours à venir. Il faudra faire des choix forts.

Des choix forts, des choix politiques pour une organisation efficiente des soins dans les territoires. Pour qu’enfin des initiatives utiles, portées par des professionnels volontaires au service de leurs patients, ne soient plus sacrifiées au nom de normes administratives préétablies et appliquées aveuglément sur le territoire. Il ne faut pas, par exemple, que les CPTS excluent, mais bien au contraire qu’elles irriguent tout un territoire, rassemblent, au-delà des professionnels libéraux, tous les acteurs de proximité et ne pas ajouter des normes d’inclusion, d’exclusion ou des normes rigides de coopération inter-secteurs aux difficultés déjà existantes.

Imaginer à cet égard d’accentuer encore le rôle des CHU et la concentration hospitalière au sein des GHT pour fonder 13 grandes Assistances Publiques serait une erreur. Je suis un généraliste de Seine-Saint-Denis et je le dis clairement et en toute connaissance de cause : si l’AP-HP était un acteur de la proximité, simplificateur de l’accès aux soins et du parcours de soins, comme médecin généraliste je le saurais !

Des choix forts, des choix politiques pour que la démocratie sanitaire cesse d’être une simple formule, un refrain. Il faut qu’elle devienne une réalité pour que tous les acteurs locaux puissent définir eux-mêmes le périmètre des territoires de santé et se saisir de leur gouvernance. Il faut faire confiance aux acteurs locaux, appuyer les initiatives, faciliter l’émergence d’un rôle nouveau pour les ARS comme animateur de la démocratie sanitaire dans les territoires.

Des choix forts, des choix politiques, pour réaffirmer le principe de solidarité nationale qui préside à la couverture maladie en France depuis l’ordonnance de 1945. Les Français comme les médecins ne tolèreront pas que les nouvelles technologies ou des normes de plus en plus contraignantes puissent être un cheval de Troie débouchant, à terme, sournoisement, par manque de courage et de vision, sur un système à deux vitesses dont la solidarité serait la première victime. Les Français ont besoin de retrouver confiance dans cette solidarité.

Des choix forts, des choix politiques pour que les médecins retrouvent du temps médical. Pour qu’ils exercent le métier pour lequel ils sont formés. Cela ne peut rimer avec une amputation irréfléchie et opportuniste du contenu de métier de médecin (…)

Des choix forts, des choix d’avenir pour intégrer enfin pleinement la formation à la réforme de notre système de santé. Il faut, qu’à l’instar d’autres professions et études correspondantes,  les futurs médecins soient précocement immergés dans la réalité des exercices au-delà de l’hôpital. Sans cette inclusion précoce toute réforme de notre système de santé sera un échec à court, moyen et long terme. (…)

Bonne année à tous. »

Résumons. « Devoir entendre » ; « terrible » ; « choix forts et politiques ». Nous sommes le 13 janvier 2019 et la France ne sait plus trop où elle va. Songer à relire ce texte dans un an.

A demain

@jynau

 

 

 

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