Cocaïne, mafias et euphories : voici les origines contrôlées des drogues consommées en France  

Bonjour

30 janvier 2019. Gros succès de La Croix qui se penche aujourd’hui sur la cocaïne, nouvelle passion des Français. Le quotidien catholique (Marie Boëton et Marianne Meunier) explique que désormais « plus d’un Français sur vingt a pris de la cocaïne au moins une fois dans sa vie » – «  un chiffre qui a quadruplé depuis 2000 ». « La consommation sur les lieux de travail s’est particulièrement répandue, notamment parmi les métiers les plus pénibles, ajoute-t-il. La ‘’blanche’’, longtemps réservée à une élite fortunée, touche désormais tous les milieux sociaux. Consommée de façon assumée, elle n’a pourtant rien perdu de sa dangerosité. » On lira notamment ce qu’il en est des soignants, des serveurs, et du remplacement par la cocaïne des traditionnels alcools des marins-pêcheurs.

En 2018, 2,8 % des 18-25 ans (et 3,4 % des 26- 34 ans) ont découvert les joies de la cocaïne. Ses tarifs ont chuté, passant de 150 € le gramme à la fin des années 1990 à 85 € aujourd’hui. Un prix qui peut descendre à 60 €, voire 50 €/g en cas d’achat en plus grande quantité. Elle était impliquée, au moins en partie, dans 18 % des décès par overdose en 2016, contre 11 % cinq ans plus tôt.

Où l’on saisit, une nouvelle fois, la dimension éminemment « politique » des phénomènes que certains voudraient cantonner dans une conception étriquée de la la « santé publique ». Dans un entretien accordé à La Croix le psychiatre Laurent Karila accuse les pouvoirs publics de ne pas alerter suffisamment sur la dangerosité de l’euphorisante  cocaïne désormais commandée par SMS ou Snapchat. Pour l’heure Agnès Buzyn ne répond pas.

Parallèlement à La Croix, c’est un document riche d’enseignements que vient de mettre en ligne l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) : le « Rapport national sur les drogues 2018 ». On y apprend que « l’herbe de cannabis est la seule substance illicite dont on observe la production en France ». « Alors que la culture d’herbe était majoritairement le fait de petits cultivateurs autosuffisants, la situation a commencé à changer, à partir de 2011, avec l’apparition de ‘’cannabis factories’’ tenues par le crime organisé et l’investissement de particuliers dans la culture commerciale » précise l’OFDT.

Cocaïne colombienne via le port du Havre

Confirmation géopolitique et commerciale : la France, compte tenu de sa position géographique au cœur de l’Europe occidentale, est une zone de transit pour les principales substances illicites (cannabis, cocaïne, héroïne, drogues de synthèse) produites dans le monde. Elle l’est aussi par ses départements d’outre-mer situés sur le continent américain (Guadeloupe, Martinique et Guyane) à proximité des grandes zones de production et de transit de la cocaïne (Colombie, Venezuela).

Mais encore ? La « résine de cannabis » consommée en France provient du Maroc, le plus souvent via l’Espagne tandis que l’herbe de cannabis provient principalement d’Espagne, des Pays-Bas et de Belgique. De nouvelles routes de trafic émergent, par l’intermédiaire de la Libye pour la résine de cannabis et de l’Albanie pour l’herbe de cannabis.
Quant à la cocaïne de plus en plus consommée en France, elle provient essentiellement de Colombie avant de  transite essentiellement au sud par l’Espagne et au nord par les Pays-Bas (Rotterdam) et la Belgique (Anvers). Précision : depuis quelques années, la cocaïne transitant par le Venezuela puis les Antilles françaises pénètre sur le continent européen par le port du Havre. Quant au trafic de « mules » empruntant la voie aérienne entre la Guyane et la métropole, il est aussi « en forte augmentation ».

L’héroïne consommée en France ? Elle provient majoritairement d’Afghanistan (héroïne brune) et transite via la route des Balkans (Turquie, Grèce, Albanie). Et on retrouve aux Pays-Bas (de préférence à la Belgique) la plate-forme principale où les trafiquants français s’approvisionnent ; un pays d’où proviennent également les drogues de synthèse (MDMA/ecstasy, amphétamines) consommées en France.

Derniers chiffres : en 2017, le nombre total de personnes mises en cause pour usage de stupéfiants en France a été d’environ 164 000 contre un peu moins de 160 000 en 2016. La même année, sur dix personnes mises en cause pour une infraction à la législation sur les stupéfiants, huit le sont pour « usage simple ». Le nombre des personnes impliquées pour des faits de trafic (14 570), de même que celui des usagers-revendeurs (17 700), a augmenté de 7 % par rapport à 2016. En 2010, 90 % des interpellations concernaient l’usage simple de cannabis, 5 % celui d’héroïne et 3 % celui de cocaïne. Combien seront-ils en 2019 ?

A demain

@jynau

PS. Le nombre de décès par surdose en 2015 est de 236 chez les 15-49 ans (373 au total) selon le registre général de mortalité (dont le délai de disponibilité des données est de 2 ans). D’après le registre spécifique des décès par surdose (dispositif DRAMES), qui a recensé 406 décès en 2016, les opiacés sont en cause dans 83 %. Les médicaments de substitution aux opiacés sont en cause dans 46 % des cas et l’héroïne dans 26 %. La cocaïne est impliquée dans 18 % des décès. Le nombre de décès par surdose dans le registre général de mortalité est stable chez les 15-49 ans en 2015, par rapport à 2013 et 2014. Entre 2010 et 2016, les médicaments de substitution aux opiacés sont les principales substances impliquées dans les décès par surdose, devant l’héroïne. L’implication de la cocaïne apparaît en hausse dans les décès en lien avec l’usage de drogues depuis 2014.

 

Une réflexion sur “Cocaïne, mafias et euphories : voici les origines contrôlées des drogues consommées en France  

  1. De ci, de là…
    « la Blanche » a toujours été le terme utilisé pour l’héroïne. Pour la Coke, on parle de « Neige »…
    Les tarifs mentionnés 150€ le gramme dans les années 90 à85€ aujourd’hui me paraissent exorbitants et ne reflètent pas, pour ma part, les prix du marché à l’époque & now…
    Concernant les overdoses, il y aurait en France 40 hospitalisations liées à la consommation d’opioïdes pour 1000000 d’habitants ce qui correspond à entre 2600 et 2700 hospitalisations. Sachant bien-sûr que toutes les surdoses n’ont pas donné lieu à hospitalisation. On peut estimer à 4 000 le nombre de surdoses graves sans décès.
    Le premier opioïde en cause est le tramadol et non l’héroïne.

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