Sexualité, médecine, palpation et prévention: l’affaire du «DSK» obsédé de Tréguier

Bonjour

C’est un triste « fait divers », l’un de ceux qui n’intéressera guère les écrivains 1. Un médecin de Tréguier (Côtes-d’Armor) vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc : quatre ans de prison, dont un ferme. Et une interdiction définitive d’exercer associée à une amende de 10 000 €. Le tout pour des agressions sexuelles sur huit de ses patientes. Des faits commis entre 2008 et 2013. Trois patientes victimes devront également être indemnisées à hauteur de 2 000 € et 4 000 €.

L’affaire est rapportée par Ouest-France qui se souvient (Emmanuelle Métivier) de l’audience éprouvante (plus de dix heures) qui avait précédé cette comdamnation. Tout avait commencé en 2014, avec la plainte d’une jeune fille de âgée de 17 ans, interne au lycée Savina de Tréguier. Elle avait consulté le médecin (attaché à cet établissement scolaire) pour une sinusite. Or, selon ses déclarations, ce dernier avait pratiqué une palpation mammaire et lui avait touché le pubis.

« Cette plainte fait boule de neige, dit Ouest-France. L’apprenant, d’autres patientes de ce médecin généraliste et conseiller municipal de Tréguier s’étaient déclarées à leur tour auprès de la gendarmerie, pour des actes qui les avaient gênées ou choquées. Huit se sont portées parties civiles. ‘’Je me suis sentie salie’’, dit une jeune femme au tribunal correctionnel de Saint-Brieuc.

Ce médecin retraité exerçait encore à temps partiel dans un cabinet de Tréguier. Il nie toute agression sexuelle. Ces gestes, avait-il expliqué aux juges, il les avait pratiqués pour des raisons thérapeutiques précises. Non, il n’a pas touché les sexes mais pratiqué des palpations dans les « plis inguinaux » à la recherche d’éventuels ganglions. Seul maigre mea culpa : il a peut-être insuffisamment expliqué ce qu’il faisait.

Déshabillage et pétrissage

Malheureusement pour ce médecin il faut compter avec les déclarations féminines, souvent convergentes : « J’ai senti qu’il profitait de sa fonction pour que je me déshabille et qu’il me palpe les seins », dit une ex-patiente. Une autre, devenue infirmière, déclare : « Je connais la différence entre le palper et le pétrissage. Aucun autre médecin ne m’a jamais fait ça. »

Pétrir ou pas, pour la procureure de la République les gestes de ce médecin n’avaient aucun caractère médical et leur « intention sexuelle » ne fait aucun doute ; « les caractères de surprises et de contrainte sont bien présents » qui  caractérisent l’agression sexuelle. La procureure réclame une peine de trois ans d’emprisonnement dont deux assortis de sursis, ainsi que l’interdiction d’exercer.

Pour la défense, Me Catherine Glon, du barreau de Rennes réfute  « la théorie qui a prévalu à l’instruction selon laquelle mon client s’en prenait aux patientes jolies, jeunes et de passage ». Elle réfute aussi ces éléments aggravants que sont la contrainte et la surprise. « Quand on vient dans un cabinet médical, c’est pour se faire examiner. Il n’y a rien de surprenant à devoir se déshabiller. » Selon elle, c’est parole contre parole. « Que ce que disent ses patientes soit possible, vraisemblable, ne fait pas preuve. »

A peine reconnaît-elle, peut-être, « une obsession de la prévention en pratiquant assez systématiquement des palpations ». Et d’évoquer, sans s’attarder, une rumeur qui, en 2014, faisait de son client « le DSK de Tréguier » – entendre par là une rumeur qui aurait pu servir les intérêts des opposants politiques du médecin, alors candidat aux élections municipales. Dernier  argument de la défense : « Que les experts disent que ses actes ne servaient à rien n’en fait pas des agressions sexuelles. Si on commence à condamner des médecins dans une situation comme celle-là… » Trois points de suspension qui aimeraient en dire long. Peut-être, qui sait, demain, un écrivain…

A demain @jynau

1 Sur ce thème, on conseillera sans hésitation le remarquable ouvrage de Frédérique Toudoire-Surlapierre : « Le fait divers et ses fictions » Minuit (192 pp., 18 €).

3 réflexions sur “Sexualité, médecine, palpation et prévention: l’affaire du «DSK» obsédé de Tréguier

  1. Il reste un vrai travail d’éducation à faire concernant l’éthique en médecine aussi bien à la base des études que durant le carrière. Surtout en médecine libérale ou être seul comporte des dangers autant pour le/la patient/e que pour le/la doct/eur/oresse.
    Et bien sûr une travail d’éducation et d’éthique dans toute la société et pas seulement en ce qui concerne la santé.

    Il y a une trentaine d’années, j’ai ressenti un grand malaise mêlé d’écœurement et de colère au sortir d’une consultation. Inutile de dire que je n’ai jamais plus pris de rendez-vous chez ce praticien.
    A peu près deux ans ans après, une connaissance m’a dit que sa fille adolescente était ressortie de chez lui en pleurant. J’ai aussitôt proposé de témoigner si elle portait plainte, mais la mère n’a pas voulu. Difficile à l’époque et quand dans une petite ville presque tout le monde se connait.

    Aujourd’hui, je ne comprends pas qu’on puisse m’examiner à travers un jean ou un pull.
    Aujourd’hui, je ne comprends pas qu’en médecine thermale on puisse délivrer une prescription sans s’assurer que la peau ne comporte aucune lésion constituant un empêchement à la cure pour le patient ou pour les autres curistes.

    Tout cela est malsain.
    Tonner à tous vents que des actes sont interdits, c’est bien. Sauf quand on en fait du voyeurisme pervers et qu’on n’explique pas ce qu’est un comportement normal, c’est à dire dans la norme acceptable pour tout/te/s

  2. « Elle réfute aussi ces éléments aggravants que sont la contrainte et la surprise. « Quand on vient dans un cabinet médical, c’est pour se faire examiner. Il n’y a rien de surprenant à devoir se déshabiller. »  »
    L’avocate tente de faire son boulot et bon courage à elle avec un cas pareil…

    Mais justement, si je vais dans un cabinet médical pour un rhume et que le médecin me demande d’enlever mon slip, ma réponse sera que je suis enrhumé du nez, pas de la b1te…
    Si pour le même rhume il me palpe les testicules ou les fesses (je transpose) sans me prévenir ni expliquer la raison de son geste, il y aura « surprise »: je m’attends à ce qu’il m’examine la sphère ORL, pas le bassin (Le médecin risque aussi d’avoir une surprise quand, sous le coup de la « surprise », mon genoux va aller palper ses testicules…).

    Peut-être que certains médecins estiment que le patient est un bout de viande mais si c’est le cas il va falloir qu’ils se forment très vite.
    Pour celui-ci, je me dis: « une pomme pourrie en moins ». J’en connais énormément d’autres respectueux des patients et je ne vois pas pourquoi on respecterait ceux qui crachent sur leur serment d’Hippocrate, punissant indirectement les autres.

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