Cigarette électronique : dix ans après, l’Inserm n’est pas loin de découvrir qu’elle existe

Bonjour

« Inserm » : Institut national de la santé et de la recherche médicale. Absent du tabac, première cause de mort prématurée. Ne craint pas de s’auto-féliciter.

C’est, nous dit-il aujourd’hui,  un « record inégalé ». Comprendre qu’il a atteint l’objectif qu’il s’était lui-même fixé : « 200 000, c’est le nombre de personnes vivant en France qui ont rejoint la cohorte Constances depuis 2012. » « Un record inégalé qui fait de Constances le plus important projet de recherche d’épidémiologie et de santé publique en France, qui n’a que peu d’équivalents au niveau international. »

« Constances » ? Une entreprise qui réunit l’Inserm, la Caisse nationale d’assurance maladie, la Caisse nationale d’assurance vieillesse les universités de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et de Paris Descartes. Sans oublier des entreprises pharmaceutiques et le géant L’Oréal :

« Comme nous vous l’avons annoncé à diverses reprises, nous avons déjà des conventions avec plusieurs entreprises du médicament. Depuis début 2019 un nouveau partenariat, géré de façon transparente par Inserm Transfert (filiale de l’Inserm), a été établi avec L’Oréal Recherche & Innovation dont l’une des missions de ses chercheurs est de mieux comprendre la physiologie de la peau et des cheveux.

Bien entendu les projets soumis par L’Oréal Recherche & Innovation se dérouleront avec les mêmes exigences de qualité scientifique et de transparence que ceux provenant d’équipes d’organismes publics (…) les volontaires auront toujours la possibilité de refuser que leurs données soient utilisées pour un projet bénéficiant de financements privés. »

Objectifs de Constances : « suivre la santé des 200 000 volontaires sur le long terme afin de mieux comprendre les facteurs qui l’influencent comme l’alimentation, l’environnement, les conditions de travail, etc.

Un exemple : « association entre symptômes dépressifs et régimes végétariens » :

« Chez un peu de plus de 90 000 sujets de la cohorte Constances, les chercheurs ont retrouvé cette association pour les régimes pesco-végétariens (excluant la consommation des mammifères et des oiseaux) et lacto-ovo-végétariens (excluant également la consommation des poissons), même en tenant compte de facteurs socio-démographiques ou liés à la santé. Toutefois, cette association n’était pas présente chez les personnes consommant fréquemment des légumineuses (lentilles, pois chiches, soja, etc.) ni chez celles suivant un tel régime « pour leur santé ». Surtout, cette association avec la dépression n’était pas spécifique de l’exclusion des produits animaux mais observée avec n’importe quel groupe alimentaire. Par exemple, un régime pauvre en légumes était associé avec une augmentation de la probabilité de dépression deux fois plus importante qu’un régime pauvre en viande. »

Attention : « Ces résultats ne peuvent affirmer une relation de cause à effet. Tout au plus suggèrent-ils que la dépression est associée à une tendance à restreindre la variété des aliments consommés, quels que soient ces aliments ».

Benzodiazépines : consommation chronique et stress au travail

Les benzodiazépines sont les médicaments les plus prescrits au monde en raison de leurs effets anxiolytiques. Pourtant leurs indications sont limitées et il n’est pas recommandé de les utiliser de façon prolongée à cause du risque de dépendance et de nombreux effets indésirables. Les chercheurs ont étudié les associations entre le stress au travail, mesuré à l’aide d’une échelle validée internationalement, et le risque d’usage chronique de benzodiazépines. A partir d’un échantillon de plus de 30 000 actifs inclus dans la cohorte Constances entre 2012 et 2014, et n’ayant pas d’antécédent récent d’usage chronique de benzodiazépines, les chercheurs ont calculé le risque d’apparition d’usage chronique au cours d’un suivi de deux ans. Et ils ont trouvé que le stress au travail était associé à un risque accru d’usage chronique de benzodiazépines et que ce risque augmentait en fonction de l’intensité du stress au travail. Le risque d’usage chronique de benzodiazépines était au moins multiplié par 2 pour les sujets les plus stressés. »

 Cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ?

Pas de publication scientifique ici. Mais on apprend qu’à l’occasion de la 6e journée scientifique « Constances et Gazel » organise le 23 mai à Paris, les chercheurs ont présenté les derniers résultats …. parmi les quatre-vingt projets en cours. Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France).

« Au total, 15% des fumeurs et environ 9% des ex-fumeurs déclaraient vapoter au moment où ils étaient interrogés. Au cours d’une période moyenne de suivi  de deux ans, les fumeurs utilisant la cigarette électronique ont plus réduit leur niveau de tabagisme que les non-utilisateurs (réduction de 4,4 cigarettes/j à. 2,7 cigarettes/j). De plus, 40% se sont arrêté de fumer pendant le suivi, contre 25% des fumeurs qui n’utilisaient pas la cigarette électronique. Cependant, les ex-fumeurs utilisant la cigarette électronique avaient une plus forte probabilité de refumer que les non-vapoteurs (31 vs. 16%). »

Conclusion : « la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Nous sommes dix ans après. Nous en restons bouche bée.

A demain

@jynau

3 réflexions sur “Cigarette électronique : dix ans après, l’Inserm n’est pas loin de découvrir qu’elle existe

  1. Sur le vapotage, bien que l’étude n’ait pas été publiée et se trouve donc inaccessible au public et aux journalistes – ce qui est une très étrange façon de procéder à la divulgation de la part des chercheurs -, on peut noter que selon le peu de données publiées par Inserm : 40% d’arrêt tabac avec la vape – 31% de rechutes parmi eux = 28% d’arrêts à long terme ; tandis que sans vape : 25% d’arrêts – 16 % de rechutes = 21% d’arrêts à long terme. La vape selon les critères de la recherche de l’INserm est plus efficace à long terme (contrairement à sa communication sur BFMTV).
    D’autre part, le Pr Dautzenberg s’est fendu d’un tweet sur son compte qui souligne que l’Inserm a exclu les fumeurs ayant arrêté de fumer avec le vapotage puis arrêté le vapotage de la catégorie des arrêts réussis avec la vape. Sic! Si cela était confirmé, ce serait un biais rendant totalement ridicule les résultats communiqués par l’Inserm. Et de quoi se demander de la raison d’une communication médiatique sans donner accès à l’étude et à ses données…?

    • Si je puis me permettre une indication du biais évoqué (hypothèse et critique de l’hypothèse)…
      Le mode de sélection à l’entrée des 2 groupes d’ex-fumeurs (vapoteurs, non-vapoteurs) ne sont pas les mêmes, les « non-vapoteurs » semblent comporter (aussi) tout ceux qui ont arrêté avec la vape et arrêté la vape avant la première mesure.
      Le mode de sélection à l’entrée des 2 groupes de fumeurs aussi d’ailleurs puisqu’on ne considère que les vapofumeurs d’un côté et qu’il y a de l’autre côté aussi des gens qui arrêtent de fumer avec la vape…
      Accessoirement on ne nous dit pas combien (dans les 2 groupes) sont causés par l’arrêt de la vape (effet connu de report de pic de reprise avec les substituts).
      Attention aussi au fait que, selon la brève explication, les 2 groupes sont différents (ce ne sont pas les mêmes gens qui arrêtent puis reprennent le tabac) donc des comparaisons sont un peu audacieuses vue l’évolution de la vape dans ces années (en nombre et qualitativement).

      Encore une fois on observe une prudence bien différente entre causes et conséquences quand il s’agit de nourriture que quand il s’agit d’“inventer” des explications à propos de populations différentes superposées, dans les 2 comparaisons (combien sont plus fortement dépendants, combien sont un effet de report, depuis combien de temps ont-ils arrêté puisqu’il y a un effet documenté de “rendements décroissants”, combien vapotent occasionnellement vs quotidiennement, etc.).
      Alors qu’il n’y avait qu’une double question à poser finalement, aux 16% d’ex-fumeurs qui reprennent le tabac comme au 60% de vapofumeurs qui n’arrêtent pas de fumer (et vues les cigarettes évitées sont fortement sous-dosés en nicotine) : “reprenez-vous/continuez-vous le tabac fumé plutôt que de vapoter parce que vous pensez la vape comparable en terme de risques au tabagisme ? si oui d’où vous vient cette idée saugrenue ?”.
      Qu’un adulte ex-fumeur retourne chercher des clopes sans essayer ou monter la nicotine dans sa vape, c’est assez hallucinant pour aller poser la question.

      Qu’un chercheur dise « conseiller l’arrêt complet du tabac » alors que les gens concernés par la différence ne consomment pas de tabac, aussi.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s