Jeux d’argent et de hasard interdits aux mineurs ? De qui Bruno Le Maire ose-t-il se moquer ?

Bonjour

8 mars 2019. Actualité : la privatisation de la Française des Jeux (FDJ) entreprise hautement rentable se nourrissant de l’addiction d’une fraction croissante de citoyens devenus dépendants. Une affaire suivie de près par les buralistes, premiers concernés. Hier les députés ont donné leur feu vert au projet de privatisation de la Française des Jeux (FDJ), dans le cadre de l’examen en commission du projet de loi Pacte.

En première lecture, début octobre, l’Assemblée nationale avait autorisé le transfert au privé de la majorité du capital de la FDJ, actuellement détenu à 72 % par l’État, malgré de vives critiques de l’opposition dénonçant la logique économique de l’opération et les risques accrus d’addiction aux jeuxLe Sénat s’y était ensuite opposé en février.

Cohérence avec le tabac et l’alcool

Mais en démocratie force revient toujours à la majorité : via un amendement du gouvernement, défendu par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les députés ont rétabli leur version en commission. Des sous-amendements, portés par le député Christophe Blanchet (LREM, Calvados), ont ajouté au texte des dispositions pour renforcer la protection des mineurs. En d’autres termes possibilité, via une future ordonnance, de la « mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre » de jeux d’argent et de hasard à des mineurs.

Que croyez-vous qu’il arriva ? M. Le Maire s’est dit « favorable à renforcer toutes les garanties et les protections». « L’idée d’avoir une amende qui sanctionne la vente de jeux aux mineurs, c’est cohérent par rapport à ce que nous demandons aussi en matière de vente de tabac ou de vente d’alcool ».

Posons, avec tout le respect dû à un ministre de la République, la question à Bruno Le Maire : de qui vous moquez-vous ?

Dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire François Bourdillon, directeur général de Santé ­publique France, use d’un euphémisme en écrivant, dans son éditorial  que « l’interdiction de vente aux mineurs peut être considérée comme non respectée ». Les derniers résul­tats d’une enquête officielle (Escapad – OFDT)  démon­trent qu’en France les mineurs de 17 ans et moins « n’éprou­vent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91 % d’entre eux ». Mieux : « ils sont 77,5 % à en avoir consommé dans un débit de boissons » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7 % des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4 %) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. La majorité d’entre eux (52,7 %) a déclaré n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Répression de l’ivresse publique

Or, et M. Le Maire ne saurait l’ignorer, le code de la santé publique, au nom de la « protection des mineurs » et de la « répression de l’ivresse publique » dispose qu’il est interdit de vendre de ­l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut ainsi exiger du client « une preuve de sa majorité », notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est de même ­interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Et il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable.

Et M. Le Maire n’ignore pas qu’il en va de même pour les ventes de tabac chez les buralistes. Et ce alors que depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Afin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure, deux enquêtes ont été menées pour le Comité national de lutte contre le tabagisme. Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans – plus d’un tiers des buralistes ­acceptant de vendre du tabac à des enfants de 12 ans. Et 60 % des jeunes fumeurs ­indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et ­faudrait-il rappeler que, conséquence ­immédiate de cet interdit bafoué, plus d’un jeune Français de 17 ans sur trois est, déjà, un consommateur de tabac ?

Où l’on comprend bien ici que, loin d’une politique de réduction des risques, nous sommes, compte tenu de ce que l’on sait des addictions, avec un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques. Qui se souvient que le candidat Macron avait fait de la prévention l’une des clefs de voûte de la nouvelle cathédrale politique qu’il entendait construire au sein d’un nouveau monde ?

A demain

@jynau

 

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