Nucléaire : des pilules iodées gratuites pour deux millions de Français. Trente-huit ans après

Bonjour

Rappel : la prise d’iode stable (iodure de potassium) permet de protéger la thyroïde contre les effets des rejets d’iode radioactif qui peuvent intervenir en cas d’accident nucléaire C’est une information relayée par l’AFP : 2,2 millions de riverains des centrales nucléaires françaises vont bientôt recevoir des comprimés d’iode et des informations sur la conduite à tenir en cas d’accident. Annonce faite, lundi 3 juin, par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Les dix-neuf centrales exploitées par EDF disposent chacun d’un plan particulier d’intervention (PPI) qui détermine les actions de protection et les moyens de secours en cas d’accident. Or leur rayon est étendu à 20 km autour des centrales, contre 10 km auparavant – décision prise en 2016 par Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement et de l’Energie.  

Cette extension « vise à organiser au mieux la réponse des pouvoirs publics ainsi qu’à sensibiliser et préparer la population à réagir en cas d’alerte nucléaire », précise l’ASN dans un communiqué. Elle concerne 2,2 millions de personnes et plus de 200 000 établissements recevant du public (ERP : établissements scolaires, restaurants, magasins, gares, équipements sportifs…) répartis sur 1 063 communes.

L’ASN annonce aussi le lancement d’une campagne d’information auprès des habitants concernés, tandis que la distribution de comprimés d’iode aura lieu en septembre : les personnes concernées recevront un bon pour aller retirer leurs comprimés en pharmacie.

Plan Orsec-Rad

Il y a trente-huit ans Le Monde s’intéressait à ce sujet :  « Accident nucléaires et pilules iodées » (1er novembre 1981). Les autorités sanitaires de l’État du Tennessee venaient alors d’annoncer la distribution prochaine de pilules contenant de l’iodure de potassium aux sept mille familles qui habitent dans un rayon de 8 kilomètres autour de la centrale nucléaire de Sequoyah. « Ces pilules sont destinées à empêcher, en cas d’accident nucléaire, l’absorption par l’organisme de l’iode radioactif contenu dans les émanations gazeuses, expliquions-nous alors. Le principe est simple : il consiste à saturer la glande thyroïde en iode stable de manière à éviter la fixation du composé radioactif au niveau de cette glande. Observée dans les plus brefs délais après l’alerte, cette précaution peut prévenir les graves conséquences pathologiques – immédiates ou chroniques – qu’entraînerait une telle fixation. »

Et la France ? « Les responsables français – civils et militaires – en matière de risque nucléaire semblent avoir, eux aussi, envisagé des actions préventives du même type, ajoutions-nous.   » Ces produits, explique un responsable militaire, font partie de nos trousses de traitement et sont utilisés là où peut exister une nuisance radio-logique.  » Le plan Orsec-Rad (1) ne prévoit cependant aucune protection de ce type. On n’envisage aucunement, d’autre part, de distribution préventive aux populations habitant à proximité des centrales nucléaires.

« Pour les responsables français, le délai entre l’annonce d’un accident dans le fonctionnement d’une centrale nucléaire et les risques pour les populations serait suffisamment long pour que l’on puisse organiser une distribution collective de composés iodés. On précise aussi que seules des autorités médicales compétentes pourraient décider qu’une telle distribution puisse avoir lieu.

« Les quelques éléments d’Information – parfois divergents – fournis au ministère de l’intérieur (protection civile), au Service central de protection contre les rayonnements rayonisants (S.C.P.R.I.) ou au ministère de la défense ne permettent pas de conclure qu’un tel schéma soit véritablement opérationnel. Aucune indication n’est notamment fournie en ce qui concerne le volume et l’emplacement des stocks d’iodure de potassium. Seront-ils centralisés ou non ? Sous la garde d’une autorité civile ou militaire ? Qui effectuera, le cas échéant, les distributions ? Disposera-t-on du temps nécessaire pour fournir des explications aux personnes concernées ? Surtout, et compte tenu du faible nombre d’accidents survenus jusqu’à présent dans les centrales nucléaires, quels sont les éléments permettant de conclure que la mise à disposition des composés iodés pourra se faire en temps utile ? »

C’était il y aura trente-huit ans, en novembre prochain.

A demain

@jynau

(1) Les plans Orsec-Rad sont des annexes des plans Orsec départementaux, qui organisent les secours à mettre en œuvre  » en cas d’accident grave d’origine militaire ou civile, pouvant entraîner des risques radiologiques pour la population ». En 1979, M. Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur, avait déclaré que ces plans ne seraient pas publiés « pour des raisons touchant simultanément à la défense et à la sécurité publique « .


2 réflexions sur “Nucléaire : des pilules iodées gratuites pour deux millions de Français. Trente-huit ans après

  1. Mieux vaut tard que jamais… :D.

    De toute façon, pour citer de mémoire, le film « vive la bombe! » (accident de Béryl):
    Le scientifique:
    « – Mais colonel, que se passerait-il si la montagne explosait? »
    Le colonel:
    « – La montagne n’explosera pas car il n’a pas été ordonné qu’elle explose ».

  2. La nouveauté, ce n’est pas l’iode, qui est fournie depuis bien longtemps, mais bien l’élargissement de sa distribution à la zone de 10 à 20 km.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s