Un député macroniste relance la polémique sur la mort de Malik Oussekine (1964-1986)

Bonjour

Mai 2019, nouvelles manifestations, nouvelles violences, nouvelles polémiques avec, déjà la fulgurante « affaire de La Pitié Salpêtrière ». Et puis ce retour vers un passé de trente-trois ans.

Jean-Michel Fauvergue, 62 ans, est député (LREM, Seine-et-Marne). Il est aussi (et surtout) connu des médias pour avoir dirigé le Raid. Connu aussi, depuis peu, pour avoir, sur le plateau de l’émission « C à vous », plaidé pour une stratégie de maintien de l’ordre plus mobile et relancé une peu glorieuse polémique sur la mort, à Paris dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, de Malik Oussekine.

A la veille du 1er-Mai il a évoqué les techniques de maintien de l’ordre actuellement en vigueur. Préconisant une « stratégie mobile » plutôt que « statique » pour cadrer les manifestations, il observe que l’on va davantage «au contact en province». « Paris a été empêché de ça par l’affaire Malik Oussekine, a ajouté Jean-Michel Fauvergue. Il faut l’oublier maintenant, il faut oublier cette affaire Malik Oussekine».

Précisons que les circonstances de la mort de Malik Oussekine, devenue un symbole des violences policières,  entraînera la dissolution des pelotons de «voltigeurs» (un policier conduit la moto tandis que, derrière lui, son binôme est armé d’une matraque) et renforcera le principe de la « mise à distance » par les forces de l’ordre dans les manifestations. Les déclarations de M. Fauvergue ont aussitôt soulevé une polémique.

Violence policière

«Il y a dans [la phrase du député Fauvergue] une défaite morale et politique totale»condamne le fondateur du mouvement Génération·s, Benoît Hamon, qui y voit «banalisation de la répression et encouragement à la violence policière».

 «Voilà pourquoi, LREM, on ne peut avoir confiance dans votre conception du monde», estime le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

Son homologue du PCF, Fabien Roussel, fustige pour sa part une «déclaration honteuse d’un député La République en marche… ou plutôt de la République en mode matraque» .

Le député de La France insoumise Alexis Corbière rappelle que «rien ne justifie qu’un être humain meure sous des coups de matraque. L’oublier, c’est trahir la dure mission» confiée aux policiers et aux gendarmes.

Aurélien Taché, rare député LREM à réagir aux déclarations de son collègue, estime, lui, que «ce sont les tragédies comme celles de Malik Oussekine qui affaiblissent la République. Si nous voulons la défendre, il ne faut donc jamais l’oublier».

Sans se dédire, Jean-Michel Fauvergue a voulu préciser ses propos. Dans une interview au Parisien, il assure  qu’«il ne faut pas oublier Malik Oussekine, ce garçon victime de violences policières». «Ce que je veux dire, c’est que dans l’esprit, il ne faut pas que les pouvoirs publics soient empêchés lors des manifestations actuelles de défendre les manifestants et les commerçants. La République doit se défendre», corrige le député, guère ébranlé par l’émoi qu’a suscité sa déclaration. Des critiques qui, à ses yeux, «relèvent de la bien-pensance ».

Malik Oussekine. Les causes de sa mort firent polémiques et les résultats de l’autopsie médico-légale ne furent pas toujours simple à décrypter. Agé de 22 ans, il avait été retrouvé dans le coma, le 6 décembre 1986, à la hauteur du n°20 rue Monsieur-le-Prince, dans le 6ème arrondissement de Paris.  Il souffrait d’insuffisance rénale, conséquence d’une malformation rénale congénitale. Cette malformation avait nécessité une intervention chirurgicale et la pose, en permanence, d’une poche de dérivation urinaire. Depuis plusieurs mois, il suivait des séances de dialyse au centre médical Edouard-Rist, dans le 16e arrondissement. Cette insuffisance rénale ne l’empêchait toutefois pas, au dire de son entourage, d’être très sportif et de pratiquer notamment la course à pied, l’escrime ou l’équitation.

Le 6 décembre rue Monsieur-le-Prince, l’équipe du SAMU a trouvé Malik Oussékine dans un état comateux. Un choc électrique a néanmoins permis une reprise temporaire des battements cardiaques. Après le transfert du corps à l’hôpital Cochin, une autopsie avait été pratiquée durant trois heures dans la matinée du 6 décembre à l’Institut médico-légal par le Dr Dominique Lecomte. Les premiers éléments recueillis par cet expert avaient servi à la rédaction du communiqué publié dans l’après-midi du même jour par Michel Jéol, procureur de la République.

Ce communiqué précisait l’absence de fractures. On confirme toutefois de plusieurs sources une fracture importante des os propres du nez, conséquence d’un violent coup en plein visage. Selon ce communiqué, «  les traces de violences constatées (…) ne seraient pas susceptibles d’avoir entraîné la mort. Le décès serait dû à une décompensation cardiaque créée par l’état pathologique rénal antérieur du patient ».

Rapport d’autopsie

Le Monde devait ensuite rapidement publier le contenu du rapport d’autopsie signé du Dr Leconte – huit pages dactylographiées résumant un examen pratiqué avec la plus grande minutie. On y apprenait que l’examen de l’autopsie avait mis en évidence :

«  l) La présence de plusieurs hématomes

– Au niveau de la face, avec une fracture du nez et un petit hématome de la joue, ainsi qu’un petit hématome frontal.

– Un hématome au niveau de l’épaule gauche dans la région postérieure, ainsi qu’un hématome dorsal médian haut.

– Un hématome cervical latéral droit pouvant être en rapport avec la réanimation et notamment la sous-clavière effectuée.

– Un petit hématome de la main et du poignet gauche, ainsi qu’un petit hématome du tiers moyen de la jambe gauche.  »

» Nous n’avons observé, poursuit le docteur Lecomte, aucune fracture du crâne, aucune lésion cérébrale, aucune lésion du rachis dorsolombaire ou des membres.

» 2) Il est constaté une pathologie organique antérieure très importante : à savoir une hydronéphrose bilatérale avec polykystose rénale droite et gauche majeure, ne laissant persister que très peu de parenchyme rénal fonctionnel.

» Une intervention de Goodwin est effectuée avec un abouchement de l’uretère dans sa région urétérale haute au niveau du colon, suivie d’un abouchement du colon à la peau (…). Un abouchement non fonctionnel des uretères à la peau court-circuitant la vessie entre aussi dans le cadre de cette intervention chirurgicale.

» 3) Des lésions de myocardiopathie diffuses, à savoir d’hypertrophie cardiovasculaire gauche et d’un aspect marbré du myocarde sont observées : de telles lésions myocardiques peuvent s’observer chez les insuffisants rénaux chroniques en dialyse ou non.  »

Contexte traumatique

Ce rapport conclut que  » le décès est dû, dans un contexte traumatique, à la décompensation cardiaque, trouble du rythme cardiaque ou cardiomyopathie, telle qu’on l’observe au cours d’une insuffisance rénale chronique majeure. Les lésions de violence observées n’expliquent pas à elles seules le décès ». »

Les rapports de deux inspecteurs de police étaient aussi versés au dossier. Selon l’inspecteur principal Christiane Hérault, Malik Oussekine était porteur d’ » un hématome cervical très important gonflant la joue sur le côté gauche, un autre, moindre, existe sur le côté droit. Enfin, nous remarquons une très importante bosse occipitale et un anus artificiel « . L’inspecteur Daniel Bedel, inspecteur à l’IGS, avait constaté  » un hématome postérieur de l’épaule gauche, un hématome dorsal de 7 centimètres de long et de 4 centimètres de large, un hématome cervical latéral droit et gauche en rapport avec la réanimation, un hématome de la joue gauche, un hématome sus-orbitaire gauche, un hématome superficiel à la jambe « .

L’ensemble des pièces médicales du dossier judiciaire sur la mort de Malik Oussekine, ne permettait alors  nullement de trancher, avec une absolue certitude, quant aux causes précises du décès. On garda en mémoire que « les lésions de violence constatées n’expliquaient pas à elles seules le décès ». Le Dr Lecomte savait alors que la justice pourrait lire que, si la violence n’expliquait pas « à elle seule » le décès, c’est qu’elle y avait bel et bien contribué.

Le ministre RPR Alain Devaquet (1942-2018) qui avait donné son nom à une réforme des universités à l’origine des contestations de rue présenta sa démission deux jours après la mort de Malik Oussekine. Démission aussitôt acceptée par Jacques Chirac Premier ministre. Charles Pasqua était alors ministre de l’Intérieur et Robert Pandraud ministre délégué à la sécurité.

A demain

@jynau

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