«Bouffée délirante» post-cannabis : psychiatrie et addictologie dans l’affaire Sarah Halimi

Bonjour

Ce sont des extraits du dossier Kobili Traoré révélés par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Timothée Boutry)  Kobili Traoré  meurtrier présumé de Sarah Halimi, il y a près de deux ans à Paris. Un meurtre qui aura connu un fort retentissement médiatique .  Sarah Halimi, 64 ans, mère de trois enfants et médecin retraitée est rouée de coups puis défenestrée dans des « circonstances imprécises » du haut du troisième étage de son immeuble par un jeune voisin de 27 ans rapidement interné en hôpital psychiatrique. « J’ai tué le sheitan » (démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme après son acte.

Trois jours plus tard, le 7 avril 2017,  François Molins, procureur de la République de Paris déclare que ce drame, en l’état de l’enquête, n’est pas un meurtre antisémite, mais que cette piste sera aussi explorée. Le 10 juillet, Kobili Traoré   est entendu par le juge d’instruction. Il reconnaît les faits tout en niant toute motivation antisémite : « Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque ». Il attribue son état à la consommation de cannabis. Et Le Parisien de révéler aujourd’hui que la  perspective d’un procès s’éloigne 2017.

« Selon nos informations, les experts psychiatres qui se sont penchés une troisième fois sur le cas de Kobili Traoré ont estimé qu’il n’était ‘’pas, actuellement, accessible à une sanction pénale’’. Sans le dire aussi explicitement, ils considèrent que son discernement était aboli au moment des faits (…) C’est la seconde expertise à conclure à une irresponsabilité pénale tandis que le premier psychiatre qui avait examiné Kobili Traoré avait considéré que son discernement était simplement altéré. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient désormais de renvoyer le suspect devant la cour d’assises ou de prononcer un non-lieu psychiatrique. »

Irresponsabilité

Le Parisien a donc pu prendre connaissance des conclusions des Drs Bernard Pascal, Julien-Daniel Guelfi et Roland Coutanceau. Ces experts indiquent que le jeune homme de 29 ans présentait « une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique » (« c’est-à-dire provoquée par un agent toxique extérieur, en l’occurrence le cannabis dont il était un très gros consommateur » souligne le quotidien).

« Partant de là, ils précisent dans une formule alambiquée que ce diagnostic oriente ‘’plutôt classiquement vers une abolition du discernement […] compte tenu qu’au moment des faits son libre arbitre était nul et qu’il n’avait jamais présenté de troubles antérieurement’’. Ils précisent également qu’il n’aurait pas choisi sa victime à dessein : ‘’ Il n’y a pas, a priori, de capacité de sélectionner sa victime dans une bouffée délirante aiguë. Seule compte la réalité délirante.’’ Ce qui, en creux, semble écarter le choix délibéré de s’en prendre à une femme de confession juive. »

En juillet dernier, les Drs Bensussan, Meyer-Buisan et Rouillon avaient  clairement indiqué que Kobili Traoré était « inaccessible à une sanction pénale » – soulignant  qu’il  souffrait « d’un trouble psychotique chronique […] faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural ». Et en septembre 2017, le Dr Roland Zagury, premier expert nommé dans cette affaire, avait lui aussi conclu à une « bouffée délirante aiguë ». Sans pour autant aller jusqu’à l’irresponsabilité ? . « En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité ».

Contestation des conclusions

Me Francis Szpiner, avocat des enfants de la défunte a commenté, pour Le Parisien, cette nouvelle conclusion d’experts :

« Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du dernier collège d’experts sont donc, selon nous, très contestables. 

«À partir du moment où tous les experts ne sont pas d’accord, je pense que c’est à la juridiction de jugement, en l’occurrence à la cour d’assises, de se prononcer et de trancher. En dépit des conclusions de cette troisième expertise, je continue à espérer qu’il y aura un procès. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient de se prononcer. Et même si elle rend une ordonnance de non-lieu, nous ferons bien évidemment appel. »

Où il conviendra, alors, de revisiter toute la bibliographie disponible sur les rapports entre consommation de cannabis et émergence des étranges et toujours spectaculaires « bouffées délirantes».

Interné d’office depuis son geste Kobili Traoré est aujourd’hui pris en charge à l’ « unité pour malades difficiles » de Villejuif (Val-de-Marne).

A demain

@jynau

Une réflexion sur “«Bouffée délirante» post-cannabis : psychiatrie et addictologie dans l’affaire Sarah Halimi

  1. « En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité »

    En tout cas ce psychiatre pourtant fameux a un raisonnement très altéré. Son argument se contredit et ne tient pas debout.

    Quant à l’avocat, il fait son boulot.
    Mais sa démonstration ne tient pas plus debout.

    « Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du dernier collège d’experts sont donc, selon nous, très contestables.  »

    Car elle ne vaut ni plus ni moins que son contraire:

    « Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du premier expert sont donc, selon nous, très contestables.  »

    Il faut étendre l’enseignement de la philosophie à l’école et dans les facs de droit et médecine.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s