Homéopathie : les Académies de médecine et de pharmacie enfoncent un poignard unique

Bonjour

Nous évoquions hier les deux coups de poignards académiques portés dans le dos de la pratique homéopathique. C’est fait. Voici aujourd’hui, publiquement et solennellement exposée, la position unique de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie nationale de pharmacie 1. Avec, d’emblée, ce rappel :

« L’homéopathie a été introduite à la fin du XVIIIe siècle, par Samuel Hahnemann, postulant deux hypothèses : celle des similitudes (soigner le mal par le mal) et celle des hautes dilutions. L’état des données scientifiques ne permet de vérifier à ce jour aucune de ces hypothèses. Les méta-analyses rigoureuses n’ont pas permis de démontrer une efficacité des préparations homéopathiques. » 
 
C’est ici le dernier épisode en date d’un long combat. L’homéopathie est l’objet de débats récurrents, remis à l’ordre du jour par la publication en 2017 d’un rapport du Conseil des Académies des Sciences Européennes (EASAC) sur ses produits et ses pratiques 2 et de la méta-analyse de Mathie et al. sur son efficacité 3.

Depuis, plusieurs instances et groupes professionnels ou académiques ont fait connaitre leur avis par des tribunes ou prises de position publiées par la presse généraliste ou sur internet. Leurs déclarations remettent en cause : – la dérogation réglementairement accordée aux préparations homéopathiques qui permet de les enregistrer sans preuve de leur efficacité, sous réserve de ne pas revendiquer d’indication thérapeutique – leur remboursement par l’assurance-maladie – leur usage par les professionnels de santé en l’absence de réserves liées à cet usage – l’information imprécise du public, notamment par l’étiquetage et la promotion – et la délivrance de diplômes universitaires d’homéopathie.

« Données sociétales »

Vieille ennemie de l’homéopathie l’Académie nationale de médecine s’était depuis longtemps exprimée clairement sur plusieurs de ces points, dans des rapports et communiqués de 1984, 1987 et 2004. Et que les choses soient claires : il n’existe pas selon elle « de nouvel argument de nature scientifique qui amène à revenir sur ces prises de position, ni sur les arguments qui les fondent ».

Pour autant, face à ces données scientifiques s’opposent des « données sociétales » que les deux Académies « ne peuvent ignorer » : selon une estimation récente 72% des Français croient aux bienfaits de l’homéopathie, 52% y ont recours 4 ; 43% des professionnels de santé (médecins, sages-femmes, dentistes) prescrivent des préparations homéopathiques 5, et les thérapies complémentaires, l’homéopathie incluse, sont utilisées en milieu hospitalier, notamment en tant que soins de support dans les centres et services d’oncologie. Il faut ici lire avec la plus grande attention le texte des deux Académies :

« Ces divergences entre l’engouement du public, la rigueur des scientifiques et l’opinion intermédiaire des praticiens peuvent s’expliquer par la connaissance insuffisante et/ou la sous- estimation de l’effet placebo avec attente, seule explication plausible, mais aussi suffisante, des effets de l’homéopathie en l’état actuel de la science, mais également des effets non spécifiques associés à tout acte thérapeutique 6.

« L’effet placebo avec attente est un phénomène neurobiologique scientifiquement établi, dont la réalité est attestée par des essais cliniques contrôlés, et les mécanismes éclairés par les neurosciences, notamment l’imagerie cérébrale. Il est prouvé que sa puissance dépend de l’attente du patient, de l’annonce qui lui est faite, et de ce qui lui est proposé (charisme du thérapeute, réputation de la méthode, complexité du dispositif). L’effet conditionnement est lié à la répétition d’expériences antérieures d’amélioration sous médicament actif, et dépend de structures cérébrales profondes comme l’amygdale cérébrale. Il est spécifique du symptôme traité et se reproduit sous placebo.

 Ces effets sont au cœur du ressenti bénéfique de l’acte d’homéopathie comme de tout acte thérapeutique bien mené, qu’il soit inclus ou non dans une thérapeutique complémentaire. »

Compatible, sous réserve, avec l’éthique

Ceci étant posé l’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie  estiment :

  • qu’il n’est pas contraire à l’éthique ni aux bonnes pratiques d’user de préparations homéopathiques, dans les situations où l’emploi d’une thérapie complémentaire est souhaitée, à condition que celle-ci n’induise pas une perte de chance en retardant la procédure diagnostique et/ou l’établissement d’un traitement reconnu efficace, sous condition que le médecin soit conscient qu’il use d’un placebo avec attente ;
  • qu’il n’est pas acceptable d’user de l’homéopathie comme une « médecine alternative » dans les autres situations.

Corollaire, elles réclament :

  • qu’aucun diplôme universitaire d’homéopathie ne doit être délivré par les facultés de médecine ni par les facultés de pharmacie ;
  • qu’il importe par contre d’inclure ou de renforcer dans les études de médecine et de pharmacie un enseignement – obligatoire dans le 2ème cycle, optionnel dans les 3ème cycles – dédié à la relation médecin-malade, à ses effets non spécifiques, aux effets placebo avec attente, aux effets bénéfiques du conditionnement, et au bon usage des médecines complémentaires intégratives.

Et finalement recommandent :

  • qu’aucune préparation homéopathique ne puisse être remboursée par l’assurance maladie tant que la démonstration d’un service médical rendu suffisant n’en aura pas été apportée ;
  • qu’afin de fournir au public une information loyale, que les préparations homéopathiques délivrées en pharmacie portent la mention de leur composition, de leur dilution en termes compréhensibles, sans revendication thérapeutique ;
  • et, au vu de la confiance que feraient les Français usagers d’internet à un site officiel d’information labellisé  par l’État, d’instituer, sous une forme à définir, une base indépendante et actualisée d’information du public sur les thérapies complémentaires.

Introduite à la fin du XVIIIe siècle par Samuel Hahnemann l’homéopathie s’en remettra-t-elle ? La balle est désormais dans le camp du gouvernement.

A demain

@jynau

1 Daniel Bontoux*, Liliane Grangeot-Keros**, Christine Hache**, Bernard Laurent*au nom d’un groupe de travail rattaché à la commission XII (thérapies complémentaires – thermalisme – eaux minérales) (A. Autret, JC. Béani, D. Bontoux [coordonnateur], C. Jaffiol, B. Falissard, L. Grangeot-Keros, C. Hache, JP. Laplace, B. Laurent [secrétaire],D. Lecomte, RG. Legall, Y. Levi, G. Dubois, H. Julien, JP. Giroud, J.M. Mourgues, JP. Nicolas, JP. Olié, P. Queneau, CF. Roques, J. Sackur, R. Trèves) *Académie nationale de médecine **Académie nationale de pharmacie

2 Homeopathic products and practices : assessing the evidence and ensuring consistency in regulating medical claims in the UE.
https://easac.eu/publications/details/homeopathic-products-and-practices/

3 Robert T.Mathie , Nitish Ramparsad, Lynn Legg, Jurgen Clausen et al. Randomised double blind,placebo-controlled trials of non individualized homeopathic treatment : systematic review and meta analysis.  Systematic Reviews, 2017,6/63.

4 –  Baromètre santé 360 – Les médecines alternatives et complémentaires.
http://www.odoxa.fr/?s=M%C3%A9decines+compl%C3%A9mentaires+

5 Michel Piolot, Jean-Paul Fagot, Sébastien Rivière et al. – Homeopathy in France in 2011-2012 according to reimbursements in the French national health insurance database (SNIIRAM). Fam Pract.2015 August;32(4):442-448.

6 Alain Autret – Les effets placebo. Des relations entre croyances et médecines. L’harmattan Paris

 

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