Le corps et la testostérone des femmes athlètes appartiennent-ils aux juges-arbitres du sport ?

Bonjour

Jusqu’où la médecine, l’endocrinologie, l’industrie pharmaceutique peuvent-elles collaborer à une telle entreprise ? Depuis Lausanne (Suisse) le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rejeté, mercredi 1er mai, le recours de la célèbre athlète sud-africaine Caster Semenya . Cette dernière contestait les règles de la Fédération internationale d’athlétisme – des règles qui imposent aux athlètes hyperandrogynes ( dont le corps produit naturellement des concentrations élevées de testostérone) à prendre des traitements pour « normaliser » leurs taux hormonaux.

On parle ici, officiellement, de « femmes DSD » (différences de développement sexuel), qui présentent un taux de testostérone supérieur à 5 nmol/L. Des femmes qui ne sont pas « malades ». Et on  sait que ces athlètes sont surreprésentées dans les épreuves mêlant force et endurance (du 400 m au mile). « Avantage inique, disent les unes – Don naturel, répondent les autres » résume l’AFP.

Dans sa décision de 160 pages, le TAS ne juge pas le règlement « invalide » comme le demandait la double championne olympique. Pour autant il émet notamment  de « sérieuses préoccupations au sujet de sa future application pratique »Il a demandé à Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’amender son règlement.

Trois points posent particulièrement problème aux experts : la difficulté d’appliquer un principe de responsabilité objective en fixant un seuil de taux de testostérone à respecter ; la difficulté de prouver un véritable avantage athlétique chez les athlètes hyperandrogènes sur les distances du 1 500 m et du mile ; les éventuels effets secondaires du traitement hormonal. Comment, en d’autres termes, fixer des frontières face à la variété biologique présente dans l’espèce humaine ?

« C’est du délire »

« La corrélation directe entre le taux de testostérone et les performances est une conception des années 1980. Ce sont des idées préconçues parce que cette ligne ne regarde la performance que par le prisme de la testostérone, expliquait au Monde (Anthony Hernandez) il y a un an,  Pierre-Jean Vazel, entraîneur d’athlétisme. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas juste. Les performances dépendent de plusieurs facteurs qui se combinent comme le taux, le caryotype XX ou XY, les différents gènes mais aussi les récepteurs androgènes… D’ailleurs, parmi les femmes « DSD », certaines présentent un syndrome d’insensibilité complète ou partielle, leurs récepteurs ne reconnaissent pas ou peu la testostérone qui circule dans leur corps dans des proportions impossibles à quantifier. Or, ces dernières sont mises dans le même sac que les autres. Cela illustre l’absurdité de tout ça. »

L’absurdité et le danger. «  L’IAAF est incapable de préserver le secret médical, ajoutait Pierre-Jean Vazel. En 2009, lors des Mondiaux de Berlin, ils avaient livré en pâture une jeune fille de 17 ans. Tout le monde pérorait sur les organes sexuels, sur le taux de testostérone et sur le corps de Caster Semenya. Cette catégorie ‘’DSD’’ ouvre la même boîte de Pandore. On n’a pas à savoir qui a un micropénis, des testicules pas descendus ou tel caryotype… C’est du délire. Cela ne regarde que ces athlètes et le CIO envisage de les faire concourir dans une catégorie troisième genre. Et ça va à l’encontre des statuts de l’IAAF censée protéger la santé des athlètes. »

A quel titre, de quel droit, pourrait-on imposer à Caster Semenya et à ses semblables de prendre des « traitements » pour réduire leurs taux sanguins de testostérone ?

A demain

@jynau

3 réflexions sur “Le corps et la testostérone des femmes athlètes appartiennent-ils aux juges-arbitres du sport ?

  1. « Livrer en pâture »
    Expression très à la mode dans sa livraison sans complément d’objet indirect. Même déifiée par Jupiter (E. Macron) mais surtout disséminée par politiciens (y compris les pires comme Wauquiez et Le Pen, et media.
    Il me semble que sa version correcte comprend forcément un complemént d’objet indirect.
    « Il avait livré sa soeur en pâture à des vieillards libidineux »,
    ou ( http://www.cnrtl.fr/definition/p%C3%A2ture. ) :
    « − [Fréq. avec une connotation péj.] (Donner, jeter, livrer, offrir) en pâture. Abandonner, livrer à l’action de quelqu’un ou quelque chose. Personne sans doute ne se troublait de voir l’amoureux sympathique, pour obtenir celle qu’il aime, livrer en pâture sa jeune soeur à un vieillard libidineux (Brasillach, Corneille, 1938, p.123).Quand on livre un roman en pâture aux critiques, ils mordent l’un après l’autre (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.369). »

  2. Et si…? Et si on supprimait les catégories de sexes ? Et si au lieu de séparer hommes et femmes on encourageait réellement la mixité dans le sport (j’ai écrit REELEMENT) ? Combien de choses étaient dites impossibles à atteindre pour les humains de sexe féminin jusqu’à ce qu’on se rende un jour compte que ces limites étaient surtout culturelles ?

    • Plaisanterie ?
      Il suffit de lire les temps de course pour comprendre que cette proposition ne donnera pas plus de médaillés hommes mais supprimera les médaillées femmes. Les femmes apprécieront. Les différences biologiques s’imposent mais n’indiquent pas une différence de valeur humaine.

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