Souffrances et addictions aux antalgiques opiacés : la France n’est-elle qu’au milieu du gué ?

Bonjour

Aux Etats-Unis c’est un drame national aux multiples facettes, médicales et pharmaceutiques, économiques et politiques. Et en France ? L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier un rapport sur la consommation des antalgiques opioïdes . Qu’apprend-on ?

Tout d’abord que durant ces dix dernières années la consommation des antalgiques opioïdes a augmenté. S’en inquiéter ? Pas vraiment puisque « cela s’inscrit dans la politique d’amélioration de la prise en charge de la douleur de part, notamment, des plans ministériels de lutte contre la douleur ayant été mis en place depuis 1998 ».

Pour autant l’ANSM observe une augmentation du « mésusage », ainsi que des « intoxications » et des « décès » liés à l’utilisation des antalgiques opioïdes. Que ces derniers soient « faibles » (tramadol, codéine, poudre d’opium) ou « forts » (morphine, l’oxycodone et le fentanyl).  Voici (résumés par l’ANSM) les principaux enseignements de ce rapport :

  • D’après les données de l’assurance maladie, près de dix millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde en 2015. En 2017, l’antalgique opioïde le plus consommé en France est le tramadol puis la codéine en association et la poudre d’opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine, premier antalgique opioïde fort, l’oxycodone (désormais pratiquement autant consommé que la morphine), puis le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide.
  • Entre 2006 et 2017, la prescription d’opioïdes forts a augmenté d’environ 150% (patients ayant eu au moins une prescription dans l’année. L’oxycodone est l’antalgique opioïde qui marque l’augmentation la plus importante.
  • La consommation globale des opioïdes faibles est restée relativement stable. Le retrait du dextropropoxyphène en 2011 a été accompagné de l’augmentation de la consommation des autres opioïdes faibles et en particulier du tramadol. Il devient l’antalgique opioïde le plus consommé (forts et faibles confondus) avec une augmentation de plus de 68 % entre 2006 et 2017.

Plus généralement l’ANSM rappelle que les opioïdes ont un intérêt majeur et incontestable dans la prise en charge de la douleur ;  et qu’ils restent moins consommés, en France, que les antalgiques non-opioïdes (paracétamol, aspirine, AINS). Elle ajoute aussi que la consommation des antalgiques opioïdes « peut s’accompagner de complications graves ».

« Cette problématique touche principalement des patients qui consomment un antalgique opioïde pour soulager une douleur, et qui développent une dépendance primaire à leur traitement, et parfois le détournent de son indication initiale, précise-t-elle.Ainsi, le nombre d’hospitalisations liées à la consommation d’antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a augmenté de 167 % entre 2000 et 2017 passant de 15 à 40 hospitalisations pour un million d’habitants. » Quant au nombre de morts liées à la consommation d’opioïdes, il a augmenté de 146 %, entre 2000 et 2015, « avec au moins quatre décès par semaine ».

Le cas du sulfate de morphine

En d’autres termes, si la situation française n’est pas comparable à celle observée aux Etats-Unis et au Canada l’enjeu, pour les autorités sanitaires françaises, consiste dès aujourd’hui « à sécuriser au mieux l’utilisation des antalgiques opioïdes sans restreindre leur accès aux patients qui en ont besoin ».

On notera, dans le rapport, le chapitre réservé à « l’usage problématique du sulfate de morphine » (un sujet évoqué depuis plusieurs années par l’OFDT) :

« Le sulfate de morphine est l’antalgique opioïde fort le plus consommé en ville et ayant le taux de notifications le plus important ; en particulier la spécialité Skénan qui représente 81% des notifications. Deux populations sont représentées dans les notifications.

« La première comprend des sujets ayant développé une dépendance primaire à la suite de la prescription de sulfate de morphine comme antalgique. Dans la dernière mise à jour de l’enquête (2013-2016) cette population représente 16,2% des notifications (7,2% lors de l’enquête 1996-2013). Ces sujets sont âgés en moyenne de 43,7 ans. La voie d’administration n’est pas détournée.

« La deuxième comprend des usagers de drogues consommant du sulfate de morphine soit en usage récréatif, soit en tant que médicament de substitution aux opioïdes. Il s’agit principalement d’hommes (70%) plus jeunes (âge médian entre 35 et 38 ans). Dans plus de la moitié des cas, la voie d’administration est détournée par voie injectable et de fortes doses sont consommées. Le sulfate de morphine est obtenu par deal ou achat dans la rue dans 53,6% des cas et par prescription médicale dans 46,2%. Une polyconsommation de substances psychoactives et un nomadisme médical sont fréquemment associés. Les complications rapportées sont infectieuses, neurologiques et vasculaires).

La prescription de morphine aux usagers d’opioïdes est ancienne et précède à la mise sur le marché des médicaments de substitution aux opioïdes (méthadone et buprénorphine haut dosage) au milieu des années 1990. Ce qui explique, entre autre, la plus forte proportion d’usage de morphine par les usagers de drogues, par rapport aux autres antalgiques opioïdes. »

A demain

@jynau

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