Cannabis : en consommer tous les jours augmente le risque de souffrir de troubles psychotiques

Bonjour

Ce n’est pas certes pas une surprise : depuis Moreau de Tours (1804-1884) et son célèbre « Du Haschisch et de l’aliénation mentale » (1845)  les liens entre cannabis et psychoses ne cessent d’intriguer 1 – mais aussi de nourrir de redoutables polémiques médicales autant que politiques.  A l’aube du troisième millénaire le sujet prend de nouvelles dimensions avec l’accélération à travers le monde (hormis en France) d’un phénomène sans précédent de dépénalisation/légalisation de la consommation de ce psychotrope.

Aujourd’hui, à verser au dossier, la publication d’un important travail dans The Lancet Psychiatry. D’où il ressort que (par rapport à l’abstinence) la consommation quotidienne de cannabis multiplie par 3,2 le risque d’être victime d’un premier épisode de psychose. Et ce risque est multiplié par 4,8 avec une consommation un quotidienne de variétés de cannabis à forte concentration (plus de 10%) en principe actif delta9-THC – variétés de plus en plus fréquentes sur les marchés officiels ou mafieux (Londres, Amsterdam ou Paris).

Mafias Sans Frontières

Les auteurs ont mené leur travail sur onze sites européens (et au Brésil) à partir des  dossiers de 901 personnes ayant souffert d’un premier épisode de psychose comparés à ceux de 1.237 personnes non touchées ; ce pour analyser et comprendre les facteurs de risque associés à l’apparition du trouble. Pour ces chercheurs il s’agit ici de la première preuve directe que la consommation de cannabis a un effet sur l’incidence des troubles psychotiques. Ils estiment que si les types de cannabis « à forte puissance » n’étaient plus disponibles, 12% des cas de premiers épisodes psychotiques pourraient être prévenus en Europe.

« Ainsi donc cette étude confirme le potentiel psychogène du cannabis pris quotidiennement et fortement dosé en THC chez des personnes vulnérables qu’il s’agisse de l’âge (jeunesse) ou de l’association à un trouble mental non encore diagnostiqué, résume le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Peut-être en va-t-il de même pour l’alcool.»

Pour le Dr Lowenstein cette étude confirme aussi tout l’intérêt d’une ‘’régulation’’ du cannabis. «Or nous avons au moins une certitude, dit-il. Ce n’est pas ‘’Mafias Sans Frontières’’ qui va baisser les taux de THC et ne plus vendre aux mineurs. »

A demain

1 Sur ce thème : L. Curtis P. Rey-Bellet M. C. G. Merlo « Cannabis et psychose » Rev Med Suisse 2006; volume 2. 31635. Et encore : « Consommation de cannabis et troubles psychotiques », extrait de Inserm (dir.). Cannabis: Quels effets sur le comportement et la santé?. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2001, XII- 429 p. – (Expertise collective). – http://hdl.handle.net/10608/171″

 

3 réflexions sur “Cannabis : en consommer tous les jours augmente le risque de souffrir de troubles psychotiques

  1. « 901 personnes ayant souffert d’un premier épisode de psychose » (donc ayant sans doute consulté) comparés à ceux de 1.237 personnes non touchées (dans 12 pays, donc sur des millions de consommateurs), n’y aurait-il pas un biais là ?

    sur un produit illégal, vendu au marché noir, donc susceptible d’être coupé à n’importe quoi.

    pour paraphraser Timothy Leary, qui parlait du LSD, mais le principe est le même: « Les drogues provoquent des comportements irrationnels chez ceux qui n’en consomment jamais »

  2. Une fois de plus une confusion de langage brouille les pistes de la réflexion sur la réalité.
    Que toute excitation des neuromédiateurs, chimique, physique, sensorielle ou même émotionnelle puisse favoriser des manifestations cliniques d’ordre psychotique, impossible de le nier.
    Peut-il exister, pour quelque cause que ce soit, un basculement d’un moi bien ordinairement névrotique vers un moi pulvérisé en une structure psychotique ? Jamais entendu parler.
    Que des gens manifestent à tous les ages de la vie ( cf les maisons de retraite ) du jour au lendemain des troubles psychotiques, tout le monde le voit.
    Et s’ils avaient réussi à planquer jusque là leur « étrangeté » ? Henri Grivois, jadis patron des Urgences psychiatriques à l’Hôtel-Dieu de Pars a écrit un beau livre sur « Naitre à la folie ».
    On ne tombe pas fou, on peut juste un jour montrer aux autres qu’on est fou. Parce qu’on nait fou.

  3. Bien que je considère le cannabis comme une une drogue dangereuse, cette étude ne permet les conclusions que les auteurs et les commentateurs s’octroient de façon injustifiée.

    Elle est compatible avec d’autres données. Les auteurs se permettent un « confirme ». Niet !

    La méthodologie exclut la possibilité de prétendre à causalité: une même cause à l’origine des psychoses et de la consimmation de cannabis, une propension chez le futur psychotique à consommer le cannabos par exemple. On ne sait qui est la poule et qui l’oeuf.

    De plus le risque est présenté de façon insincère comme dit la cour des comptes.

    L’utilisation des odd ratios est similaire à l’utilisation trompeuse des variatiosn de risque relatif au lieu du risque absolu (bis repitita placent et scripta manent) .

    Dans 2 cas cités, la disparition du cannabis hautement toxique « à supposer que l’on puisse dire qu’il y a causalité » admettent les auteurs de façon abrégée du bout du clavier, on diminuerait de 15 à 20 cas pour 100 000 années patients (une année patient : 1 patient suivi pendant un an)

    Dit comme cela c’est moins impressionnant, c’est pour cela que c’est enfoui dans la masse et qu’on parle de « multiplié par 3 à 5 ».

    Mais l’étude va dans le sens de mes préjugés alors …. je devrais me taire.

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