Mobilisation médicale : voici pourquoi et comment il faut fermer toutes les petites maternités  

Bonjour

C’est une formidable prise de position œcuménique – un phénomène rarissime dans la profession médicale. Un texte destiné à la presse et signé par un vaste aréopage représentant les anesthésistes-réanimateurs, les gynécologues médicaux et les gynécologues-obstétriciens, les pédiatres et des médecins généralistes 1. Ils disent « entendre les inquiétudes qui grandissent autour de la fermeture de certaines maternités de proximité» .  Pour autant ces acteurs du réseau de périnatalité entendent rappeler que le problème de sécurité des patientes et des nouveau-nés doit être « au cœur de la réflexion sur l’évolution de ces structures ». Ecoutons-les :

« La dissémination de l’offre de soins en maternité sur chaque territoire de santé est un facteur déterminant de risque de perte de qualité et de sécurité des soins. Les ressources humaines médicales nécessaires pour assurer en permanence une qualité égale sur tous les territoires sont limitées. La restructuration de l’offre dans ce domaine est une nécessité pour préserver la qualité et la sécurité des soins.

« L’assouplissement des critères de sécurité, la baisse du niveau de qualification des acteurs, la multiplication des contrats de médecins remplaçants à la place d’équipes expérimentées, ne peuvent constituer des solutions pour maintenir des maternités qui ne répondent pas aux exigences de qualité/sécurité. »

Selon eux il ne faut pas s’y tromper : « la proximité n’est pas gage de sécurité »

« Ne pas accepter les nécessaires restructurations, c’est contraindre les soignants à moins de sécurité des pratiques, à moins de qualité dans la prise en charge des accouchements. C’est  mettre en danger les femmes qui viennent accoucher, comme les personnels soignants. Ceci aboutira dans un futur très proche à une aggravation de la situation actuelle qui cumule les déserts médicaux, l’insatisfaction des femmes, l’augmentation de pathologies graves et accroît le risque de mortalité pour les femmes et les nouveau-nés. »

 Le torrent des modernités

En d’autres termes, le projet médical de territoire «doit être guidé par l’équilibre sécurité-proximité» via les communautés médicales des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT).

« Le maillage des maternités publiques et privées situées dans les villes ou départements limitrophes du lieu de résidence, les moyens déployés pour améliorer les voies d’accès afin que le temps d’accès moyen n’augmente pas malgré les fermetures, le transport des parturientes ou encore leur hébergement dans des hôtels hospitaliers sur les lieux d’accouchement sont autant de solutions qui doivent être analysées et proposées pour accompagner la fermeture des maternités qui ne répondent plus aux exigences de sécurité. 

 « Dans certaines régions, ces solutions existent déjà et fonctionnent, que ce soit à l’étranger (Suède, Finlande) ou en France (l’exemple des îles de la côte Ouest, Belle Ile, Groix, Ile d’Yeu, où habitent plus de 12 000 habitants est significatif). »

 On peut, selon eux, le dire autrement : maintenir une maternité qui ne parvient pas, dans les faits, à offrir une organisation pérenne 24h/24 répondant aux critères de qualité / sécurité de la HAS est une erreur managériale pour les directions d’hôpitaux, médicale pour les médecins et les sages-femmes et une tromperie politique envers les femmes auxquelles est annoncé que tout fonctionne correctement. Sans réaction rapide, ces situations vont se multiplier.

Que l’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas là un soutien aveugle au pouvoir exécutif. Car pour les signataires l’accompagnement financier et organisationnel de ces mutations incombe bel et bien au gouvernement au travers des dispositions de la loi d’organisation de la transformation du système de santé, aux ARS pour le financement des réseaux périnataux de partenariat et à l’Assurance maladie au travers du nécessaire accompagnement des Communautés professionnelles territoriales de santé.

« L’évolution est urgente et inéluctable du fait de la démographie médicale. Elle est nécessaire pour la sécurité des patientes. Nous comprenons les craintes des patientes mais rester crispé au milieu du gué est particulièrement dangereux. Refusons la démagogie et construisons l’avenir avec les patients, les soignants et les élus responsables. »

Refusons la démagogie facile et la perversité populiste, certes. Mais comment ne pas rester crispé au milieu du gué quand on ne voit pas ce qui nous attend de l’autre côté des torrents de la modernité ?

 A demain

@jynau

1 Signataires : Laurent Heyer, président du CNP-AR (Conseil National Professionnel d’Anesthésie-Réanimation) ; Benoît Plaud, président du CNEAR (Collège National des Enseignants d’Anesthésie-Réanimation) ; Xavier Capdevila, président de la SFAR (Société Française d’Anesthésie et de Réanimation) ; Christian-Michel ARNAUD, président du SNARF (Syndicat National des Anesthésistes-Réanimateurs de France) ; Denis Cazaban, président du SMARNU (Syndicat des Médecins Anesthésistes-Réanimateurs Non Universitaires) ; Anne Wernet, présidente du SNPHAR-e (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs) ; Élie SALIBA, président de la SFN (Société Française de Néonatologie) ; Olivier Claris, Chef de service de néonatologie et de réanimation néonatale au CHU de Lyon ; Blandine Mulin, présidente de la FFRSP (Fédération Française des Réseaux de Santé Périnatale) ; Thierry Debillon, président de la SFMP (Société Française de Médecine Périnatale) ; Jean-Christophe Rozé, professeur de Pédiatrie à l’Université de Nantes ; Israël Nisand, président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) ; Michèle Scheffler, présidente du CNPGO (Conseil National Professionnel de Gynécologie et Obstétrique) ; Vincent Zerr, président de la FECEGOCH (Fédération des Cercles d’étude des Gynécologues Obstétriciens des Centres Hospitaliers) ; Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France) ; Pascale Le Pors, vice-présidente du SYNGOF, pôle Praticiens  Hospitaliers ; Jacques Trévidic, président de la CPH (Confédération des Praticiens des Hôpitaux) et de APH (Action Praticiens Hôpital) ; Renaud Péquignot, président Avenir Hospitalier ; Emmanuel Loeb, président de Jeunes Médecins ; Jeremy Do Cao, président de l’AJP (Association des Juniors en Pédiatrie) ; Gabriel Saiydoun, président du CNJC (Conseil national des Jeunes Chirurgiens) ; Franck Verdonk, président du SNJAR (Syndicat des Jeunes Anesthésistes-Réanimateur) ; François BRAUN, président de Samu-Urgences de France

 

5 réflexions sur “Mobilisation médicale : voici pourquoi et comment il faut fermer toutes les petites maternités  

  1. Oui, c’est vrai c’est une question intéressante et une réflexion qui mérite d’être posée.

    Maintenant pour voir si le raisonnement marche (la manière de penser la chose), il faut le transférer sur un autre sujet pour le challenger.

    Tout le monde parle de désert médical. Mais en fait, est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt avoir encore moins de médecins (mais des meilleurs avec des résultats) et pour savoir lesquels garder, on ferait de savant calculs sur les ratés qu’il a eu, les décès dans sa patientèle, le nombre d’actes qu’il fait… Parce que n’est-il pas dommage qu’un médecin dans le fin fond de l’ariège, parce qu’il en voit si peu, passe à coté d’une pathologie grave et que son patient ait une perte de chance ? Ne serait-il pas mieux pour ce patient de consulter un médecin qui fait plus d’actes et donc saura repérer la chose tout de suite ?

    Bien entendu on ferait la même chose pour tous les corps médicaux, chirurgiens, anesthésistes, gynecos, ophtalmos…. Moins de médecins, mais des meilleurs médecins ou les patients seraient plus en sécurité. Et on mettrait à la place dans les trucs loin des centres des animateurs médicaux (bafa + 1ère année d’infirmière + séminaires sur les méthodes de grand mères) qui ferait l’accueil et le conseil de tous les jours. On leur donnerait 2000 euros par mois. EN 2 ans, on a bouché le trou de la sécu.

    Si vous trouvez que l’idée est débile, alors l’idée de faire la même chose avec les maternités est toute aussi débile.

    Elle est soutenue par des gens qui n’en ont rien à foutre parce qu’ils ne sont pas impliqués, ils sont peut être même pas concernés. Ce ne sont pas leurs femmes qui habiteront à 100 km d’une maternité, ce ne sont pas leurs femmes qui du coup accoucheront dans l’usine régionale à bébé. Eux peuvent se payer les dépassements, eux peuvent choisir leur maternité, leurs praticiens (ah cette confraternité tellement fraternité). et je passe sur ces gredins qui pensent s’ouvrir un marché et gagner des sous avec).

    Marrant quand c’est jamais ceux qui décident qui doivent en payer les conséquences.

    Et bien entendu n’abordons pas le cas du bébé de St Die mort in utero d’habituer trop loin de la dorénavante maternité, et ne parlons pas de cet urgentiste obligé de laisser mourir une personne car il n’y a qu’un seul hélico et 2 cas à traiter…

    Oui c’est certain la réflexion mérite d’être posée, mais d’un seul point de vue. Et l’aréopage de crétin qui cherchent à se faire un nom en relayant par un hasard curieux la position de la ministre d’un gouvernement qui casse tout ce qu’il touche….

  2. La motivation pour la fermeture des « petites maternités » est exactement et littéralement transposable à la prise en charge des pathologies cancéreuses, qui sont des pathologies graves, par des hôpitaux « de proximité » où « la qualité des soins, la sécurité du patient » est un pur leurre et un slogan totalement vide de sens ! On y trouve en effet nombre de médecins sans aucune compétence en cancérologie mais se disant sans vergogne « oncologue », ce sont de dangereux apprentis-sorciers n’ayant aucun scrupule et agissant sans contrôle aux risques et périls des patients qu’ils peuvent conduire à une mort certaine !

  3. La seule question valable est relative au « bénéfice/risque ».

    En cas d’accouchement difficile prévisible, il est évident – d’abord pour de simples questions d’infrastructures disponibles – qu’il est préférable d’aller accoucher dans un « grand » hôpital ou au moins dans une structure spécialisée bien équipée.
    Pour tous les autres cas, il me semble que l’éloignement de la maternité la plus proche est un facteur de risque significativement plus important que le nombre d’accouchements réalisés sur une année.
    La désertification médicale conduit à une aggravation des risques dus à la distance.

    De même (en réponse au message précédent), une prise en charge de proximité des pathologies cancéreuses me semble préférable au « déracinement » du patient qui sera pris en charge dans un centre anti-cancéreux mais loin de sa famille, de ses amis, donc isolé et sans visite (possible).
    Cela n’exclue pas d’avoir un monitoring à distance réalisé par des médecins spécialistes du dit centre anti-cancéreux associée à de régulières visites de contrôle.

    Le centralisme tue !!!

    • Dans ce cas, l’analyse du bénéfice/risque sera à faire entre une le réel danger (expérimenté …) d’un établissement de proximité incompétent et la nécessité d’assurer la qualité/sécurité/égalité par le choix d’un établissement éloigné ! Le traitement du cancer, c’est sérieux, ça ne s’improvise pas !

      • On pourrait commencer à regarder de manière scientifique l’oncologie.

        Que ce soit sérieux je n’en doute absolument pas. Demandons l’ouverture des études ayant permis d’obtenir une AMM. et demandons l’accès aux données brutes et aux protocoles. Vous avez raison, c’est du sérieux.

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