E-Cigarette : elle détrône progressivement le tabac dans les collèges et lycées français

Bonjour

Mesurer l’entrée des adolescents français dans l’esclavage ambivalent des addictions. C’est une première : plus de 20 000 collégiens et lycéens représentatifs des adolescents scolarisés en France métropolitaine âgés de 11 à 18 ans ont, en 2018, répondu simultanément à un questionnaire en ligne à propos de leurs comportements de santé et de leurs consommations de substances psychoactives. Etude « EnCLASS » Les premiers résultats sont présentés dans le numéro 132 de la revue Tendances de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies 1.

Premiers constats : ce sont principalement les substances « licites », alcool et tabac, qui se diffusent au cours des « années collège » – substances illicites pour les mineurs… «  Tous niveaux de classes de collège confondus, 6 élèves sur 10 déclarent avoir déjà consommé une boisson alcoolisée et 1 sur 10 indique une ivresse alcoolique, résume l’OFDT. La diffusion du cannabis ne s’amorce [sic] qu’en  4e et atteint 16,1 % en 3e. Durant les  »années lycée », des usages plus réguliers s’installent. C’est le cas pour l’alcool,  singulièrement chez les garçons qui sont un tiers à déclarer ce comportement en terminale. La diffusion du tabagisme connaît une accélération : un élève de terminale sur 5 (21,5 %) fume quotidiennement. Quant à l’expérimentation du cannabis,  33,1  % des lycéens sont concernés. »

Un espoir toutefois : quand elle est possible, la comparaison avec les enquêtes précédentes témoigne d’un recul de l’ensemble des usages au collège. Au lycée c’est aussi le cas pour le tabac et le cannabis. Toutefois les niveaux de consommation d’alcool sont stables.

Les intégristes anti-nicotiniques

Restons au chapitre tabac. La comparaison des résultats d’EnCLASS 2018 avec ceux d’ESPAD 2015 fait apparaître une nette baisse des niveaux d’usages : l’expérimentation recule de 8 points (de 60,9 % à 53,0 %) et l’usage quotidien passe sous les 20 % (de 23,2 % à 17,5 %) « soulignant une certaine désaffection pour le produit dans ces jeunes générations ». « Dans le même temps, ajoute l’OFDT, l’expérimentation de la cigarette électronique semble bien plus commune ». Extrait de la publication :

« Les résultats d’EnCLASS témoignent d’une nette hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique, confirmant les observations faites par ailleurs en population adulte et adolescente. L’expérimentation concerne près du tiers des élèves de 4e et 3e en 2018 (32,0 %), et plus de la moitié des lycéens (52,1 %, soit 57,2 % des garçons et 47,1 % des filles). L’expérimentation des lycéens s’est accrue de 17 points par rapport à 2015. L’usage au cours du mois chez ces derniers est passé de 10,0 % à 16,0 % en trois ans. Phénomène marquant, 9,8 % des lycéens l’ont expérimentée sans avoir fumé de cigarette auparavant, alors qu’ils n’étaient que 3,7 % dans ce cas en 2015 (ce phénomène concerne 4,9 % des collégiens en 2018). De la même manière, 5,6 % des lycéens déclarent avoir fumé exclusivement une cigarette électronique au cours du mois (7,0 % des garçons vs 4,2 % des filles), contre 2,7 % trois ans auparavant.

« Ces résultats laissent entendre que la pratique de la cigarette électronique tendrait, aujourd’hui, à se dissocier de plus en plus de l’usage de tabac en population adolescente. Néanmoins, la part des « abstinents » (n’ayant jamais fumé ni tabac, ni cigarette électronique) demeure stable à 35,7 % chez les lycéens. Parmi les lycéens qui ont déclaré avoir expérimenté à la fois le tabac et la e-cigarette (soit 42,6 % des élèves), l’expérimentation de tabac a précédé celle de la cigarette électronique dans 58,3 % des cas, l’expérimentation de la e-cigarette avant le tabac a toutefois concerné 13,4 % d’entre eux. »

En toute logique sanitaire ce constat devrait conduire à la fin du déni du pouvoir exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique comprise comme le plus puissant des leviers d’une politique de réduction des risques tabagiques. On peut toutefois redouter que les intégristes anti-nicotiniques usent de ces chiffres à des fins radicalement opposées.

A demain  @jynau

1 « Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 » Auteurs : Stanislas Spilka, Emmanuelle Godeau (EHESP), Olivier Le Nézet, Virginie Ehlinger (Inserm UMR 1027), Eric Janssen, Alex Brissot, Antoine Philippon, Sandra Chyderiotis

7 réflexions sur “E-Cigarette : elle détrône progressivement le tabac dans les collèges et lycées français

  1. Il pourrait y avoir concomitance entre baisse du tabagisme et augmentation de l’expérimentation du vapotage. C’est ce qu’il se passe aux USA (la fameuse épidémie)

    Alcool, cannabis, tabac, transgression / expérimentation « forment » la jeunesse, on peut lutter contre la nature de l’Homme, résultats espérés ?

    A tout le moins, faire la promotion des pratiques à moindre risques : vapoter au lieu de fumer, vaporiser le cannabis au lieu de le fumer.

    Si les 25% de fumeurs à 17 ans n’étaient déjà « que » vapoteurs, le progrès en santé publique serait considérable.

    PS pour le fun : une étude américaine démontre que le vapotage mène à la délinquance. On atteint des sommets !! https://regulatorwatch.com/reported_elsewhere/vaping-linked-to-violence-property-theft-among-teens-in-us-study/

    • Oui. On atteint des sommets. Malheureusement cette instrumentalisation de la science n’est pas que le fait d’antivaccinalistes platistes. Elle est aussi le fait de médecins, et cela remonte jusqu’a certains membres de l’académie de médecine.

      Il est vraiment temps que les rationalistes cessent de se taper systématiquement et uniquement des cibles « faciles » comme les homéopathes (et on voit que ce n’est pas si « facile » que cela…) et commencent à se taper les « cibles difficiles »: dénoncer tous les discours anti-scientifiques des gens qui sont en position de pouvoir au sein du monde médical.

      Car ces gens sont bien plus dangereux pour la science à moyen terme que ne le sera jamais un vulgaire platiste. Les dégâts qu’ils font dans l’esprit des gens qui ne comprennent pas la nature de cette guerre d’idées sont assez incalculables.

      (Par ailleurs, c’est un peu ridicule d’être anti-nicotine… plus je lis la littérature scientifique, plus j’ai l’impression qu’en soi, la nicotine c’est plutôt pas mauvais du tout comme substance. C’est le goudron qu’est de la merde en barre. Pas la nicotine. Du tout, du tout, du tout…)

      • « plus je lis la littérature scientifique, plus j’ai l’impression qu’en soi, la nicotine c’est plutôt pas mauvais du tout comme substance. »
        Les goudrons et autres produits de la combustion sont une vrai saleté. Ca vaut de respirer un pot d’échappement sans pot catalytique. Mais la nicotine n’est pas sans effet, sinon on en fumerait pas 😀

        Sans parler des surdosages accidentels: LD50 de 50 mg/kg chez le rat. Mon premier cigare a été une expérience initialement délicieuse qui s’est terminée dans la cuvette des toilettes avec un mal de crâne gratiné, sans parler d’un mal être infernal. A coté, une cuite/gueule de bois, c’est des vacances…

        Premier inconvénient de la nicotine, elle est hautement addictive. Pas comme le café par exemple. Pas facile d’arrêter.
        Secondo, elle a pas mal d’effet du genre privation de sommeil, augmentation de la nervosité, etc. Me semble aussi qu’elle a des effets vasoconstricteurs prouvé.

        Pour le reste (promoteur de cancer, dégâts sur les embryons, etc.), ça semble « à être à démontrer », vu qu’on a souvent consommé la nicotine par le biais de la combustion de tabac. Sans compter les additifs ajoutés par l’industrie du tabac, la qualité du tabac consommé pouvait avoir d’autres effets négatifs (restes de pesticide, présence d’autres molécules toxiques, etc.). Les joueurs de baseball qui chiquaient pas mal de tabac se seraient retrouvés avec des dents en moins et des cancers de la bouche.

        Bref, il va falloir continuer à étudier.
        Se méfier aussi de la source des études: l’industrie du tabac a financé fortement certaines études pour démontrer l’innocuité de ses produits.

        Enfin, si le tabac utilise la nicotine, c’est pas pour qu’on puisse s’en rouler une. C’est pour tuer les herbivores qui le consomment. Ca devrait donner à réfléchir…

      • « Mais la nicotine n’est pas sans effet, sinon on en fumerait pas. »

        La nicotine imite le rôle de l’acetylcholine. Bien sûr que l’acetylcholine a des effets. La nicotine aussi. Cela ne signifie pas en soi qu’elle est mauvaise.

        Et puis Perso, j’ai bien fumé des trucs qui n’avaient aucun effet dans ma vie. Du the. Des clopes à l’eucalyptus. Des cigarettes électroniques sans nicotine mais seulement différents goûts. Et même des médicaments pour essayer.

        D’ailleurs, il y a certains antiretroviraux que j’aimerais bien fumer un jour; si j’en ai l’occasion.

        « Sans parler des surdosages accidentels: LD50 de 50 mg/kg chez le rat. Mon premier cigare a été une expérience initialement délicieuse qui s’est terminée dans la cuvette des toilettes avec un mal de crâne gratiné, sans parler d’un mal être infernal. A coté, une cuite/gueule de bois, c’est des vacances… »

        À ma connaissance, les surdosages accidentels sont plus que rares. Je n’appelle pas finir aux chiottes un surdosage. C’est une connerie de jeunesse. On s’en remet. Je reconnais par contre que certaines personnes en etat de faiblesse assez poussée peuvent facilement se retrouver très mal avec un abus de nicotine. Mais pour un péquin moyen, faut quand même sacrément forcer.

        L’action de la nicotine dépend effectivement du dosage. Ce ne sont pas les mêmes récepteurs à acetylcholine qui sont actives selon le dosage.

        « Premier inconvénient de la nicotine, elle est hautement addictive. Pas comme le café par exemple. Pas facile d’arrêter. »

        Oui. Mais si une addiction n’a pas d’effet particulièrement négatif, on peut éventuellement considérer qu’elle est bonne.

        Vous preniez le café en exemple. C’est une addiction aussi, moindre, certes. A part un effet cardiac modéré régulé par l’adenosine, j’ai du mal à considérer que le café est une mauvaise chose. Par ailleurs, les benzodiazepines sont addictives, et pourtant on décrète bien que leurs bénéfices valent le coup des risques addictifs qui leurs sont associés.

        L’addiction n’est pas intrinsèquement mauvaise. Par contre pas mal d’addictions comportent des effets dangereux. Mais si on les limite, dans le cas de la nicotine en enlevant le goudron, la dangerosité de l’addiction est nettement moindre.

        « Secondo, elle a pas mal d’effet du genre privation de sommeil, augmentation de la nervosité, etc. »

        C’est la le noeud de l’argumentation. Vous n’avez fait que lister des aspects négatifs. La nicotine peut couper le sommeil, ou favoriser le sommeil. Elle peut faire perdre du poids, car elle met en sourdine les sensations de faim. Elle peut aussi mettre en sourdine la libido. Elle met en sourdine la peur, augmente la concentration et la mémoire de manière temporaire. Elle peut augmenter la nervosité et aussi calmer.

        En fait, tout cela est lié au rôle de l’acetylcholine dans le système nerveux. Pour résumer de manière synthétique ce que fait la nicotine, c’est qu’elle est capable de mettre en sourdine tous les mécanismes qui empêche l’esprit de fonctionner indépendamment des pulsions corporelles. C’est une forme de couteau suisse au niveau psychologique qui vous permet d’être, par exemple, nerveux ou calme selon ce que votre esprit et non pas votre corps décide.

        Il y avait une expérience assez marquante avec un groupe de souris qui avait des récepteurs à acetylcholine fonctionnels, et d’autres génétiquement modifiés pour rendre ces récepteurs dysfonctionnels. Le résultat est essentiellement que les souris fonctionnaient pour l’essentiel normalement dans les deux cas. À une différence. Les souris génétiquement modifiées n’étaient pas capables, lorsqu’un prédateur les suivaient, d’organiser un plan de fuite. Beaucoup trop occupées à vaquer à leurs occupations (manger, sexe, etc…) pour fuite. Les souris normales, à récepteurs fonctionnels, étaient capables de mettre tous leurs besoins vitaux en sourdine pour planifier leur fuite (contrôle de la nervosité, contrôle de la faim, etc…)

        La nicotine permet essentiellement de reproduire cet état dans une situation qui ne la justifie pas à priori. De mon point de vue, c’est bénéfique.

        « Me semble aussi qu’elle a des effets vasoconstricteurs prouvé. »

        Je ne me suis pas intéressé à cet aspect, qui m’intéresse peu. Je ne peux ni infirmer ni confirmer.

        « Pour le reste (promoteur de cancer, dégâts sur les embryons, etc.), ça semble « à être à démontrer », vu qu’on a souvent consommé la nicotine par le biais de la combustion de tabac. »

        Exact. Et peut être que je me trompe, mais il me paraît qu’il n’y a pas de bases scientifiques qui suggèreraient que cela soit le cas. C’est plutôt la réputation de la nicotine associée au goudron qu’il s’agit de corriger. C’est une question de sale réputation plus que de science. On a désigné coupable par association dont on se demande s’il doit être réhabilité. On tergiverse un peu tout de même.

        Dans le cadre de cancers, il me semble que la nicotine puisse effectivement jouer un rôle. Mais je n’ai trouvé que des articles traitant du traitement du cancer (colon par exemple). Pas d’articles traitant de l’épidémiologie du cancer et de la nicotine.

        « Se méfier aussi de la source des études: l’industrie du tabac a financé fortement certaines études pour démontrer l’innocuité de ses produits. »

        Ben je ne pense pas m’être appuyée sur de telles études. Et c’est le même type d’argumentation qui sert à salir les industries pharmaceutiques. J’ai cru comprendre que ce type d’argumentation est difficilement rationnellement recevables. (Je charrie un peu, bien sûr).

        « Enfin, si le tabac utilise la nicotine, c’est pas pour qu’on puisse s’en rouler une. C’est pour tuer les herbivores qui le consomment. Ca devrait donner à réfléchir… »

        Je trouve cet argument un peu fallacieux. Par herbivores, vous semblez évoquer des mammifères. Alors qu’il s’agit ici d’insectes herbivores. Les insectes n’ont pas exactement eu la même évolution de leurs systèmes nerveux, et les neurotransmetteurs n’ont pas vraiment la même fonction que chez nous. Je crois beaucoup trop m’avancer, mais je crois me souvenir avoir lu que nicotine et glutamate jouait un rôle inverse chez les insectes et les humains. Mais ne me citez pas sur ça (je ne retrouve pas la source).

        Pour faire simple, j’ai l’impression qu’on est un peu dans la même situation de la capsaicine: les mammifères n’aiment pas bouffer du piment. Par contre, les oiseaux, ça ne leur fait ni chaud ni froid. Les piments développent la capsaicine pour favoriser leur consommation préférentielle par les oiseaux et ainsi mieux se propager sur de longues distances.

      • « La nicotine imite le rôle de l’acetylcholine. »

        C’est une grosse simplification de ma part, à la relecture. Mais j’ai voulu faire simple, et je suis allé trop vite en besogne. C’est le cas ailleurs dans mon commentaire, à la relecture. Désolé pour les imprécisions.

    • « Mène » ?
      C’est pas fun.
      C’est une association statistique.
      Même si c’était vrai ce serait faux, en quelque sorte.

      N’est il pas bien connu que manger bio augmente le risque d’autisme ?
      https://boingboing.net/2013/01/01/correlation-between-autism-dia.html

      Que les ventes de voitures japonaises aux Etats Unis augmentent le risque de suicide en voiture, l’esprit (Mitsubihi) du zéro étant dans l’acier nippon ?
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Mitsubishi_A6M

      Des corrélations spurieuses *
      https://www.tylervigen.com/spurious-correlations

      * »Spurieuses » parce que ça sonne mieux que fallacieuses , y’apad’raison!

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