Qui sont les menteurs, ou les vrais mystères de l’affaire de La Pitié-Salpêtrière

Bonjour

Qui dit la vérité vraie dans cette sombre affaire dite « de la Pitié-Salpêtrière » ? Nous sommes le 2 mai et une trentaine de personnes sont, depuis hier, toujours en garde à vue « à la suite d’une intrusion pour attroupement en vue de commettre des dégradations ou des violences ». Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Hier soir tout semblait tristement clair. Aujourd’hui tout est flou. Qui croire, d’un pouvoir exécutif de plus en plus embarrassé ou d’une opposition prompte à la surenchère ?

On se reportera ici au travail des journalistes du Monde (Service société et Les Décodeurs) « qui ont interrogé plusieurs témoins directs et recoupé des vidéos pour tenter de comprendre ce qui s’est vraiment passé » (Dans quelles conditions des manifestants se sont-ils introduits dans la cour de l’hôpital ? Que s’est-il passé une fois que des manifestants ont franchi la grille ? Quelles étaient les motivations de ces manifestants ? 4. Y a-t-il un lien entre cette intrusion et l’hospitalisation d’un CRS ? Y a-t-il eu des dégradations commises dans l’hôpital ?).

Plusieurs manifestants interrogés par le quotidien affirment qu’il ne s’agissait pas d’une tentative d’intrusion dans l’hôpital, mais plutôt d’une solution de repli face aux forces de l’ordre, dans une situation de grande confusion dans le cortège. Un des journalistes du Monde qui se trouvaient boulevard de l’Hôpital au même moment témoigne lui-même d’une atmosphère irrespirable, du fait des gaz lacrymogènes. Selon les témoignages, une trentaine de manifestants ainsi que plusieurs policiers blessés ou intoxiqués aux gaz ont été soignés au sein des urgences de la Pitié-Salpêtrière.

Sans violence apparente

C’est à partir de l’arrivée des manifestants dans l’enceinte extérieure de l’hôpital que les récits divergent. Pour bien comprendre la scène, il faut avoir conscience que la grille par laquelle une partie de la foule est entrée donne accès à une longue voie goudronnée qui relie plusieurs immeubles. C’est dans cet espace éclaté que des petits groupes se sont repliés, pour beaucoup sans violence apparente, comme le montrent des images amateurs qui ont circulé sur les réseaux sociaux. Le Monde :

« Dans le même temps, un groupe aurait tenté de monter un escalier extérieur qui mène au service de réanimation chirurgicale du bâtiment Gaston-Cordier. La directrice de l’hôpital, Marie-Anne Ruder, a affirmé sur France Inter qu’« une vingtaine, une trentaine de personnes » se sont dirigées vers cet accès qui mène à un service sensible, où se trouvent des patients en soins intensifs.

Selon cette dernière, « fort heureusement, le personnel – une dizaine de médecins, infirmiers, aides-soignants et internes – a eu le réflexe de se mettre derrière la porte pour empêcher l’intrusion ». Plusieurs sources tempèrent ce récit de la scène. La tentative d’intrusion n’a pas été aussi brutale que les propos de Mme Ruder peuvent le laisser croire, nous assure un membre du personnel, qui souhaite rester anonyme. »

Plus généralement les différents témoignages connus à ce jour ne permettent en rien, toujours selon Le Monde, d’affirmer qu’il s’agissait d’une tentative d’intrusion délibérée, avec la volonté de commettre des dégradations, dans un service sensible.

Pas d’intrusion délibérée

Un infirmier de l’hôpital, Mickael, présent lors de la tentative d’intrusion, a expliqué à l’Agence France-Presse que les personnes criaient « ouvrez la porte » et qu’« aucune » d’entre elles n’avait « le visage masqué, ni cagoulé ». « Est-ce qu’ils voulaient nous agresser ? Est-ce qu’ils voulaient juste échapper à quelque chose ? On ne savait pas ! (…) On comprenait leur détresse, mais on ne savait pas leur intention. » Une partie de la scène est visible sur une vidéo publiée sur Facebook.  « On ne s’est pas sentis plus agressés que cela. Nous, c’était vraiment sécuriser nos collègues, le matériel, les patients et les familles », a déclaré sur BFM-TV Gwenaëlle Bellocq, une aide-soignante du service de réanimation. « Ça s’est calmé très vite, les forces de l’ordre ont été efficaces. »

Selon Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), des images de vidéosurveillance « absolument édifiantes » de la scène existent et seront transmises aux enquêteurs, a-t-il affirmé sur BFM-TV. De telles images pourraient notamment aider les enquêteurs à reconstituer la chronologie exacte des faits, pour savoir par exemple si les personnes qui ont tenté de rentrer dans les urgences fuyaient des membres des forces de l’ordre ou non. M. Hirsch a par ailleurs affirmé, sur France Info,  que l’on était « passé au bord d’une catastrophe».

C’est dans ce contexte, interrogée par la presse jeudi 2 mai lors de sa visite sur place, qu’Agnès Buzyn s’est refusée à trancher : « Aujourd’hui je ne peux pas pas qualifier les circonstances. Je pense qu’il y avait des personnes plus ou moins bien intentionnées, plus ou moins mal intentionnées. L’enquête nous dira à quel point des personnes souhaitaient rentrer dans l’hôpital. » Or la veille,  Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, affirmait qu’il s’agissait d’une «attaque». Et aujourd’hui le Premier ministre, Édouard Philippe, affirme que s’introduire dans un hôpital c’est «  remettre en cause des services publics». «Quelle est la logique de cette mise en cause? Quelle est la justification de cette mise en cause? C’est tout proprement inacceptable», a-t-il martelé.

Quant au leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, il dénonce le terme d’«attaque» employé par Christophe Castaner, estimant que les manifestants se sont réfugiés dans l’hôpital parisien pour échapper aux gaz lacrymogènes des forces de l’ordre. Et il accuse de mensonge le ministre de l’Intérieur.

Qui ment  ? Pour l’heure les témoignages et les images réunis par Le Monde « vont dans le sens d’un repli des manifestants fuyant la police plus que dans celui d’une action délibérée de vandalisme».

A demain

@jynau

 

4 réflexions sur “Qui sont les menteurs, ou les vrais mystères de l’affaire de La Pitié-Salpêtrière

  1. « Je pense qu’il y avait des personnes plus ou moins bien intentionnées, plus ou moins mal intentionnées. »
    Elle n’est ni pour ni contre, bien au contraire ?

    • Disons que depuis son tweet elle a mis de l’eau dans son vin…
      « S’en prendre à un hôpital est inqualifiable’’, a notamment déploré Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. »

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