Un Doliprane® avait été prescrit à la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière 

Bonjour

Transparence a minima. Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6h20 le même jour. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP et l’Agence Régionale de Santé Ile de France. Enquête menée par le Pr Dominique Pateron, président de la collégiale des urgences de l’AP-HP et le Dr Pierre Charestan, chef de service des urgences de l’hôpital d’Aulnay-Sous-Bois – ainsi que par Anne-Gaëlle Daniel, directrice de l’inspection régionale autonomie santé de l’ARS, et Véronique Marin-La Meslée, directrice des soins à la direction de l’inspection  et de l’audit de l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Causes du décès inconnues

La mission a notamment établi la chronologie officielle des faits -étant bien entendu que « les causes du décès de la patiente n’étant pas à ce jour connues (et relevant de l’enquête judiciaire) ne figurent pas dans ce rapport ».

« Le rapport met en évidence un certain nombre de non conformités dans le processus de prise en charge de la patiente. Elles touchent l’identification de la patiente, sa surveillance, le délai de prise en charge très long pour un patient orienté en « tri 3 », l’enregistrement de sa procédure de sortie. Le tri et l’orientation par l’infirmière d’accueil et d’orientation ont été conformes aux procédures du service et aux recommandations nationales.

« Le rapport souligne que ces écarts aux bonnes pratiques ont eu lieu dans un contexte où l’activité était supérieure à la moyenne avec 249 passages enregistrés (moyenne 230/jours). Dans les zones d’attente de ce service d’urgences, cohabitent par ailleurs de nombreuses personnes : patients du circuit court, patients du circuit long en attente de prise en charge ainsi que des personnes en hébergement social [comme l’avait très tôt évoqué sur France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP]

« Au-delà de ces problématiques d’organisation du service, le rapport pointe en outre un problème global d’insuffisance de surface des urgences de l’hôpital Lariboisière et du nombre de boxes d’examen aboutissant souvent en soirée à un phénomène « d’entonnoir » et de fait à un nombre important de patients en attente d’examen médical. La présence du personnel paramédical était conforme au planning prévisionnel et au planning cible du service d’accueil des urgences..

« Ce jour-là, le poste de 2ème médecin de circuit court en journée étant vacant, cela a généré ensuite une surcharge sur l’activité de garde. Plus généralement, le rapport pointe que le ratio des effectifs médicaux du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, au regard de l’activité, est inférieur à celui des autres urgences de l’AP-HP. »

Suivent dix recommandations – à commencer par la redéfinition des critères de présence des personnes (patients, accompagnants, hébergés) en zone d’attente circuit court et les faire respecter. D’ores et déjà, depuis le 2 janvier 2019, seuls les patients orientés vers le circuit court par l’infirmière d’accueil et d’orientation peuvent accéder à cette zone d’attente, avec un seul accompagnant autorisé (identifié par badge à partir du 15 janvier 2019).

Mieux encore, les personnes « hébergées pour raisons sociales » ne sont pas autorisées à accéder à cette salle d’attente ni dans aucun secteur de soins. Un vigile assure 24h/24h la surveillance de l’accès à cette salle d’attente et veille au respect de cette procédure.

Connaître la vérité

Et puis ces informations, données par Le Monde (Cécile Bouanchaud) : la famille de la défunte devait déposer une plainte, lundi 14 janvier, pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Dénonçant une « absence d’information », la sœur de la victime et ses enfants espèrent désormais « connaître la vérité », afin que « les responsabilités soient identifiées », fait savoir leur avocat, MEddy Arneton. Ce dernier regrette que le rapport de l’AP-HP  ne « permette pas à la famille de comprendre les causes du décès », en employant « un langage administratif qui tente d’atténuer la faute de l’administration ».

Le Monde précise que c’est après avoir tenté de joindre un centre médical que la quinquagénaire, célibataire et sans enfant, est prise en charge par une brigade de Sapeurs-Pompiers. Elle souffrait alors « de violents maux de tête et de douleurs aux mollets depuis la veille ». Sur le dossier médical, dont Le Monde a eu connaissance, il est rapporté que la patiente se plaint de douleurs aux jambes. Il n’est toutefois pas fait mention de ses céphalées. La victime, originaire de Martinique et vivant à Paris, est ensuite reçue par un médecin qui lui administre un Doliprane, avant de l’orienter vers un « circuit court » de prise en charge. Selon le personnel médical, l’état de santé de la victime, considéré comme « parmi les moins graves », ne nécessitait en effet qu’une simple consultation.

On connaît la suite, tragique. « A l’évidence, la victime a purement et simplement été oubliée dans le service d’urgences de l’hôpital, plaide MArneton. Nul ne saurait prétendre qu’un règlement intérieur ou la moindre règle d’un service d’urgence autoriserait que l’on puisse laisser dépérir un malade durant 12 heures. »

A demain

@jynau

Une réflexion sur “Un Doliprane® avait été prescrit à la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière 

  1. « le rapport pointe que le ratio des effectifs médicaux du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, au regard de l’activité, est inférieur à celui des autres urgences de l’AP-HP. » »

    Il serait intéressant de savoir quel est le ratio idéal, même si d’une part on a idée qu’il est plus élevé que la moyenne des services d’urgence de l’AP-HP non réputés (parmi d’autres) pour des délais d’attente courts, et d’autre part s’il dépend de la typologie de la patientèle.

    Le service aurait-il été encombré par des patients en attente d’hospitalisation ?

    Au fait, cela n’a rien à voir sans doute mais …

    LES URGENTISTES SONT LES OU PARMI LES PLUS ATTEINTS PAR LE « BURN OUT  »
    semble-t-il.

    http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=10.1016%2Fj.jad.2018.12.056
    (POur les non anglophones copier coller le texte dans https://translate.google.com/

    J Affect Disord. 2018 Dec 18;246:132-147.

    Burnout in French physicians: A systematic review and meta-analysis.
    OBJECTIVE:
    To assess the prevalence of burnout and associated factors in French physicians in a systematic review and meta-analysis.
    MATERIAL AND METHODS:
    Studies assessing the prevalence of French physician’s burnout and its three dimensions emotional exhaustion (EE), depersonalization (DP) and personal accomplishment (PA) were selected in the following databases from 2000 to April 2017: MEDLINE, BIOSIS WEB OF SCIENCE, PASCAL ET FRANCIS, SCIENCES DIRECT, PSYCHinfo, and BDSP. Burnout was defined by one abnormal score in one or more of the 3 dimensions of the MBI scale (EE, DP or PA). Severe burnout was defined by the association of high scores of EE and DP, and low score of PA. High EE was defined by an EE score ≥27. High DP was defined by a score ≥10. Low PA was defined by a score ≤33.
    RESULTS:

    A total of 37 studies and 15,183 French physicians were included in the present meta-analysis. The random effects pooled prevalence estimate was 49% (95% CI 45%-53%, P < 0.001, I2 = 93.1%) for burnout, 5% (95% CI 4-7, P < 0.001, I2 = 92.7%) for severe burnout, 21% (95% CI 19-24, P < 0.001, I2 = 94.7%) for high EE, 29% (95% CI 25-33, P < 0.001, I2 = 96.7%) for high DP, and 29% (95% CI 24-34, P < 0.001, I2 = 97.7%) for low PA.

    Emergency physicians (LES URGENTISTES) were found to have a trend to higher rates of burnout (P = 0.051), and significantly more severe burnout compared to other physicians (b = 0.05, se[b] = 0.02, P = 0.019).

    Junior residents were found to have higher rates of DP; junior residents, sample size, and monthly number of night shifts were associated with lower PA; and anesthesiologists were found to have lower rates of high EE and high DP.
    CONCLUSION:

    Burnout is highly prevalent in French physicians. Some recommendations may be suggested to reduce this rate, including reducing the number or duration of night shifts to increase personal accomplishment and targeting EMERGENCY PHYSICIANS and junior residents in priority. Other specialties should be explored in future studies.

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