La médecine à la découpe. Le pharmacien promu « prescripteur » et #balancetondéputé

Bonjour

Les prémices d’un grand délitement. Comme la fin d’une époque. L’amorce d’une catastrophe. Ou du moins c’est ressenti comme tel par une large proportion de la profession. On parlera peut-être, dans l’histoire, de la victoire du Dr Thomas Mesnier, jeune urgentiste macronien venu de la Charente à Paris. Et qui aura, via l’Assemblée nationale permis aux pharmaciens de délivrer sans ordonnance (et sous conditions) des médicaments sous prescription médicale obligatoire pour des pathologies « bénignes », comme des « cystites aiguës » ou des « angines ».

Oubliant quelque peu les règles de la confraternité le Dr Mesnier, rapporteur d’un projet de loi simplement intitulé « relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » était aussi l’auteur d’un amendement « pharmacien » qui suscite l’ire des médecins – un amendement finalement voté malgré la mobilisation de l’opposition, qui a dénoncé l’ouverture d’un « droit de prescription » aux pharmaciens d’officine. L’heure est grave puisque’on a entendu ces pots prononcés par le député Jean-Paul Lecoq (PCF, Seine-Maritime).

« Le médecin a l’apanage du diagnostic et de la prescription médicale : il a été formé pour cela au cours d’une dizaine d’années d’études longues et difficiles. Le pharmacien a l’apanage de l’analyse de l’ordonnance, de la délivrance du médicament et de l’accompagnement du patient […] mais il n’est pas formé pour poser un diagnostic. Le glissement de certaines tâches des médecins vers les pharmaciens fait courir le risque d’une médecine à deux vitesses, low cost ! »

Réplique du macroniste charentais :

« Pas question de donner un droit de prescription aux pharmaciens. L’objectif est de lui permettre, dans le cadre d’un exercice coordonné avec d’autres professionnels de santé, de délivrer des médicaments, selon un protocole mis en place par la Haute Autorité de santé, après une formation ad hoc à ces protocoles, et une obligation relative au lien avec les médecins traitants et à leur information [a expliqué le rapporteur, citant une fois de plus en exemple la cystite] « cette infection urinaire simple qui peut se traiter par antibiotique.»

Agnès Buzyn, médecin mais ministre macronienne des Solidarités et de la Santé, embarrassée, assurant qu’un consensus serait trouvé sous ses suspices :

 « Un travail avec les acteurs est encore nécessaire. Je m’emploierai à ce que ce qui a été adopté […] soit bien cadré, afin que tout le monde se sente à l’aise avec le nouveau dispositif ».

Le Dr Jean-Pierre Door (Loiret, LR) :

« Une cystite : cela peut être n’importe quoi, y compris une pathologie qui dissimule quelque chose de grave. Or, le pharmacien n’en sait rien. Il ne s’agit pas seulement de donner au patient le produit qui peut calmer les symptômes, mais de savoir ce qu’il en est. »

Le syndicat CSMF :  « C’est un très mauvais signal envoyé aux médecins généralistes qui sont en mode survie. Faisons confiance aux acteurs de terrain plutôt que d’imposer des mesures dans la loi. Il y a des risques derrière pour la santé des patients. Prenez l’ibuprofène, délivré sans ordonnance : si on ne questionne pas les personnes âgées sur leur fonction rénale, celle-ci peut se dégrader ! »

MG France, au Quotidien du Médecin  : « Les généralistes n’ont pas besoin de cela, mais d’une amélioration de l’attractivité de la profession. Nous serons attentifs à ce que les protocoles soient le plus bordés possible, car c’est une brèche qu’on ouvre, un premier pas vers l’élargissement qui inquiète les médecins. »

La FMF :  « Le gouvernement choisit de dégrader la qualité de la prise en charge des patients, il portera la responsabilité de l’extension de la désertification médicale On s’assoit sur le parcours de soins avec ce genre de mesures, qui vont amener une désorganisation. Il va falloir lancer un #balancetondéputé ! »

Le Syndicat des médecins libéraux : « Les pharmaciens pourront prescrire, modifier la prescription du médecin en cas de rupture, vacciner… À ce rythme, on se demande si la conception des politiques n’est pas d’éloigner les médecins purement et simplement du soin, afin de leur confier la gestion de la paperasse qu’ils sont en train de créer ».

Simple péripétie historique ou début de la fin d’une époque ?

A demain

@jynau

4 réflexions sur “La médecine à la découpe. Le pharmacien promu « prescripteur » et #balancetondéputé

  1. Mon médecin (pourtant souvent débordé) a toujours refusé de faire une ordonnance sans m’examiner pour une simple infection urinaire. Il m’a toujours dit qu’il ne veut pas passer à cote de quelque chose de plus sérieux et doit faire un examen clinique. Je ne suis vraiment pas rassurée par ce type de nouvelle loi.

  2. -Oui, alors comme « prété pour un vomi », prenons nous médecins le droit de délivrer des médicaments aussi inutiles pour le rhume et des crème anti-rides !!!! Quand on pense qu’il faut dans certaines pharmacies de ville attendre >24H poour avoir des ampoules de morphine afin de traiter en urgence des douleurs chez un cancéreux en fin de vie……
    La cystite simple ne se traite pas par antibiiothérapie…le mal de gorge ,idem. Je suis attéré que des députés médecin soient partie prenante dans cette loi, c’en est affligeant…Quand j’exerçais la médecine de soins en urgence de ville( siècle passé) , combien de fois, le pharmacien de garde de ville n’avait pas les médicaments essentiels tel solutions de réhydratation pour la diarrhée de nourissons mais il avait proposait des poudres de perlinpimpin tel de la diosmectite et produits totalement inutiles et dangereux pour le nourrisson et aussi de la crème anti-rides pour la maman fatiguée après une nuit éveillée( ce genre de propos de pharmacien m’ayant été rapporté un certain nombre de fois que je l’ai conservé en mémoire ! ) mais c’était du temps où les solutions de réhydratation n’étaient pas remboursées mais la diosmectite et tous les autres médocs inutiles oui ( le siècle passé)…Et avec tout cela, il y a des jeunes qui veulent encore devenir médecin généraliste? Il faut être totalement maso et « suicidaire » car avec de l’autre côté les « super infirmières cliniciennes » qui vont pouvoir prescrire; le médecin généraliste va redevenir un « officier de santé » tout juste à délivrer des bons d’autorisation pour aller consulter le spécialistes et des bons d’autorisation de traiter les cervicales chez l’ostéopathe nini car il faudra bien qu’il gagne sa vie… et remplir des documents administratifs et des certificats; plus de numérus clausus ,alors on va former des étudiants qui ne pourront pas réussir le concours des spécialités ( qui lui va rester) et redeviendront des généralistes par défaut qui seront considérés comme des sous-médecins.. (des officiers de santé !)CQFD… .
    La suppression du numérus clausus ayant été entériné, on y a ,on y va.
    AG .

  3. Il serait tout de même utile de savoir pourquoi cette mesure est mise en place, à quelle problématique elle veut répondre (à part celle de la lune de miel bien entendu), et en conséquence ce qu’on attend de sa mise en place, mais aussi ce qu’on attend pas (complications possibles, erreur diagnostic…).
    Le débat manque singulièrement d’argument.

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