Cannabis thérapeutique et politique : naissance annoncée, enfin, du premier lobby français

Bonjour

Dimanche 5 mai 2019 : annonce de la création d’Espoir (Im)patient. Officiellement c’est une « plateforme ». En vérité c’est le premier lobby français dont l’action sera au service des malades qui pourraient être aidés par une version médicamenteuse du cannabis, l’usage de fleurs ou de spécialités comme les huiles ou les sprays. Lobby : des « actions d’influence » sont annoncées avec des rencontres auprès de parlementaires, membres de l’administration et du gouvernement ; « forte présence dans les médias via la présentation des réalités de patient.e.s qui souhaiteraient être accompagné.e.s pour mener leur combat publiquement ».

Pour l’heure l’initiative réunit une cinquantaine de patients, proches de patients et professionnels de santé (Amine Benyamina, William Lowenstein,  Olivier Bertrand, Bertrand Lebeau et Rodolphe Ingold). Et l’action sera développée  dans le cadre des travaux conduits au sein de l’ANSM pour ouvrir (enfin, en France) l’accès au cannabis thérapeutique. 

« Il est essentiel que la voix des patients soit pleinement entendue dans ce débat car l’attente est immense » explique Mado Gilanton, porte-parole d’Espoir (im)patient. Nombre d’entre eux n’ont aujourd’hui d’autre choix que de pratiquer l’automédication, en pratiquant l’auto culture dans le meilleur des cas, ou au pire, en se fournissant sur le marché noir, sans suivi médical ni garantie sur la qualité des produits. Ils sont ainsi contraints de se placer dans l’illégalité avec les risques que cela implique du point de vue judiciaire ou de la sécurité. Il est donc indispensable de garantir aux patients efficacité, sécurité et qualité du traitement. »

Faut-il redouter ici une manipulation ? La présence dans l’ombre d’un Big Pharma spécialisé qui instrumentaliserait de naïves bonnes volontés ? Quelles sources de financement pour cette opération qui bénéficie de l’appui d’une agence de publicité des très beaux quartiers (PLEAD, groupe Havas) ?  « Ce sont différents militants d’associations de patients qui sont à l’origine de l’initiative (Mado Gilanton, Sébastien Cotte, etc.). L’association elle même n’est pas encore financée, le lancement a été assuré grâce à des coups de main pro bono (notamment le développement du site internet) » nous assure-t-on.

Absurdité et tétanisation

Certes mais pourquoi cette mention, sur le site, de « The Academy of Medical Cannabis » et de la société spécialisée  European Cannabis Holding (ECH Ltd) ? « Pour être tout à fait transparent, la représentante de The Academy of Medical Cannabis en France est impliquée dans le projet à titre personnel (c’est une ancienne infirmière et une militante NORML). Ils sont présents sur le site car c’est une source d’information que nous jugeons pertinente pour les professionnels de santé. Ils ne sont pas à l’initiative du collectif et n’apportent aucune contribution financière au projet. Par ailleurs, aucun lien avec ECH Ltd » nous assure-t-on chez PLEAD.

Il faut ici rappeler que vingt-et-un pays de l’Union européenne sur vingt-huit autorisent le cannabis à usage thérapeutique. Rappeler aussi qu’en décembre 2018, le comité scientifique spécialisé temporaire (CSST), créé le 10 septembre 2018 au sein de l’ANSM, a jugé « pertinent d’autoriser l’usage du cannabis à visée thérapeutique pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques, médicamenteuses ou non, accessibles. »

Présidé par le Pr Nicolas Authier (directeur de l’Observatoire Français des Médicaments Antalgiques ce CSST  doit se prononcer à la fin du mois de juin sur les modalités de mise à disposition du cannabis thérapeutique. Situations thérapeutiques retenues par les experts pour l’usage de cannabis à des fins médicales sont les suivantes : douleurs réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles ; certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ; soins de support en oncologie ; situations palliatives ; spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

On sait que le Premier Ministre Edouard Philippe a (entre)ouvert la porte de l’usage du cannabis thérapeutique en avril dernier, lors d’un voyage dans la Creuse, déclarant « qu’il serait absurde de ne pas se poser la question ». Absurdité est le mot. Tétaniser en est un autre. Ainsi Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, comme tous ses prédécesseurs à ce maroquin, semble comme tétanisée par le sujet.

A demain

@jynau

 

 

 

Une réflexion sur “Cannabis thérapeutique et politique : naissance annoncée, enfin, du premier lobby français

  1. Si les autorités de santé sont terrorisées au sujet du chanvre, c’est que le corps médical s’est enfoncé dans une lourde paranoia à ce sujet, qui a eu de lourdes conséquences pour les fumeurs de joints.

    Je trouve qu’indépendamment de la présence ou de l’absence de vertus scientifiques au chanvre dans différents domaines médicaux (chimiothérapie?), le fait que des patients deviennent des parias médicaux et légaux parce qu’ils croient se soigner, même mal, ça va trop loin. Alors oui, je suis pour le cannabis « médical ». Même dans le cas où il ne servirait à rien.

    Maintenant, si on parle du chanvre récréatif, l’erreur à ne pas faire, c’est de considérer qu’il s’agit uniquement d’une considération de santé publique. C’est avant tout une thématique politique. Ne surtout pas confondre les deux, et ne pas laisser les deux débats s’entrechoquer est une exigence fondamentale pour penser rationnellement ce sujet. On en est loin.

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