Inquiétantes disparitions de médicaments corticoïdes : mais que fait le gouvernement ?

Bonjour

Année 2019. Etrange époque où les tribunes des quotidiens dénoncent le retour des tickets de rationnement dans les pharmacies françaises. Ainsi Le Monde daté de demain : « Mettons fin à la pénurie de corticoïdes. Patients et professionnels de santé demandent aux autorités de faire en sorte qu’une fourniture pérenne de ces médicaments d’intérêt thérapeutique majeur soit assurée ». Un texte signé par cinq médecins responsables et dix associations de malades très directement concernées 1.

« Nous, patients et professionnels de santé, notamment médecins rhumatologues, sommes très préoccupés des pénuries actuelles et répétées concernant les corticoïdes par voie orale ou injectable, alors que ces médicaments font partie des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) définis par le décret du 20 juillet 2016. »

Ces pénuries sont graves pour la sécurité et la bonne prise en charge des patients souffrant de maladies inflammatoires chroniques. Une affaire d’importance : entre 1 % et 4 % de la population est sous corticoïdes au long cours, notamment pour des affections rhumatologiques (polyarthrite rhumatoïde, pseudopolyarthrite rhizomélique, lupus et autres maladies auto-immunes) mais aussi pneumologiques (asthme et broncho-pneumopathies obstructives), digestives (maladies chroniques inflammatoires de l’intestin) ou dermatologiques.

Ce n’est pas tout. Ces médicaments sont également très utiles en cures courtes pour soulager certaines affections rhumatologiques aiguës, dans lesquelles ils sont particulièrement efficaces (névralgies cervico-brachiales et sciatiques, goutte…). Et nous parlons ici de médicaments qui ne peuvent être interrompus brutalement au risque de provoquer un syndrome de sevrage et un rebond de la maladie pouvant mettre en jeu la sécurité des malades.

Demande du blocage du retrait du Kenacort Retard®

« La situation actuelle est grave alors que l’on est confronté à la fois à des tensions d’approvisionnement des corticoïdes oraux (Cortancyl® et son générique la prednisone, Solupred® et son générique la prednisolone), à des ruptures de stock du Diprostène® et du Célestène Chronodose®, suspensions injectables de bétaméthasone, peut-on lire dans la tribune vespérale. La rupture de stock du Diprostène® initialement prévue jusqu’à la mi-mai est actuellement étendue jusqu’au début de l’année 2020 ! De plus, nous sommes choqués d’apprendre, dans ce contexte difficile, le retrait du Kenacort Retard® prévu, le 31 juillet, par la compagnie pharmaceutique. La disparition de cet autre corticoïde pour infiltration va réduire encore les alternatives thérapeutiques, après le retrait de l’Altim® par le fabricant, il y a deux ans, et d’autres (tel le Dilar®), ou le non-remboursement d’autres formulations (tel le Depomédrol®). Ces problèmes ne vont faire qu’accroître encore plus la pression sur les très rares corticoïdes injectables restant disponibles sur le marché, déjà le plus souvent en situation de rupture, avec un risque de spirale infernale de disparition de cette classe de produits. »

Les causes de ces pénuries à répétition et de ces disparitions ? Elles sont multiples : problèmes sur les chaînes de fabrication ; le prix extrêmement bas de ces médicaments anciens [moins de 4 euros la boîte] retentit de manière très négative sur leur rentabilité, poussant les industriels à les retirer du marché indépendamment de l’intérêt thérapeutique.

Certes l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a bien convoqué, le 9 mai, l’ensemble des laboratoires concernés, et a bien informé, le 24 mai, d’une avancée significative sur ce dossier. Mais rien n’est vraiment réglé 2. Et les signataires « demandent aux autorités de santé de résoudre en urgence avec les industriels concernés les problèmes de tensions d’approvisionnement des pharmacies en cortisone orale. Et aussi  « de bloquer le retrait programmé du Kenacort Retard®». Retrait programmé par la frrme BristolMyersSquibb avec l’accord de l’ANSM

Il faudra ensuite prendre des mesures fortes qui permettront de réduire les pénuries et les retraits de médicaments essentiels pour l’ensemble des spécialités médicales : plus de flexibilité réglementaire, plus de collaboration avec Les Entreprises du médicament (LEEM) mais aussi (et surtout) plus d’obligations pour l’ensemble des industriels, par exemple la constitution de « stocks minimaux obligatoires ». Comment expliquer que ce ne soit pas, déjà, le cas ?

A demain

@jyant

1 Les signataires : Professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie, APHP hôpital Saint-Antoine, Paris ; professeur Thierry Thomas,président de la Société française de rhumatologie ; docteur Christian Augareils, président du Syndicat national des médecins rhumatologues ; professeur Aleth Perdriger, président du Collège français des médecins rhumatologues ; professeur Benoit Le Goff,président du Collège français des enseignants de rhumatologie. Et dix associations de malades : Association française de lutte antirhumatismale, Association française du Gougerot Sjögren et des syndrômes secs, Association française des polyarthritiques et des rhumatismes inflammatoires chroniques, Association nationale de défense contre l’arthrite rhumatoïde, Action contre la spondylarthrite ankylosante-France, France Psoriasis, Spondyloaction, Pass SAPHO, Fibromyalgie France, Solidarité Handicap autour des maladies rares.

3 réflexions sur “Inquiétantes disparitions de médicaments corticoïdes : mais que fait le gouvernement ?

  1. -J’y connais rien, donc bêtises assurées mais-
    Et créer une entreprise gérée par l’Etat pour produire des médicaments que les industriels ne fournissent plus parce que pas rentables? Ca serait une forme de service publique…

  2. Mais quid de l’éthique des industriels ?

    Autre chose: aux industriels de démontrer que le prix de production n’est pas remboursé avec une marge raisonnable par le prix de vente.
    Sinon il est légitime d’augmenter le prix de vente de médicaments indispensables.

    Sciatique et corticoïde ? L’état de la science c’est pourtant que l’effet positif n’est pas prouvé et qeu s’il existe il est modéré et transitoire.

  3. A forcer de vouloir tirer les prix vers le bas pour une politique sociale qui déresponsabilise …voilà les conséquences…Évidemment si la marge de l’industriel qui produit la matière première sur un produit A se rétrécit, il préfèrera exporter vers d’autres marchés plus rentables. Demandons nous pourquoi la Suisse, L’Allemagne et les autres pays… ne sont pas concernés…

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