«Tuer le cancer, 500 euros»: pourquoi le célèbre test français n’est-il toujours pas remboursé ?

Bonjour

C’est une étrange affaire médicale qui, dans les médias, n’en finit pas. Celle d’un test de dépistage ultra-précoce du cancer – un test présenté depuis des années comme potentiellement miraculeux par son auteure mais qui demeure toujours en marge des procédés officiels et, à ce titre, non remboursé par l’assurance maladie. Nous avons, sur ce blog, consacré plusieurs textes à cette affaire qui semble ne jamais devoir trouver son épilogue.

Le dernier épisode en date était un « communiqué de presse » publié sur le site de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « Détection du cancer : Le Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot nommée finaliste du Prix de l’inventeur Européen 2019 pour ses travaux ». Où l’on retrouvait sous une forme bien étrange, aux frontières du discours publicitaire, le discours tenu depuis des années :

« L’invention de Patrizia Paterlini-Bréchot permet aux médecins de détecter les cellules cancéreuses dans un échantillon de sang bien avant qu’une tumeur ne puisse être détectée grâce aux méthodes classiques d’imagerie médicale. Une détection qui intervient avant même que le patient ne développe des métastases, un stade de propagation où 90 % des patients perdent leur combat contre la maladie (…) ».

Le « prix de l’inventeur Européen 2019 » n’a toujours pas été attribué mais la finaliste était ce matin l’invitée de RTL (Elizabeth Martichoux) pour expliquer sa découverte : « Le fait de détecter ces cellules précocement permet d’agir avant que les  métastases se forment et donc d’empêcher les patients de mourir ».

Pourquoi ne pas avoir imaginé cette technique plus tôt  ?« Parce qu’il y avait des défis technologiques. Il fallait bien comprendre comment les métastases se forment (…) On a réalisé que ces cellules qui ont été décrites pour la première fois en 1869 et après recherchées par les chercheurs du monde entier, n’avaient pas été détectées parce qu’elles sont rarissimes (…) ».

 « A peu près 40 % des cancers sont diagnostiqués au stade métastatique donc quand la métastase est déjà formée. Ce sont ces cancers que l’on cible. (…) Plus on détecte précocement, plus on a de grandes chances d’éliminer la maladie (…) Parce que le cancer n’est vraiment un monstre que si on lui laisse le temps : il va envahir l’organisme mais aussi il va muter lui-même. Donc les cellules du cancer qui vont se répandre dans le corps sont toutes différentes. Quand on applique après ces traitements ciblés qui sont extrêmement coûteux, ces traitements vont cibler la majorité des cellules, mais pas toutes. Ce qui fait que le patient rentre en rémission mais après il y a des cellules qui ne sont pas mortes, qui recommencent à proliférer et on perd la bataille. »

Pipe-line

Comment comprendre, dès lors, que ce test (protégé par cinq brevets publics -Université Descartes, Inserm, AP-HP- pris entre 2005 et 2012) n’est-il toujours pas accessible au plus grand nombre ? « Parce que toute avancée de la médecine demande énormément d’études, et dans ce domaine en particulier où la méthode est valable pour tout type de cancer, il faut bien voir que pour avoir les avals réglementaires qui permettent ensuite d’avoir accès au remboursement, il faut faire des études cancer par cancer. C’est très long et coûteux. Mais on ne peut pas valider un test qui est valable pour tous les cancers. Il faut suivre la piste cancer par cancer. »

Précisément, où en est-on ? « Nous sommes en train d’activer toutes nos forces pour trouver les moyens de faire des essais de validation clinique de phase II/III (…) ». A quel horizon ce test sera-t-il accessible pour nous ? Cinq ans, dix ans, cinquante ans ?   « Je n’arrive pas à répondre car cela dépend des moyens qui sont investis.  (…) Il y a des milliards d’euros dans le secteur privé … le secteur public a quand même du mal à investir même des dizaines de centaines de millions. … Ce test intéresse mais il faut tout de même faire tout le travail pour que ces tests soient remboursés. … Pour les premiers trois cancers, c’est à l’horizon 4 à 5 ans … Les autres vont suivre rapidement .. D’abord les cancers du poumon et le cancer de la prostate, ensuite d’autres sont dans le pipe-line … ».

A demain @jynau


Une réflexion sur “«Tuer le cancer, 500 euros»: pourquoi le célèbre test français n’est-il toujours pas remboursé ?

  1. Mais pourquoi serait-il remboursé ?

    L’enthousiame des chercheurs biologistes c’est bien et c’est moteur

    Mais où sont les études cliniques prospectives comparatives avec tirage au sort montrant un bénéfice en terme de survie d’un tel test aussi séduisant soit-il ?

    Et comment on traite la présence de cellules métastatiques dans le sang ? Quel protocole inexistant serait utilisé ?

    Tout ceci va prendre du temps, de la science si possibel d’abord, puis application seulement après démonstration rigoureuse d’un rapport bénéfice / risque favorable. Car oui il y a un risque.

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