Psychiatrie : que répondra la ministre à la Contrôleure des lieux de privation de liberté ?

Bonjour

« La France serait-elle prise d’une frénésie d’enfermement ? » s’interroge Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin). La question se pose à la lecture du dernier rapport annuel d’activité (2018) d’Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Mme Hazan affirme avoir constaté au travers des visites effectuées dans des établissements et de l’examen des textes votés par le Parlement que « contrairement aux principes du droit français, l’enfermement devient la réponse à tous les maux de la société, à toutes les transgressions, volontaires ou involontaires, des règles ou des normes de la vie en commun ».

Aux termes de la loi, rappelle la Contrôleuse générale, la prison est une peine de dernier recours, le placement d’étrangers en centre de rétention administrative ne peut intervenir qu’en l’absence d’autre solution, le placement sans consentement en hôpital psychiatrique ne peut être motivé que par des raisons médicales… Or, écrit-elle, « pour chacune de ces catégories, le nombre de mesures d’enfermement est en augmentation et atteint des chiffres qui n’ont jamais connu de précédent ». Et faudrait-il redire que l’enfermement peut être synonyme de déshumanisation, d’atteintes à la dignité et à l’intégrité physique ou mentale.

Dangerosité fantasmée

Passons sur les (graves) questions relatives aux prisons et intéressons-nous à la psychiatrie et à l’hospitalisation sans consentement. Mme Hazan y observe les mêmes dérives sécuritaires. « La potentielle dangerosité du malade, le plus souvent fantasmée, a pris une place grandissante » dans la pratique. Dans certains établissements,« les contrôleurs ont rencontré des mesures d’isolement prises dans une logique punitive ou par commodité pour le service ». De même, les personnes hospitalisées sans consentement sont le plus souvent placées dans des unités fermées, restreignant leur liberté d’aller et venir alors que leur situation médicale ne justifie pas de telles mesures. Extraits on ne peut plus politiques du rapport d’activité (dossier de presse) :

 « En ce qui concerne la psychiatrie, l’on est toujours dans l’attente d’une loi, ou du moins d’un plan ambitieux pour faire face à la gravité de la situation : manque de personnel, locaux vétustes ne respectant pas la dignité des patients, recours accru aux soins sans consentement, augmentation des mesures d’isolement et de contention, engorgement des urgences générales faute de place dans les services de psychiatrie.

« La France a été pionnière d’une psychiatrie plus ouverte dans les années soixante et soixante-dix. Il s’agissait alors, dans une logique de désinstitutionalisation de la psychiatrie, de modifier et d’humaniser la politique de soins, par la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux à l’extérieur des hôpitaux, leur réinsertion dans la société étant l’objectif premier des soins. Certains pays se sont même inspirés de ces pratiques, comme l’Italie qui, en 2018, a célébré le quarantième anniversaire de la suppression de ses hôpitaux psychiatriques.

Limiter sans raison la liberté d’aller et venir des patients

« En France la situation a bien changé : les préoccupations sécuritaires se sont substituées à l’objectif de réinsertion, la plupart des services sont des structures closes, limitant sans raison la liberté d’aller et venir des patients ; le nombre d’hospitalisations sans consentement connait une croissance sans précédent, facilitée par la procédure allégée dite de « péril imminent » ; faute de structures médico-sociales, les séjours en hôpital se prolongent, la continuité des soins est incertaine.

« La France est devenue l’un des pays européens qui enferme le plus les personnes atteintes de troubles mentaux. En l’absence d’une loi, on pouvait à tout le moins espérer que le plan Santé, présenté à l’automne dernier par le Président de la République, affirmerait la volonté de mettre en place de nouvelles formes d’hospitalisation, de limiter les soins sous contrainte ainsi que de favoriser, soutenir et développer des modes alternatifs d’hospitalisation. On en est loin.

« Or il est urgent de revoir la chaîne complète de prise en charge de la maladie mentale : créer des services accessibles pour accompagner les patients dans leur quotidien et prévenir les crises , concevoir des hôpitaux pratiquant par principe une hospitalisation en unité ouverte avec des exceptions rares, médicalement justifiées et régulièrement réévaluées, mettre sur pied des politiques ambitieuses de réduction des pratiques d’isolement et de contention et, enfin, ouvrir des structures médico-sociales adaptées à la prise en charge en fin d’hospitalisation ; en d’autres termes hospitaliser moins pour soigner les patients dans un meilleur respect de leur dignité et de leur liberté. »

Faut-il attendre des réponses de la ministre des Solidarités et de la Santé ?

A demain

@jynau

 

 

 

2 réflexions sur “Psychiatrie : que répondra la ministre à la Contrôleure des lieux de privation de liberté ?

  1. J’ai connu un hôpital psychiatrique dans une petite ville de province qui n’avait pas de murs, pas de grillages, pas de clôtures. Oh, bien sûr, les patients présentant un danger pour autrui ou pour eux même étaient enfermés, mais le reste étaient libres de déambuler. Je me souviens qu’en revenant de l’école à vélo, un des patients, probablement débile léger, « faisait la circulation » régulièrement au niveau du rond point de l’hôpital. Le bar voisin de l’hôpital récupérait régulièrement des patients « égarés » en pantoufles et robe de chambre qui étaient gentiment reconduits à leur chambre.

    D’un autre coté, un internement psychiatrique lourd a tout de même un avantage. Si avant d’y entrer vous étiez modérément invalide, après quelques années de neuroleptiques plein tube vous serez tellement incapacité que votre enfermement définitif se justifiera pleinement…

  2. C’était en septembre 2015, pas de réponse de la ministre de l’époque, alors maintenant …?

    NON A LA CONTENTION
    La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne

    En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle, des personnes malades.

    Ces pratiques de contention physique d’un autre âge se déroulent quotidiennement dans ce pays. Ces pratiques dégradantes avaient quasiment disparu. Or les contrôleurs généraux des lieux de privation de liberté, Jean marie Delarue puis Adeline Hazan, l’ont constaté, elles sont désormais en nette augmentation, qui plus est banalisées comme des actes ordinaires.

    http://www.hospitalite-collectif39.org/?NON-A-LA-CONTENTION

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