Quand et comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle à en finir avec la crise montante des urgences ?

Bonjour

6 juin 2019. Il y a trois quarts de siècle c’était le D-Day. Puis vint le célèbre Plan Marshall (« Programme de rétablissement européen ») un vaste dispositif  de prêts américains accordés de ce côté-ci de l’Atlantique pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées. Générosité ? On a aujourd’hui généralement oublié que ces prêts étaient assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et autres produits venus des Etats-Unis.

Aujourd’hui c’est bien, toutes proportions gardées, un « Plan Marshall » que réclame, dans les colonnes du Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) le très mesuré Dr François Braun,  président de SAMU-Urgences de France. Un Plan Marshall avec, dans l’attente, des bouffées d’oxygène « pour passer l’été ». Et, le même jour, on annonce qu’Agnès Buzyn devrait « faire des annonces ». Le Congrès des urgentistes se tient à Paris et une manifestation animée est programmée entre Montparnasse et le ministère de la Santé.

Soignants grévistes et représentants syndicaux accusent la ministre de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise des soignants. « Elle est très méprisante, aucune négociation n’a été ouverte avec les personnels alors que des services d’urgence sont en grève depuis des semaines », dénonce Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). L’heure est grave. Le Dr Braun:

« L’année dernière, on allait dans le mur. Cette année, nous y sommes ! Les services sont en train de lâcher. L’Observatoire de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers a enregistré davantage de déclarations de collègues en burn-out sur les quatre premiers mois de 2019 que sur tout 2018. À Tourcoing, à Lons-le-Saunier, la situation est dramatique. Cette souffrance, jusque-là médicale, s’est étendue aux paramédicaux. On embauche des infirmières en intérim, c’est du jamais vu. Nous sommes arrivés au bout du système. »

« Aujourd’hui ,dit-il, plus de 100 services d’urgences se sont mobilisés. Si rien n’est fait, la moitié des services d’urgences seront en grève cet été ou dans l’impossibilité de bosser. Nous avons besoin d’un plan Marshall pour les urgences. Qu’on nous donne de l’oxygène pour passer l’été ! Directeurs d’hôpital et ARS doivent maintenir à tout prix l’activité des urgences cet été. Quand un service tourne sans médecins, on nous dit :  »Débrouillez-vous » Non ! Ça suffit ! Les PH dont l’activité ne relève pas de l’urgence doivent désormais s’investir davantage et venir faire leur boulot aux urgences. Nous n’avons pas besoin de plus d’urgentistes mais de plus de temps. 40 à 50 % de notre activité ne relève pas de l’urgence. Certains services ne font plus d’entrées directes de patients et préfèrent les faire passer par chez nous, c’est plus confortable, les examens complémentaires sont faits. Eux peuvent se permettre de fermer des lits en été, nous non. »

Où l’on mesure l’ampleur du défi posé à la ministres des Solidarités et de la Santé – défi compliqué de la défaillance croissante de la médecine de ville. « Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Les pouvoirs publics ont laissé faire par complaisance, accuse le Dr Braun. Cet été, les libéraux vont probablement tous partir en même temps en vacances, comme à chaque fois, et les conseils départementaux de l’Ordre ne diront rien, comme à chaque fois. Non, ce n’est plus possible ! C’est de la responsabilité de l’Ordre des médecins de maintenir la permanence des soins sur les territoires pendant les vacances. »

Or l’Ordre vient précisément de s’adresser solennellement à Agnès Buzyn et au gouvernement. « Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France, observe-t-il. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. » Dans ce contexte l’Ordre « appelle avec gravité à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé. » « Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue ».

Entendre politiquement la souffrance ? Emmanuel Macron donnera-t-il à Agnès Buzyn a-t-elle les moyens d’un « Plan Marshall » pour les urgences de France ?

A demain

@jynau

Une réflexion sur “Quand et comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle à en finir avec la crise montante des urgences ?

  1. Pour aider le personnel soignant, pourquoi pas ne pas envisager une plainte collective citoyenne contre l’État et son gouvernement pour mise en danger d’autrui et non assistance à personne(s) en danger ?

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