Emmanuel Macron relance la polémique sur le caractère cancérigène ou pas d’un insecticide

Bonjour

Et à nouveau une « petite phrase » qui vienne dynamiter l’ensemble de la prestation médiatique. L’affaire est racontée dans le détail par Le Monde (Faustine Vincent). C’était sous les ors de l’Elysée, vendredi 1er février. Emmanuel Macron y avait réuni des élus d’outre-mer dans le cadre de son Grand Débat National. Sujet obligé de la discussion, médical et politique, le chlordécone, un insecticide organochloréécotoxique et persistant, un perturbateur endocrinien dont la dangerosité n’est plus à prouver. Il fut logtemps utilisé comme substitut au lindane contre le charançon du bananier (Cosmopolites sordidus) dans le monde Atlantique francophone (de 1972 à 1993 dans les Antilles françaises). Face à la centaine d’élus ultramarins, le président, en bras de chemise et micro à la main, a déclaré :

 « Il ne faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs. »

Alimenter les peurs ? Polémique immédiate. D’abord, nous dit Le Monde, avec plusieurs des élus présents confrontés à un « empoisonnement collectif » ; ensuite avec des spécialistes du sujet.  « Des scientifiques, auteurs d’une étude citée lors de l’échange avec le président, sont sortis de leur réserve afin de rappeler des faits dûment vérifiables’’, rapporte le quotidien. Dans un courageux communiqué, publié le 2 février le professeur Pascal Blanchet, urologue, et le Dr Luc Multigner, directeur de recherche  à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), énumèrent les travaux et classifications scientifiques prouvant la dangerosité du chlordécone. Ils rappellent que leur propre étude, menée en 2010, a démontré que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ».

Leurs conclusions ont été publiées en 2010 dans le Journal of Clinical Oncology : « Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer ». « Le président affirme des choses inexactes et minimise le problème », se désole auprès du Monde le Dr Luc Multigner, qui précise « condamner tout autant les discours alarmistes » sur la dangerosité de l’insecticide.

Il faut aussi tenir compte des conclusions, publiés en octobre 2018, par Santé publique France :

« Le principal message est que les taux d’incidence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique se situent parmi les plus élevés au monde.  Un résultat à rapprocher de la situation d’autres îles de la Caraïbe et de la population américaine et britannique d’origine africaine. Cependant, l’analyse spatiale de la distribution des cas de cancer de la prostate en Martinique ne montre pas d’excès dans les zones contaminées par la chlordécone.  Le rôle d’autres facteurs de risque expliquant ce taux élevé de cancer de la prostate reste à étudier. »

Et maintenant ? Contacté, l’Elysée a tenté, le 4 février, d’éteindre la polémique – récusant tout « retour en arrière » et en plaidant un « malentendu » :

 « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigène. Quand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir.”  La pensée du président est limpide et n’a pas bougé sur ce sujet. [Emmanuel Macron] n’est pas un scientifique mais un responsable politique. ce n’est donc pas à lui de dire si le chlordécone est cancérigène ou pas. La polémique est mal venue car c’est un sujet sur lequel nous avons fait preuve de transparence et de notre volonté d’agir.»

Où l’on retrouve les brouillards de la corrélation et de la causalité. Et les limites de l’ « en même temps » macronien face à la complexité de certains sujets.  Emmanuel Macron avait dénoncé en septembre dernier qu’il y avait là un « scandale environnemental » dans lequel l’Etat avait « sa part de responsabilité ». Il faut selon lui permettre la la reconnaissance de la « maladie professionnelle » pour les travailleurs agricoles, qui ont été les plus exposés au pesticide. Pour autant rien de simple. « A chaque fois que le lien peut être prouvé entre le chlordécone et une maladie, on indemnisera », assure-t-on au Palais de l’Elysée – où l’on insiste : « les études scientifiques n’ont pas établi de lien direct » entre l’insecticide et les affections cancéreuses.

A demain

@jynau

 

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