Suicides : quelques mots à propos des médecins hospitaliers et des personnes emprisonnées  

Bonjour

L’hôpital et la prison. Deux centrales syndicales hospitalières Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins ont annoncé qu’elles saisiront désormais  « systématiquement » la justice après un suicide d’un confrère afin de mettre « les pouvoirs publics face à leurs responsabilités ».

JEUNES MEDECINS@JeunesmedecinsF Ça suffit. Dorénavant, « nous saisirons la justice » #suicides cc @Dr_moji @DrSabrinaaurora @gkierzek @EgoraInfo @leQdM @HOSPIMEDIA @lemondefr @EmanuelLOEB @F_Verdonk @Etienne_Pot @ISNItwit @HAS_sante @MinSoliSante

Les deux structures, reprend Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) veulent mettre un terme à « l’omerta » qui règne selon elles autour de ces décès, qu’ils surviennent sur le lieu de travail ou à domicile. Le 3 mars 2019, le Dr Nicolas Siegler, un urologue de 37 ans exerçant dans le Gard, a mis fin à ses jours. Un mois plus tôt le Pr Christophe Barrat, chirurgien de 57 ans, s’est suicidé par défenestration dans les locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), à Bobigny. En 2018, un interne en psychiatrie  de 27 ans du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et un jeune assistant orthopédiste exerçant à l’hôpital de Castres se sont donné la mort. Trois autres suicides ont eu lieu à Châteauroux, à Eaubonne et à Strasbourg.

« La liste ne cesse de s’allonger, soulignent les deux syndicats de praticiens hospitaliers. Les réactions des pouvoirs publics comme des établissements concernés minimisent l’impact des conditions de travail conduisant à ces drames, le plus souvent par des communiqués lapidaires et insupportables. » Action praticiens hôpital (APH) et Jeunes Médecins dénoncent l’absence d’une instance spécifique où ils siégeraient afin de participer à l’examen des conditions de travail, de la sécurité et de la santé de tous les praticiens

Comment relativiser

On apprend, dans le même temps, qu’en France le nombre de suicides de personnes détenues a atteint en 2018 un pic jamais égalé depuis au moins dix ans avec 131 personnes décédées – contre 117 en 2017. Le plus jeune avait 22 ans, le plus âgé en avait 68. L’essentiel de ces passages à l’acte intervient au sein de l’établissement pénitentiaire (119 contre 103 en 2017), tandis qu’un plus petit nombre (12 contre 14) a lieu hors des murs (à l’hôpital, en permission de sortir, etc.).

Selon une étude interne extrêmement détaillée que Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) s’est procurée, la direction de l’administration pénitentiaire relativise néanmoins ce constat en observant que par rapport au nombre de détenus, qui a lui aussi atteint un record en dépassant les 70 000, le taux de suicide (16 pour 10 000) est inférieur à ceux de 2016 (16,3 pour 10 000) ou 2009 (18,3 pour 10 000).

« L’administration pénitentiaire a pris ce sujet très au sérieux notamment depuis le plan d’action ministériel de 2009 relatif à la prévention du suicide des personnes détenues, précise le quotidien vespéral. Un audit mené en 2015 par l’Inspection des Services Pénitentiaires, l’Inspection de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et l’Inspection Générale des Affaires Sociales avaient formulé des recommandations qui ont été mises en œuvre depuis, mais sans grand effet sur le taux de suicide.

Ce constat d’échec est mis en lumière par un collectif d’associations (Caritas France, l’Observatoire international des prisons, les Petits frères des pauvres) qui, nous apprend Le Monde,  organisaient jeudi 28 mars à Paris pour la onzième année consécutive un hommage aux morts de la prison. Ces associations font valoir que l’une des explications de ces suicides (essentiellement par pendaison dans la cellule) est à rechercher dans la dégradation des conditions de détention liées à la surpopulation carcérale. Pour Alexis Saurin, président de la Fédération des associations de réflexion action prison et justice, « l’administration pénitentiaire doit changer de modèle : « chercher à donner aux gens envie de vivre plutôt que de se contenter d’essayer d’empêcher le passage à l’acte ».

« Accidentés de la vie »

Huit pays de la grande Europe – dont la France –, affichent toujours de « graves problèmes de surpopulation » carcérale, selon une étude du Conseil de l’Europe rendue publique mardi 2 avril et résumée par l’AFP.  Outre la Russie, parmi les pays affichant le plus grand nombre absolu de détenus figurent le Royaume-Uni (84 373), la Pologne (73 822) et la France (69 596). La France enregistre également le plus haut taux de suicide (12,6 pour 10 000 prisonniers) et le plus grand nombre d’évasions (611).

 « On ne pourra pas faire baisser significativement le nombre de suicides à l’intérieur [des prisons] tant que l’on ne fera pas baisser les suicides à l’extérieur qui font quelque 10 000 morts par an », explique étrangement la direction de l’administration pénitentiaire. française Autrement dit, si la France a l’un des taux de suicide en détention le plus élevé d’Europe (après la Norvège ), c’est que ce chiffre dans la population non détenue y est aussi nettement plus élevé qu’ailleurs.

Et la difficulté dans l’analyse du taux de suicide en détention, sept fois plus que dans la population générale, est de quantifier la part qui s’expliquerait par les caractéristiques de la population concernée – marquée par des fragilités psychologiques, voire psychiatriques, et de nombreux « accidents de la vie ».

Cette lecture vaudrait-elle également pour les suicides de soignants ?

A demain

@jynau

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