Homéopathie déremboursée : prière de ne pas bousculer la Haute Autorité de Santé

Bonjour

C’est, toute proportion gardée, une forme de tragédie médicamenteuse. Ou un secret de Polichinelle. Résumons. La Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) procède, de puis plusieurs mois, à « l’évaluation des médicaments homéopathiques ». Elle le fait à la demande (il y a un an) d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé (qui présidait auparavant la HAS). Il s’agit, à mi-chemin du scientifique et du politique de « rendre un avis sur le bien-fondé de leur remboursement ». Et Agnès Buzyn a d’emblée fait savoir qu’elle suivrait ses conclusions. Où l’on voit, étrangement, le centre de gravité d’une décision éminemment politique se déplacer vers une HAS  dont la vocation n’est que scientifique.

Prudente, la commission de la transparence s’est ici donnée un objectif de publication en juin prochain ». Or voici que les médias (dont Libération) annoncent (sans prendre de grands risques) que les jeux seraient faits. Faudrait-il rappeler qu’il y a un an les membres de cette commission glissaient déjà dans un de leur avis un commentaire politique«La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité » ?

« Fuites médiatiques »

Après les premières « fuites médiatiques » la HAS vient de rappeler avec force aux médias qu’elle ne rendrait son avis définitif (au mieux) qu’en juin, « une fois que l’ensemble des étapes d’évaluation seront franchies ». Et de rappeler que la procédure d’évaluation des produits de santé est réglementée, « qu’elle comporte différentes étapes » qui « garantissent l’équité de l’évaluation de chaque produit, l’indépendance de l’expertise et in fine la légitimité scientifique de l’avis rendu par la HAS ». Et encore :
 
« La HAS rappelle son attachement à la confidentialité des travaux dans leur phase d’élaboration et ne commentera pas les informations qui circulent dans la presse. Comme l’ensemble de ses travaux, l’avis sur les médicaments homéopathiques sera public et communiqué quand celui-ci sera définitif. Les phases de l’évaluation d’un produit de santé sont fixées dans la réglementation qui prévoit la confidentialité des travaux et des documents jusqu’à l’adoption de l’avis définitif.

Préparation du dossier par le service évaluation du médicament de la HAS : Analyse de la littérature scientifique, des contributions, des documents et dossiers déposés par les laboratoires : travail initié en septembre 2018 et mené jusqu’à la fin du 1e trimestre 2019. Adoption du projet d’avis : 15 mai 2019​​​. Phase contradictoire d’une durée de 10 à 55 jours : mai/juin ;  Les trois laboratoires concernés disposent de dix jours à compter de la réception du projet d’avis pour formuler des observations écrites et/ou demander à être entendus par la commission. Si c’est le cas, la commission de la transparence dispose alors de quarante-cinq jours pour donner suite à ces demandes d’audition. »

Puis avis définitif rendu public avant les vacances de juillet. Avec toutes les conséquences économiques et politiques que l’on peut imaginer, souhaiter ou redouter. D’ici là les actions de lobbying se poursuivent au grand jour, comme en témoigne aujourd’hui le quotidien économique Les Echos (Solveig Godeluck).   Extrait :

« ‘’Les granules ne coûtent pas cher et diminuent le recours à une pharmacopée nocive’’, plaide Alain-Michel Ceretti, le président de la fédération de patients France Assos Santé [association qui ne prend pas parti]. Néanmoins, dans les officines, on redoute un déremboursement. ‘’On ne saura pas quoi dire aux gens qui n’arrivent pas à dormir, et qui veulent un traitement qui n’existe pas’’, prédit Philippe Besset, le président de la Fédération des pharmaciens d’officine. Il cite aussi les dermatoses et les rhumes, « mais pas les grippes ». Lorsque l’on soigne il faut, dit-il, savoir ‘’composer avec l’adhésion du patient’’. »

Insomnie, dermatoses, rhumes etc. Soigner ou l’art, dilué, de la composition.

A demain

@jynau  

3 réflexions sur “Homéopathie déremboursée : prière de ne pas bousculer la Haute Autorité de Santé

  1. Pôvres petites pilules qui coûtent infiniment moins cher que la moindre préparation cosmétique, combien ça revient par patient par an à la caisse d’assurance collective ?
    Tempête dans un verre d’eau.
    Tant qu’on ne saura pas mesurer la capacité soulageante/soignante/guérissante de chacun des professionnels concernés, on continuera de donner dans nos têtes une importance trop grande aux médicaments utilisés. Les industriels de la chimie ont su habilement nous vendre cette croyance, et comme des idiots que nous sommes nous continuons à leur cirer les pompes.
    Il n’y a que les hommes qui soignent : tout le reste ne constitue que des aides. Pas toujours aussi merveilleuses que le font valoir leurs vendeurs.

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