Ethique et religion : première excommunication politique à La République en marche

Bonjour

A partir de quand une grande famille doit-elle exclure l’un de ses membres ? La question est aujourd’hui soulevée avec Agnès Thill, sous peu condamnée à l’exil politique. Jadis on eût parlé d’excommunication. Aujourd’hui on saisit la « commission des conflits ». Soit le dernier rebondissement en date d’une « série » avec pitch sur fond de convictions éthiques et de non-dits politiciens : l’affaire Agnès Thill.

Un premier abcès s’était collecté en janvier dernier. C’était à lire dans Le Journal du Dimanche : « Des députés En marche dénoncent les « théories complotistes » de leur collègue Agnès Thill » (Anne-Charlotte Dusseaulx). Nous avions alors déjà rapporté ce qu’il en était des convictions de cette ancienne députée socialiste devenue macroniste et opposée à la « PMA pour toutes » -une opposition radicale qui la conduit à faire d’étranges ellipses sur fond d’écoles coraniques.

Agnès Thill, donc, députée de l’Oise, 54 ans, élevée dans une famille ouvrière chrétienne, ancienne institutrice et que l’on commençait à entendre sur toutes les radios périphériques. Agnès Thill, cible purificatrice d’une vingtaine d’élus La République en marche (LREM) qui portaient, la concernant, le diagnostic soviétique de complotisme – très mauvais pronostic. Plusieurs cadres du parti, dont son patron Stanislas Guerini, 36 ans, ancien de l’Ecole alsacienne  et le chef de file des députés du groupe majoritaire Gilles Le Gendre, 60 ans, ancien du collège Sainte-Croix  avaient alors déjà pris leurs distances avec les propos de leur collègue l’élue, dénonçant des opinions « contraires » aux engagements de leur mouvement politique

Insultes et complotisme

« Si nous connaissons tous l’opposition d’Agnès Thill à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et nous respectons ses convictions, bien que nous ne les partagions pas, le débat politique ne doit en aucun cas être nourri d’insultes ni de théories complotistes » écrivaient les vingt députés LREM à leur président. Ils rappelaient à Gilles Legendre qu’Agnès Thill avait déjà fait l’objet d’un avertissement « l’automne dernier » et attendent une « réponse de fermeté ». « Nous ne pouvons tolérer les délires islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill » écrivaient-ils encore quand cette dernière appelaient à « débattre sur le fond ». Dans le même temps l’entourage de Gilles Le Gendre faisait savoir à Libération qu’ « exclure Agnès Thill serait la pire des décisions ». « On ne veut pas en faire une martyre ».

Trois mois plus tard le martyre est programmé. « C’est le dérapage de trop pour Agnès Thill, rapporte Le Figaro. Après ses propos polémiques concernant le secrétaire d’État Gabriel Attal, qui ont suscité des réactions indignées chez les marcheurs, le chef de file de La République en marche souhaite sanctionner la députée anti-PMA. Stanislas Guerini, patron de LREM, a indiqué, ce lundi sur France Inter, sa volonté de saisir la commission des conflits pour instruire le cas de la députée, qui avait déjà écopé d’une mise en garde, après ses propos sur le secrétaire d’État Gabriel Attal. »

Mardi 23 avril, un tweet de la parlementaire avait provoqué des réactions indignées chez les marcheurs. Alors que, dans les colonnes de Libération , le secrétaire d’État faisait part de son homosexualité et de son désir d’enfant – tout en  laissant entendre ne pas être opposé à une «GPA éthique», Agnès Thill, sur le réseau social : «Au moins la couleur est annoncée. Bioéthique en juin». La publication a entraîné une pluie de réactions indignées au sein de la majorité.

Richesse du concept orwellien

«Énièmes dérapages d’Agnès Thill», a commenté l’ancien ministre et désormais candidat à la mairie de Paris Mounir Mahjoubi. «Vos propos sont en contradiction avec les valeurs d’inclusion de notre mouvement. Prenez vos responsabilités et quittez notre groupe. Je proposerai à plusieurs de mes collègues de saisir à nouveau le bureau pour demander votre exclusion». Christophe Castaner lui-même, sur Twitter également, s’est empressé de recadrer l’élue. «Les mots qui blessent, les paroles qui ostracisent disqualifient – toujours – leurs auteurs et leurs thèses» a soutenu le ministre de l’Intérieur. Et de conclure: «Chacun de tes tweets t’éloigne de ce que nous sommes, de nous, mais pire, ils t’éloignent des valeurs que tu penses servir».

«Il doit y avoir une liberté de vote et y compris une liberté d’expression  concernant la révision des lois sur la bioéthique qui comprend notamment un volet sur la PMA, a précisé Stanislas Guerini. Mais il doit y avoir aussi des débats apaisés sur ces questions-là et elle ne permet pas ce débat apaisé, donc oui, nous avons une commission des conflits au mouvement la République en marche, je la saisirai à nouveau pour que cette commission sereinement puisse instruire son cas.»

Où l’on perçoit toute la richesse orwellienne du concept d’« apaisement » pour justifier ce qui se situe entre le rejet immunologique et l’excommunication démocratique.

A demain

@jynau

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