Casse-tête du Levothyrox® : finalement les patients auraient-ils, scientifiquement, raison ?

Bonjour

Serait-ce si simple ? Simple comme un titre d’article de journal. 4 avril 2019, manchette du Monde : « Levothyrox : une étude donne raison aux patients. Selon ces travaux franco-britanniques, les deux versions du traitement commercialisé par Merck auprès des malades de la thyroïde ne sont pas substituables pour chaque individu. » (Pascale Santi et Stéphane Foucart).

« Ni hystérie collective, ni complotisme des patients, ni « effet nocebo » géant. Deux ans après les premiers signalements d’effets indésirables attribués à la nouvelle formule du Levothyrox, des travaux franco-britanniques, publiés jeudi 4 avril dans la revue Clinical Pharmacokinetics, objectivent pour la première fois les plaintes déclarées par plusieurs dizaines de milliers de malades de la thyroïde. »

On lira ici la publication citée : « Levothyrox® New and Old Formulations: Are they Switchable for Millions of Patients ? ». Didier Concordet, Peggy Gandia, Jean-Louis Montastruc, Alain Bousquet-Mélou, Peter Lees, Aude Ferran et Pierre-Louis Toutain (CHU et Université de Toulouse, Royal Veterinary CollegeUniversity of London).

« Ces auteurs indiquent que les deux formulations du médicament commercialisé par Merck ne sont pas substituables pour chaque individu : près de 60 % des patients pourraient ne pas réagir de la même manière aux deux versions du médicament, résume Le Monde. Ces résultats seront difficilement réfutables par le laboratoire et les autorités de santé, puisqu’ils sont fondés sur une réanalyse des données fournies par le laboratoire lui-même à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Au passage, la crédibilité de l’agence en sort écornée : en creux, les travaux (…) montrent que l’ANSM n’a pas procédé à une analyse indépendante des données fournies par Merck à l’appui du changement de formule : elle s’est entièrement reposée sur l’interprétation qu’en a faite la firme. Sollicitée, l’agence n’était pas en mesure de réagir jeudi matin. »

L’ANSM réagira-t-elle ? Pourquoi les auteurs de Clinical Pharmacokinetics se sont-ils lancé dans cette vaste entreprise ? Où est la vérité vraie ? Ces résultats impacteront-ils les affaires judiciaires en cours ?

Une épigraphe inventée par Poe

Pour l’heure la lecture du Monde se révèle d’une particulière complexité pour qui n’est pas un spécialiste affûté des questions pointues de pharmacologie et de biodiversité. Où l’on parle (notamment) de « bioéquivalence moyenne » de « concentration d’hormone thyroïdienne ciblée (dite L-T4) », d’ « intervalle de de confiance de la réponse moyenne des sujets traités », de « bande de bioéquivalence »….

« Alors ? L’histoire est un peu celle de La Lettre volée d’Edgar Poe, simplifie Le Monde pour ses ses lecteurs. La solution du problème était sous les yeux, apparemment trop évidente pour être découverte. » On lira dans le quotidien vespéral les chiffres, les postulats, les accusations et les conclusions. Une machinerie hautement sophistiquée et des trébuchets bien délicats à manier. Pour, finalement ,des interrogations qui ne semblent pas pleinement en phase avec la manchette.

Conclure ? Il faut ici se pencher sur l’épigraphe de La Lettre volée (traduction de Charles Baudelaire) : « Nil sapientiae odiosius acumine nimio » ( « Rien en fait de sagesse n’est plus détestable que d’excessives subtilités »). Elle est attribué par Poe à Sénèque. Or elle ne figure pas dans l’œuvre répertoriée de ce dernier. Voilà qui est pleinement en phase avec cette étrange affaire moderne, à la lisière de l’impalpable, qu’est celle du Levothyrox®.

A demain

@jynau

 

2 réflexions sur “Casse-tête du Levothyrox® : finalement les patients auraient-ils, scientifiquement, raison ?

  1. Celui qui avait lu le blog de Dupagne, avait déjà lu ce genre de chose il y a longtemps. En changeant de formule », la disponibilité changeait et il devait y avoir un ajustement des doses pour ‘chaque’ patient. Comme la nouvelle formule était fabriqué pour ‘stabiliser’ la matière active dans le temps, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que cela voulait dire qu’aux bords de la courbe de gauss, pour de nombreuses personnes il y allait avoir des ‘complications’ qu’il faudrait traiter (i.e. ajuster le traitement).

    Ce qui me fait proprement halluciner, c’est que l’immense majorité de la profession (scientifiques ET médecins ET pharmaciens) a affirmé qu’ils étaient substituables pour tout le monde sans aucun soucis et que les gens ressentaient un truc dans la tête. Sérieusement, qui peut croire une telle chose ? Faut être bien limité intellectuellement pour ne pas pouvoir imaginer qu’un changement de formule (y compris d’excipient – dont on commence à dire qu’ils pourraient ne pas être neutres) change le médicament, et à moins d’avoir appris sur des robots identiques, réaliser que les gens sont tous différents et donc que mécaniquement il y a une disparité et donc que mécaniquement on ne peut pas affirmer que changer ne change rien pour tout le monde.

    Comment on peut avoir confiance (parce que toutes les problématiques médicales sont des problèmes de confiance) en des personnes qui ne sont même pas capable de lire les données scientifiques et affirment du haut de leur chaire pourrie que tout va bien Mme la marquise ?

    Comment les croire sur leurs affirmation qu’il faut se vacciner, qu’il faut se faire dépister, qu’il faut se faire traiter, que l’homéo ça marche pas (ça marche pas de la même manière que pour le levothyrox ca marchait ?), que les ostéo sont des charlatans, enfin que tout le monde est con sauf eux ?

    Les scandales sanitaires se suivent régulièrement mais aucune remise en question, aucune. D’ailleurs pas de nouvelles des machines à plasma, pas de nouvelles des produits de dialyses, pas de nouvelles des bébés dans bras, des nouveaux cas de cancers pédiatriques…

  2. L’entité multiple que JYN designe sous le nom « les patients » a, de longue date, signalé divers biais évidents dans les données publiées. D’ailleurs, la plupart des analyses de l’ANSM ont été faites sur échantillons fournis par le labo en cause, ce qui pose tout de même un problème de principe. D’autres anomalies tout aussi manifestes figuraient dans les données de pharmaco-epidemiologie (d’ailleurs on attend toujours la publication de l’ensemble des données, qui avait été annoncée pour…?).
    Et tout de même, le « bon père de famille » ne s’est il pas inquiété du grand nuage de points qui s’éloignent de la courbe moyenne lors des tests un vivo ? Ça interpelle. C’est digne d’un esprit scolaire niveau 10/20 maxi.

    Mais la com officielle, son leitmotiv hypnotique du nocebo hystérique, a été tellement efficace que tout le monde a perdu son bon sens, incapable de voir l’évidence des données. D’ailleurs personne ou presque n’a cherché à vraiment savoir. Jusqu’à ce jour. N’y avait-il donc aucun analyste dans la salle ?
    Ceci dit, je crois, comme ces chercheurs du jour, qu’il n’y a pas eu volonté de nuire du labo et de l’ANSM. Mais une sorte de logique interne, en cercle, centrée sur elle-même, qui leur a fait perdre toute lucidité. Ça arrive aux meilleurs (suivez mon regard côté actualité), surtout aux plus intelligents, et ils se noient dans leur propre intelligence.
    En attente, nous autres les thyroïdiens en avons pris pour notre grade.

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