Premières révélations de l’anesthésiste de Besançon accusé de vingt-quatre empoisonnements.

Bonjour

C’est une exclusivité de La Nouvelle République (Emmanuel Coupaye). Le quotidien régional a recueilli (à Poitiers où la justice le contriant à résider) les premiers mots à la presse du Dr Frédéric Péchier, médecin anesthésiste de Besançon (Doubs) accusé de vingt-quatre empoisonnements qu’il « conteste farouchement ». « A mots comptés, contenus parfois, il évoque ses sentiments, les accusations, la dernière audience, l’ultime rebondissement… en évitant soigneusement de rentrer dans le détail de la procédure pour ne pas prêter le flanc aux critiques. Même si cela lui brûle les lèvres… » précise le quotidien.

Son avenir ? « Il est catastrophique ! L’Ordre ne m’a pas interdit d’exercer mais je sais que ma carrière est finie, dit-il. Je ne ferai plus d’anesthésie, c’est impossible. Comment voulez-vous que je sois serein en endormant un patient, vous allez repenser à tout, au moindre pépin, on va venir me voir. Ma vie professionnelle est foutue, quinze ans d’études pour rien. J’ai le bac en poche pour retravailler, voilà ! »

Pourquoi avoir choisi l’anesthésie comme son père ?  « Mais, je n’ai pas choisi l’anesthésie au départ, j’avais choisi médecine, dit-il. J’ai d’abord fait de la pneumologie comme interne, puis j’ai été en médecine interne, après j’ai fait un stage au Samu et c’est là que j’ai commencé à me dire que c’était intéressant car l’anesthésie allie la réflexion médicale et le côté technique.  Le fait que mon père soit déjà anesthésiste à Poitiers, ça n’a pas joué. Quant à l’ affaire des anesthésistes de Poitiers 1 dont on a beaucoup parlé, j’avais 12 ans, en 1984 quand ça s’est passé. C’est aberrant ce genre de rapprochement !» 

Le fait que le parquet général de Besançon va se pourvoir en cassation pour obtenir son incarcération ? Pour lui c’est  «  un véritable acharnement ».  Et de mettre en cause le rôle pouvant être joué par la mécanique judiciaire et par la presse.

« Je suis dépité de constater qu’encore une fois, les avocats des parties civiles déforment tout. J’espère que la lumière sera faite sur les conditions dans lesquels le dossier d’instruction a été communiqué à la presse (…) Les avocats des parties civiles ont raconté tout et n’importe quoi pour me nuire le plus possible et essayer de me faire passer pour un coupable (…)  Ils sont à l’origine d’articles de presse aberrants et de déclarations fausses (…) A chaque fois qu’il y a un huis clos, les journalistes rapportent des propos qu’ils tiennent des uns et des autres sans assister à l’audience et avoir directement accès aux débats.

« La seule fois où des journalistes ont pu assister à une audience, c’était en avril 2017 pour la modification de mon contrôle judiciaire. Le fond du dossier avait quand même été abordé et le nom de certaines personnes de la clinique avait été cité, à leur grande fureur d’ailleurs (…) A la sortie de l’audience, les journalistes étaient venus me parler en disant : “ On ne comprend plus rien, ça ne cadre pas avec ce que l’on nous a raconté, ça n’est pas l’enquête qu’on nous a racontée ! ” ça m’a frappé. Ils découvraient les vraies raisons de ma mise en examen. »

Les vingt feuilles du rapport psychocriminologique

Sur le fond ? « Depuis deux ans, je clame mon innocence, et je la clame toujours, affirme-t-il. Moi, je connais le fond du dossier, je ne suis donc pas surpris de cette situation. Mais je comprends que ça choque les gens avec toutes les accusations lancées contre moi. Ce que je retiens, c’est que le dossier n’est pas si clair que ça et qu’il n’y a pas de preuves de ma culpabilité. Vous pensez bien que sinon, je serais en détention. Sur les vingt-quatre cas que l’on me reproche, s’il existait la moindre preuve matérielle ou le moindre témoignage, je ne serais pas là. »

« J’ai l’habitude d’entendre les avocats adverses qui n’ont pas bien compris ni travaillé leur dossier, et qui s’attachent à quelques petits détails pour faire de grandes déclarations. L’un des avocats des parties civiles est quand même allé jusqu’à me comparer à Hitler, ça vient faire quoi ça dans le débat !

Pareil, ils se sont précipités sur le rapport psychocriminologique, en considérant son contenu comme acquis alors que le rédacteur ne m’a même pas vu ! Ils ne se sont appuyés que là-dessus : c’est vingt feuilles sur les 13.000 pages du dossier. En revanche, ils n’ont pas tenu compte de l’expertise psychiatrique faite par un collège d’experts qui vont complètement à l’inverse de ce rapport : pas de caractère rigide ou sensitif, ni d’éléments de nature narcissique pas de recherche de grandeur ni de tendance à l’affabulation. Au total, ils retiennent que j’ai une personnalité normale et pas celle d’un tueur en série, mais ça, on en fait abstraction, c’est affligeant ! »

S’intéresser à l’affaire, éminemment complexe, de l’anesthésiste de Besançon impose de découvrir la totalité de cet entretien (qui é été relu par l’intéressé avant publication). L’affaire de Poitiers avait duré quatre longues années. Combien pour celle du Dr Frédéric Péchier ?

A demain @jynau

1 « Affaire de Poitiers » ou  « Affaire Mériel ». En 1984, une patiente meurt au CHU de Poitiers lors d’une opération. Les tuyaux amenant le gaz au respirateur ont été inversés. L’enquête révèle de vives tensions au sein du service. En 1988 la cour d’assises de la Vienne prononce l’acquittement de l’anesthésiste, de l’interne et du chef de service.

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