Vincent Lambert : la Cour de cassation ordonne l’arrêt des «soins vitaux» prodigués au malade

Bonjour

Est-ce, cette fois, le vrai début de sa fin ? La Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français de vient, ce 28 juin, de casser l’arrêt de la cour d’appel de Paris qui ordonnait le maintien des « soins vitaux » 1 prodigués à M. X…. (Vincent Lambert). Mieux ; elle ne renvoie pas l’affaire devant un nouveau juge. Et elle déclare la juridiction judiciaire incompétente. Tout est expliqué dans ce communiqué. On lira ici la note explicative. Et ici l’ensemble des documents. Résumé:

« Lorsque l’État prend une décision qui porte atteinte à la liberté individuelle et que cette décision n’est pas manifestement rattachée à un pouvoir qui lui appartient, on parle de ‘’voie de fait’’, rappelle la Cour de cassation. Les litiges qui opposent les justiciables à l’État sont tranchés par le juge administratif. Mais par exception, le juge judiciaire est le juge des voies de fait. En effet, selon l’article 66 de la Constitution de 1958, le juge judiciaire est le gardien de la liberté individuelle.

29 septembre 2008 : M. X… est victime d’un grave accident de la circulation ; 9 avril 2018  : Le centre hospitalier universitaire (CHU) et le docteur E…, en charge du patient, prennent la décision d’arrêter les soins ; 24 avril 2019 : Le Conseil d’État juge que la décision d’arrêt des soins est légale ; 30 avril 2019 : La Cour européenne des droits de l’homme rejette la demande des parents, du demi-frère et d’une sœur de M. X… visant à ce que la France suspende la décision d’arrêt des soins ; 3 Mai 2019 : Saisi par les parents, le demi-frère et une sœur de M. X…, le comité des droits des personnes handicapées de l’ONU donne 6 mois à la France (État signataire de la Convention relative aux droits des personnes handicapées) pour présenter ses observations sur le dossier. Le comité demande que les soins se poursuivent jusqu’à ce qu’il ait pu examiner la réponse de l’État français ; 7 mai 2019 : L’État français répond au comité de l’ONU qu’il n’est pas en mesure de réclamer le maintien des soins ; 17 mai 2019 : Le tribunal de grande instance, saisi par les parents, le demi-frère et une sœur de M. X…, se déclare incompétent pour ordonner à l’État de prendre les mesures demandées par le comité de l’ONU. Selon le tribunal de grande instance, l’État n’est pas l’auteur d’une « voie de fait » ; 20 mai 2019 : La cour d’appel se déclare compétente, considérant que l’État est l’auteur d’une « voie de fait ». Elle condamne l’État français et l’ordonne de prendre toutes les mesures provisoires demandées par le comité de l’ONU. Les soins apportés à M. X… sont donc maintenus ; 31 mai 2019  : L’État, le ministère des solidarités et de la santé, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, le CHU et le docteur E… attaquent la décision de la cour d’appel devant la Cour de cassation.

Question posée à la Cour de cassation

L’État français est-il l’auteur d’une « voie de fait » (porte-il une atteinte à la liberté individuelle qui n’est manifestement pas rattachée à un pouvoir lui appartenant) lorsqu’il refuse d’ordonner le maintien des soins vitaux prodigués à M. X… le temps nécessaire au comité des droits des personnes handicapées de l’ONU d’examiner le dossier ?

Réponse de la Cour de cassation

« L’article 66 de la Constitution de 1958 fait du juge judiciaire le gardien de la « liberté individuelle ». Selon le Conseil constitutionnel, seules les privations de libertés peuvent être qualifiées d’atteintes à la « liberté individuelle » (garde à vue, détention, hospitalisation sans consentement) ; le droit à la vie n’entre pas dans le champ de l’article 66. Dès lors, le refus de l’État d’ordonner le maintien des soins vitaux prodigués à M. X… ne constitue pas une atteinte à la liberté individuelle. Le code de la santé publique prévoit la possibilité pour un CHU, sous certaines conditions, de cesser de prodiguer à un patient des soins vitaux. La justice administrative a validé la décision du CHU en charge de M. X…. d’arrêter les soins. La Cour européenne des droits de l’homme a conforté la France dans son analyse. Dès lors, en refusant d’ordonner le maintien des soins demandé par le comité de l’ONU, l’État n’a pas pris une décision qui dépasse manifestement les pouvoirs lui appartenant.

Aucun des éléments constitutifs de la voie de fait n’est réuni : le juge judiciaire n’est donc pas compétent dans cette affaire. Dans ces conditions, la Cour de cassation n’avait pas à se prononcer sur le caractère contraignant ou non d’une demande de mesure provisoire formulée par le comité des droits des personnes handicapées de l’ONU. La Cour de cassation casse l’arrêt de la cour d’appel sans renvoyer l’affaire devant un nouveau juge. Elle déclare la juridiction judiciaire incompétente. »

« Notre ordre juridictionnel serait totalement bouleversé par une confirmation de la décision de la cour d’appel, nous confiait une présidente de cour d’appel il y aquelques jours. Cela signifierait que le juge judiciaire à tout niveau, même au  tribunal de grande instance,  sous couvert de se déclarer compétent en matière de voie de fait,  est devenu un juge suprême. Il y aurait donc 2000 à 3000 juges suprêmes partout en France car il y a chaque jour des dizaines d’affaires en référés sur la question la voie de fait dans les TGI et dans les cours d’appel. »  

Voilà qui dit, voilà qui est jugé. Et maintenant ? Cette décision devrait, en théorie, permettre à l’équipe médicale du CHU de Reims de reprendre l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation de leur patient – un protocole terminal qu’elle avait commencé le 20 mai. Elle seule peut en choisir le moment. Le fera-t-elle, et quand ?

A demain

1 On observera que la Cour ne reprend pas l’expression « traitements » sans pour autant aller jusqu’à parler de « nutrition/hydratation »

2 réflexions sur “Vincent Lambert : la Cour de cassation ordonne l’arrêt des «soins vitaux» prodigués au malade

  1. Qui est le « elle » qui apparaît comme sujet à la fin de l’avant dernière phrase et dans la dernière ? Le début de l’avant dernière phrase parle des médecins du CHU de Reims.
    Alors ? Correction trop rapide ? Lapsus ?

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