Urgences en crise : la vérité enfin révélée sur la mort de «la patiente de Lariboisière»

Bonjour

11 juin 2019. Une centaine de service d’urgences en grève, montée en puissance des syndicats du secteur. Abcès collecté. Est-ce un hasard ? Le jour même où la contestation de la politique hospitalière prend un ampleur sans précédent, le voile est levé sur les causes de la mort, le 17 décembre 2018, de « la patiente de Lariboisière » : Micheline M., 55 ans, employée de la police municipale et originaire de Martinique.

Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6 h 20. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18 h 45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Dramatiquement exemplaire

En janvier dernier on apprenait l’existence d’un « œdème pulmonaire » aux conséquences fatales. Aujourd’hui ce sont les résultats de l’enquête préliminaire sont dévoilés par Le Monde (Cécile Bouanchaud). Où l’on apprend que Selon le rapport d’autopsie, les causes de la mort de Micheline M. sont « compatibles » avec une méningite, elle-même cause de l’embolie pulmonaire.

L’histoire est dramatiquement exemplaire. A plusieurs titres. Le 17 décembre 2018, Micheline M. souffre depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête. Elle ne se rend pas directement aux urgences mais va consulter au centre médical de Stalingrad, non loin de chez elle, dans le 19e arrondissement de Paris. A 18 heures elle fait un malaise devant l’établissement, sur le point de fermer. Un agent de sûreté travaillant dans le bâtiment est alors prévenu et se rend auprès de la patiente à qui il propose son aide.

Elle réclame, « tremblante », d’être reçue par un médecin – en vain. Contre la volonté de la patiente, qui souhaite rentrer se reposer chez elle, l’agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent sur place vers 18 h 20. Les sapeurs-pompiers de Paris procèdent à un bilan de santé, notant sur une fiche d’intervention les symptômes dont souffre la quinquagénaire.  Arrivé à l’hôpital vers 18 h 50 avec la patiente, le chef d’équipe des pompiers transmet la fiche d’intervention.

Vers 19 heures, la patiente est brièvement examinée. L’infirmière constate alors une fièvre de 40,1° et lui administre un Doliprane. Lorsqu’elle lui demande de décliner son identité, cette dernière prononce « quelque chose d’inaudible », avant de confirmer en hochant la tête que le nom inscrit sur le bracelet d’admission est le bon, alors qu’il est erroné – un bracelet qui sera perdu après sa mort précise Le Monde.

Il est 19 heures passées lorsque la patiente est conduite, sur un brancard, dans la salle où se trouvent de nombreuses autres personnes alitées. Commence alors une longue attente. Ce n’est qu’à 23 h 55 qu’elle est finalement appelée, sous une mauvaise identité, pour une consultation avec un médecin.

Selon les éléments de l’enquête, une infirmière l’appelle une première fois en salle d’attente, puis à l’accueil, avant de réitérer son appel dans la salle du circuit court. Faute de réponse, Micheline M. est alors inscrite dans le logiciel comme « ne répondant pas à l’appel ». A 1 h 18, elle est déclarée « en fugue » par un membre du personnel médical qui n’a pas pu être identifié.

Rejet de l' »erreur humaine« 

 A 4 heures du matin, une infirmière l’inscrit comme « définitivement sortie », l’excluant alors officiellement du circuit. Deux heures plus tard la patiente est découverte inanimée par une infirmière qui la pensait endormie. Après quinze minutes de tentative de réanimation, elle est déclarée morte. En regardant dans ses affaires, les membres du personnel découvrent alors que la victime avait été enregistrée sous une mauvaise identité.

« A l’unisson, les personnels hospitaliers interrogés soulignent ‘’une charge de travail très importante la nuit du drame’’, souligne Le Monde. Rejetant ‘’une erreur humaine’, ils privilégient une explication structurelle sur l’organisation des urgences, ‘’saturée en permanence’’.». Sans surprise, le directeur des ressources humaines de l’hôpital estime, lui, que le personnel était ‘’en nombre suffisant’’ ce soir-là, quand le DRH des médecins précise pour sa part que les effectifs de sa section étaient respectés. 

La famille de la défunte a déposé plainte, le 14 janvier,pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Ce drame révèle-t-il les coulisses d’une organisation hospitalière à bout de souffle ?

A demain @jynau

Une réflexion sur “Urgences en crise : la vérité enfin révélée sur la mort de «la patiente de Lariboisière»

  1. L’enquête judiciaire – dont Le Monde a pris connaissance – pointe des dysfonctionnements au service des urgences dans la prise en charge de la patiente qui serait décédée d’une méningite, faute de soins, déclarée « en fugue » mais en réalité oubliée en salle d’attente.

    Ses proches ont porté plainte contre l’AP-HP pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». L’AP-HP devra donc s’expliquer devant les tribunaux.

    Mais selon Le Monde, l’enquête judiciaire révèle d’autres faits qui pourraient être tout autant des dysfonctionnements avant l’entrée au service des urgences :

    « [La personne] souffrant depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête, décide de se rendre au centre médical Stalingrad, non loin de chez elle, dans le 19e arrondissement de Paris. Il est 18 heures quand elle fait un malaise devant l’établissement, sur le point de fermer. S’appuyant à un tabouret, elle réclame, « tremblante », d’être reçue par un médecin, en vain. »

    Selon Le Monde, et si les faits sont exacts :
    1) La personne, souffrant depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête, se rend au centre médical Stalingrad, non loin de chez elle, dans le 19e arrondissement.
    2) Le centre médical Stalingrad est sur le point de fermer quand la personne arrive à 18 h.
    3) La personne fait un malaise devant le centre. S’appuyant à un tabouret, la personne réclame, « tremblante », d’être reçue par un médecin, en vain.
    4) « en vain » signifie que la personne n’aurait pas été vue par un médecin du centre médical.

    Le Monde ajoute :
    « Alors qu’elle souhaite rentrer se reposer chez elle, un agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent sur place vers 18 h 20. »

    Sauf erreur, l’agent de sécurité serait celui du centre médical.

    Donc, si les faits sont exacts, la personne aurait fait un malaise devant un centre médical qui ne la reçoit pas parce qu’il est sur le point de fermer… Ne serait-ce pas le premier des dysfonctionnements qui va peut-être entraîner tous les autres ?

    Le centre médical était sur le point de fermer : il était donc encore ouvert quand la personne fait un malaise devant l’établissement. Pour quelle raison un médecin du centre ne l’a pas examinée ?

    En effet, si un médecin du centre avait examiné la personne, s’il avait pu établir le diagnostic et sur la base de son certificat médical, la personne arrivant au service des urgences aurait peut-être été prise en charge prioritairement.

    Marc PEREZ
    http://www.hdoc.fr

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