Obstétrique et politique : Agnès Buzyn va-t-elle oser faire fermer la maternité de Bernay ?

Bonjour

Après celui du Blanc (Indre) c’est le dernier abcés recensé sur un tissu hospitalier français : la maternité de la petite cité de Bernay (Eure). Agnès Buzyn y est attendue ce 18 février pour, espère-t-elle, en finir politiquement avec une affaire médiatiquement enkystée – comme celle du Blanc.

« Lors du lancement du grand débat national à Grand Bourgtheroulde (Eure), le Président Emmanuel Macron avait fait la promesse aux élus d’une visite ministérielle pour expliquer le choix gouvernemental de fermeture de cette maternité » rappelle L’Eveil de Pont-Audemer. La décision prises par Agnès Buzyn de fermer la maternité de Bernay (son service accouchement) a évidemment été beaucoup critiquée dans la région, par des élus, des professionnels, des usagers… Des propos qu’elle a tenus au sujet de cette maternité de Bernay lors d’une visite à Rouen, le 13 octobre 2018, lui ont même valu d’être d’assignée en justice. »

Interrogée par France 3 Normandie, Agnès Buzyn déclaré   : « On ne peut pas se permettre d’avoir une maternité ouverte avec une liste des gardes où il y a des trous et des nuits entières où il n’y a pas d’obstétricien. En cas de césarienne, nous n’avons personne pour la faire. C’est un risque majeur. » Où l’on retrouve, sous de nouveaux visages l’équation de la réduction des risques. D’un côté le pouvoir politique soutenant que trop peu d’accouchements expose les femmes à des risques inacceptables. De l’autre des élus locaux soutenus par la population arguant que c’est bien au contraire l’éloignement et les délais de transports qui exposent les femmes à des dangers inacceptables.

Cette question avait été parfaitement illustrée en 2012. « Une femme âgée d’environ trente-cinq ans a, vendredi 19 octobre, perdu son nouveau-né en le mettant au monde dans son véhicule automobile conduit par son compagnon, rapportions-nous alors sur Slate.fr. Le couple circulait sur l’autoroute A20 vers une maternité de Brive (Corrèze). La femme venait de consulter, à Figeac (Lot), son gynécologue-obstétricien qui lui avait conseillé une admission dans une maternité pouvant prendre en charge une grossesse délicate et un accouchement potentiellement à risque. Enceinte de sept moins, elle résidait non loin de Figeac où la maternité a été fermée en 2009. Appelés et arrivés en urgence les pompiers n’ont pu que constater la mort du nouveau né. »

François Hollande et Marisol Touraine

Ces faits avaient alors vite trouvé un large écho et pris une dimension nationale. Les réactions politiques et professionnelles se multiplient de même que les accusations visant les responsables d’une politique sanitaire qui a conduit – paradoxalement pour des raisons sanitaires— à fermer de nombreuses petites maternités.  Clôturant le 20 octobre à Nice le congrès de la Mutualité française, François Hollande s’était emparé de ce fait divers, demandant à Marisol Touraine, ministre de la Santé, de diligenter une enquête. Il avait aussi rappelé l’un de ses engagements de campagne: «aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d’urgence».

Dans le même temps, la coordination nationale pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité demandait un moratoire sur la fermeture des maternités. Même tonalité chez le syndicat national des gynécologues obstétriciens (Syngof).  Interrogé sur Europe 1, Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France avait saisi l’opportunité de ce «nouveau drame» pour fustiger violemment la politique sanitaire française. «C’est un drame comme il arrive très souvent depuis des années, accusait-il, sans citer de chiffres sur le nombre de ces drames. Au début des années 2000, il y avait 700 maternités en France, et il n’en reste que 535. 535 pour 65 millions d’habitants et pour un pays qui a la plus forte fécondité en Europe.»

 « Plus des deux tiers des maternités ont fermé en France au cours des quarante dernières années, précisait il y a quelques jours La Croix. On en dénombrait 1 747 en 1972, 1 128 en 1981, 815 en 1996 et 544 en 2012. En dépit de ce mouvement, le temps d’accès médian des parturientes aux services de soins reste stable – 17 minutes – avec des disparités parfois fortes. Ainsi 25 % des femmes de Corse-du-Sud sont à plus de 39 minutes de la maternité. » Et La Croix d’évoquer l’existence de « taux de fuite » (la proportion des femmes qui ne vont pas accoucher à la maternité la plus proche). En 2012, selon la Cour des comptes, ce taux était de 41 % à la maternité d’Altkirch (Haut-Rhin), de 29 % à celle d’Issoire (Puy-de-Dôme) ou de 25 % à celle de Thiers, dans le même département.

 Dépasser les actuelles impasses ? Des solutions sont possibles. On pourrait notamment, comme dans certains pays d’Europe du Nord, encourager les accouchements aidés à domicile pour les grossesses sans complications. Ce qui suppose toutefois une surveillance systématique de qualité de l’ensemble des grossesses (elle existe déjà pour une large part) ainsi que la prise en charge spécialisée des grossesses et des accouchements à risque dans des maternités spécialisées. Ceci est d’autant plus réalisable que la France est dotée d’un système d’aide et de transports médicaux d’urgence (Samu, pompiers, centres 15) parmi les plus denses et les plus performants au monde.

A demain

@jynau

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