«Patient remarquable» = «ne pas réanimer»!  George Orwell dans les hôpitaux français 

Bonjour

Emergence du novlangue de George Orwell dans l’univers hospitalier français. On l’observe sur le site Gènéthique  – site qui, une fois n’est pas coutume, reprend un papier original de Libération (Eric Favereau).

Où l’on parle d’un colloque sur les décisions médicales en fin de vie organisé à l’Hôpital européen Georges-Pompidou, (Paris). C’est l’histoire d’un « patient remarquable », formule qui peut être remplacée par « NTBR » (« Not To Be Reanimated » ; « A ne pas réanimer »). Elle est employée dans les dossiers médicaux du Samu et des services de réanimation, pour les « patients porteurs d’une maladie grave évoluée et évolutive »,pour qui « les traitements curatifs ne sont plus appropriés ».

Le cas évoqué lors du colloque parisien était celui d’une personne souffrant depuis plus de vingt ans d’une affection dégénérative. Une crise d’insuffisance respiratoire d’une particulière gravité a imposé son hospitalisation Après l’avoir soigné, les médecins de l’hôpital ont organisé une réunion collégiale sur la suite de sa prise en charge – sans consulter sa famille. Quelques jours plus tard cette famille a reçu un courrier l’informant d’une décision : si ce malade devait revenir en urgence à l’hôpital qu’« il ne serait pas réanimé », et qu’« une sédation longue et continue jusqu’au décès serait éventuellement mise en route ».  Cette personne était en effet signalée comme « patient remarquable au Samu ». 

 Pourtant, la loi prévoit quune réunion collégiale ne peut être organisée « qu’au moment où se décide un arrêt ou une limitation de traitement, et non pas en avance » a rappelé la Dr Véronique Fournier, qui dirige le Centre d’éthique clinique des hôpitaux de Paris. Selon elle « jusqu’au dernier moment, le patient peut changer d’avis. C’est son dernier avis qui compte ». Comment ne pas voir ici, à l’heure des contraintes budgétaires hospitalières, un risque, majeur, de dérive ?

« Procédure d’une exceptionnelle gravité »

On peut, sur ce thème et via EM Consulte prendre connaissance de la procédure mise en œuvre en Suisse, à Genève :

« L’ ordre  »Ne pas réanimer » (DNR Do not resuscitate, ou NTBR Not to be resuscitated, ou encore DNAR Do not attempt resuscitation) est totalement spécifique. C’est l’ordre médical de ne pas entreprendre une réanimation cardio-respiratoire (RCP) en cas d’arrêt cardio-respiratoire. Cet ordre ne doit en aucun cas être confondu avec la décision de limiter l’intensité thérapeutique ou d’interrompre la prise en charge vitale (withholding et withdrawing des anglo-saxons).

« Le Conseil d’éthique clinique des hôpitaux universitaires de Genève (Suisse) a publié en 2001 un avis consultatif sur l’ordre NTBR, reproduit intégralement dans cette mise au point. Il y est rappelé que la décision de ne pas entreprendre de RCP en cas d’arrêt cardio-respiratoire est légitime sur le plan éthique quand le patient, convenablement informé et capable de discernement, a exprimé la volonté de ne pas être réanimé ainsi que lorsque le patient est en fin de vie, situation dans laquelle les méfaits de la RCP dépassent considérablement ses bénéfices.

« Dans cette dernière situation, une discussion de l’ordre NTBR avec le patient n’est pas nécessaire alors que la discussion avec le patient de ses objectifs et de ses attentes concernant les soins demeure indispensable. L’ordre NTBR est d’une exceptionnelle gravité. Il doit donc être mûrement réfléchi et discuté et son inscription doit obéir à une procédure du type de celle qui est indiquée dans ce document. Tout ordre NTBR doit faire l’objet d’une réévaluation régulière au cours du temps, afin de tenir compte de l’évolution de l’état du patient.

« Enfin, comme l’inconfort des soignants à discuter de la fin de vie avec leurs patients est une réalité et une limite importante à la participation du malade à la décision d’entreprendre ou non une RCP, il est indispensable d’organiser pour les médecins une formation à ce type d’entretiens. »

Où l’on saisit qu’une langue française bien maîtrisée permet, tout bien pesé, de faire obstacle au novlangue mortifère.

A demain

@jynau

5 réflexions sur “«Patient remarquable» = «ne pas réanimer»!  George Orwell dans les hôpitaux français 

  1. Bonjour
    Le réanimateur éclairé (30 ans d’ancienneté, c’est pas rien !) qui a vécu à peu près toutes les situations, sursaute lorsque la responsable de l’éthique de l’AP-HP avance qu’on ne peut faire de décision de limitation des soins (LATA) « par avance ».
    Bien sur que si, on peut les faire, c’est même indispensable à une prise en charge humaine et éthique !
    Il est indispensable que les médecins qui suivent des patients porteurs d’une pathologie chronique évolutive aient le courage (car cela demande beaucoup de temps et d’humanité) de prévoir leur avenir en cas d’aggravation . Car ce n’est pas lorsque survient l’arrêt cardiaque ou la détresse respiratoire qu’on doit se poser la question d’une réanimation utile ou futile. Et imposer aux médecins de garde une réanimation maximale « parce-qu’il-n’y-a-pas-de-directives-anticipées » va à l’encontre de l’éthique qui est d’apporter des soins proportionnés à l’état du patient. J’irai plus loin : c’est d’une incroyable lâcheté.

    Nous, médecins, avons le devoir de reconnaitre que la médecine est devenu impuissante et futile pour un patient donné,

    Nous, médecins, avons le devoir de prévoir ces situation dramatiques et de décider en amont de la meilleure conduite à tenir en cas d’aggravation,

    Nous, médecins, avons le devoir de passer outre l’avis de la famille et du patient en présence d’une pathologie hors de contrôle. Car nous savons mieux qu’eux ce que le patient va endurer, et nous ne leur souhaitons pas.

    Petite mise en situation : nous sommes dimanche, il est 3 heures du mat’, vous êtes seul, vos confrères référents et votre conseiller en éthique adoré dorment sur leurs deux oreilles.
    Arrivent aux urgences : 1) un patient fortement altéré par une maladie chronique inexorable et que vous devriez (normalement) intuber. Et 2) un homme jeune qui fait un choc septique sur péritonite, et qui a de grandes chances de s’en sortir si vous le réanimez rapidement..
    Il ne reste plus qu’une seule place en réanimation : lequel prenez-vous, et que faites vous de l’autre ?
    Vous avez dix minutes.

    Rassurez-vous, je n’ai pas la réponse. Mais l’existence dans le dossier médical d’une décision future de limitation des soins vous aiderait largement à prendre la décision que vous aviez déjà en tête. Et pourtant vous n’êtes pas inhumains, n’est-ce pas ?

    • Moi aussi j’ai une question puisque nous avons un spécialiste.

      Petite mise en situation : nous sommes dimanche, il est 3 heures du mat’, vous êtes seul, vos confrères référents et votre conseiller en éthique adoré dorment sur leurs deux oreilles.
      Arrivent aux urgences :
      1) un patient de 30 ans qui fait un choc septique de pếritonite qui a de grande chance de s’en sortir et qui a de grandes chances de s’en sortir si vous le réanimez rapidement..
      2 ) un enfant de 15 ans qui fait un choc septique de pếritonite qui a de grande chance de s’en sortir et qui a de grandes chances de s’en sortir si vous le réanimez rapidement..

      vraiment pas de chance, peut être un truc de pesticide.

      Il ne reste plus qu’une seule place en réanimation : lequel prenez-vous, et que faites vous de l’autre ?
      Vous avez dix minutes.

      la réponse à cette question permet de répondre au commentaire précédent. Par contre, moi j’ai la réponse si vous voulez.

      • Je prends en charge le patient de 20 ans et confie l’enfant de 15 ans à la réanimation pédiatrique.

        Puis-je connaitre votre façon de résoudre le premier cas ? Je suis à l’écoute de votre argumentaire et vous me rendriez un grand service si nous pouvions avancer ensemble sur la résolution de ce problème si difficile.

    • comment botter en touche.

      Moi, je prends le patient le plus vieux et confie à la réanimation pédiatrique le plus jeune des deux. Facile non ? entre 15 ans et un homme jeune, biologiquement doit pas y avoir une très grande différence.

      ce que vous êtes en train de défendre, c’est que comme on ferme des lits, que l’on baisse le nombre de personnels, on va laisser mourrir les plus atteints. Je suis persuadé que vous êtes cadre ou alors en bonne position pour l’être. que dieu me préserve de tomber sur vos urgences, j’aurais trop peur d’arriver en même temps qu’un plus jeune et qu’on me considére comme remarquable, relativement à l’autre et que je crève par manque de lit ou de moyen.

      Vous connaissez l’histoire du mec aux urgence qui a du laisser crever comme un chien une personne (rien de remarquable) parce qu’il avait qu’un seul hélico qui marchait et 2 patients ? recherchez et allez lui parler, un peu d’humanisme est necessaire je crois. plutôt que de justifier l’injustifiable.

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