Donner son sang et homosexualité discriminée : après Marlène Schiappa, que fera Agnès Buzyn?

Bonjour

Nouvel éclat de la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Après avoir passé l’après-midi du 29 juin à la 41e édition parisienne de la Marche des Fiertés, Marlène Schiappa était l’invitée de BFMTV. Interrogée, une nouvelle fois,  sur les discriminations que connaissent encore en France les personnes homosexuelles elle a assuré que le gouvernement allait régler celle concernant le don du sang.

« Au gouvernement, nous voulons mettre fin à cette discrimination qui existe pour les homosexuels vis-à-vis du don du sang, tout en préservant les conditions de sécurité nécessaire. Actuellement, il se passe deux situations différentes selon que vous ayez eu des rapports non protégés avec une femme ou un homme, le temps d’attente est différent. Hors donner son sang est un acte citoyen et solidaire, nous voulons donc travailler pour mettre fin à cette discrimination »

La secrétaire d’Etat précise toutefois qu’elle n’est pas ici aux commandes. C’est, dit-elle, Agnès Buzyn ministre des Solidarités qui sera en charge du dossier – et qui indiquera elle-même le calendrier et sa méthode « qui est la sienne ». C’est un engagement que nous prenons » a-t-elle assuré.

Il faut ici rappeler que depuis 2016, les hommes homosexuels peuvent théoriquement donner leur sang, geste qui leur était interdit depuis 1983 en raison des risques de transmission du VIH. A condition d’assurer  lors de l’entretien préalable au don de ne pas avoir eu de relations sexuelles (même protégées) depuis douze mois. C’était là une décision élaborée non sans difficulté après un long travail original  (et sans précédent) qui avait réuni les autorités sanitaires et les nombreuses associations de donneurs, de patients et de personnes homosexuelles ; un travail sanitaire et diplomatique sans précédent mené  sous l’autorité du Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé.

Ces « douze mois d’abstinence » firent polémique. Fallait-il les abroger?  En aucune façon trancha le Conseil d’Etat  rappelant  que « les autorités sanitaires doivent privilégier les mesures les mieux à même de protéger la sécurité des receveurs lorsque les données scientifiques et épidémiologiques disponibles ne permettent pas d’écarter l’existence d’un risque ». Il faisait ainsi valoir :

« Selon les travaux de l’Institut de veille sanitaire, la prévalence de porteurs du VIH est environ 70 fois supérieure chez les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes. (…) La proportion de personnes nouvellement contaminées au cours de l’année 2012 était 115 fois supérieure chez ces hommes que dans la population hétérosexuelle. »

Les ombres et les affres

En imposant cette « abstinence d’un an » comme condition au don du sang par les homosexuels, le ministère de la Santé « s’est fondé non sur l’orientation sexuelle mais sur le comportement sexuel et n’a pas adopté une mesure discriminatoire illégale », jugeait le Conseil d’Etat. Tel n’est pas, oaujourd’hui le point de vue défendu au sein du gouvernement par Marlène Schiappa. Agnès Buzyn suivra-t-elle la secrétaire d’Etat ? Elle pourra fonder sa décision sur un travail publié en novembre 2018 par Santé publique France : l’enquête dite « Complidon », menée en collaboration avec l’Établissement français du sang (EFS) et le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA).

Cette enquête  originale portait sur le respect des critères de sélection au don de sang par les donneurs. Près de 110 000 donneurs avaient été interrogés. Et cette surveillance épidémiologique révélait que l’ouverture du don de sang en juillet 2016 aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) n’augmentait pas le risque de transmission du VIH par transfusion – risque qui reste extrêmement faible en France : estimé, sur la période 2015-2017, à un don VIH positif non détecté sur 5,2 millions de dons.

 « Bien que déclaratifs, ces chiffres indiquent que le respect du critère de sélection concernant les HSH pourrait augmenter avec une période d’ajournement plus courte, faisait alors paradoxalement valoir Santé publique France. À la suite de données similaires, en novembre 2017, le Royaume‑Uni a autorisé les HSH à donner leur sang, à condition qu’ils n’aient pas eu de rapports sexuels entre hommes dans les 3 mois précédant le don. »

« Et maintenant ? ». demandions-nous en novembre dernier. « Ces données chiffrées permettent d’apporter des éléments aux pouvoirs publics, en vue de considérer une éventuelle ouverture plus large du don de sang aux HSH en France » expliquait Santé publique France. Que va finalement décider le gouvernement ? Et le cas échéant, qui sera en charge de faire l’indispensable travail de pédagogie afin de ne pas réveiller les ombres et les affres des affaires du sang contaminé ?

A demain

Une réflexion sur “Donner son sang et homosexualité discriminée : après Marlène Schiappa, que fera Agnès Buzyn?

  1. Bon tant pis , au diable le politiquement correct.

    1- « Discriminé ».
    Drôle de choix pour décrire « Exclus du don de sang en raison d’un risque estimé non raisonnable ».
    Le choix des mots est important; il montre que l’on ne part pas du point de vue de la sécurité des receveurs , mais de la considération des donneurs.
    Erreur fondamentale.
    QUel que soit le respect dû aux donneurs.
    Cela ne met pas en confiance sur le raisonnement de Madame Schiappa qui a dû rater quelques cours de philosophie en terminale.

    On rappelle que l’on est dans le domaine de la santé publique , de l’épidémiologie, de la science (un gros mot) et que les mots doivent être précis et non connotés.

    2- L’étude Complidon se rengorge de son succès. Du moins ses auteurs.

    Il y a pourtant des hics apparents.
    Peut-être que ce n’en sont pas mais cela mériterait d’être explicité merci de me corriger lorsque j’écris des âneries:

    =====================================
    « L’enquete Complidon a été un véritable succès, puisque plus d’un quart des donneurs de sang sol‐ licités ont répondu »
    ——————————————-

    => Donc 75 % des donneurs sollicités n ‘ont pas répondu.

    Comment sait-on que les non-répondeurs sont comparables (et représentés) par les répondeurs ?

    Comment sait-on qu’ils n’y a pas plus de donneurs à risque (caché ? Ignoré ? ) chez les non-répondeurs ?

    Comme dirait quelqu’un : « Qui le dira ? ».

    =====================================
    « Ce succès permet de disposer de données robustes et représentatives de la population des donneurs de sang qui pourront aider à l’amélioration de la sélec‐ tion des donneurs ».
    ——————————————-

    Le succès est là en effet sur le nombre de répondeurs, puisque il y a moins de répondeurs d’habiutude dans ce type d’enquète.
    MAis un succès tout relatif au vu de ce qui suit.

    Je ne vois pas dans les méthodes ce qiu permet de dire que avec 74% qui ne répondent pas à des questions un peu délicates voire possiblement perceptibles comme implicitement accusatrices , on a une base représentative robuste.
    Intuitivement l’inverse parait plus probable, mais dans quelle proportion ?

    =====================================
    « … il était impossible de vérifier que les répondants avaient effectivement réalisé un don de sang sur la période de l’étude, ou qu’aucune personne n’avait répondu plusieurs fois au questionnaire »
    ——————————————-
    Voilà qui ternit encore la « robustesse » et « représentativité » de l’étude.

    =====================================
    « La proportion de donneurs de sang ayant réalisé un don alors qu’ils avaient eu au moins deux partenaires sexuels au cours des 4 derniers mois est notable (1,9 %) »
    ——————————————-

    Certes ! Et d’autant plus que (à mon avis peut-être mal informé), ce 1,9% n’est pas garanti représentatif et pourrait être un peu sous -estimé si des non-répondeurs se sont abstenus justement parce qu’ils avaient eu des rapports non déclarés. Ce qui est imaginable mais bien sûr purement hypothétique.

    L’anonymat proposé ne garantit pas que ces donneurs se seraient forcément confiés à un site internet leure garantissant l’anonymat.

    =====================================
    « Sur la période 2015‐2017, ce risque a été ESTIME à 1 pour 5,2 millions de dons, ce qui représente environ 1 don potentiellement infecté par le VIH et non détecté comme tel tous les deux ans. »
    ——————————————-
    Il serait important de savoir le mode de calcul de cette estimation. Tous les receveurs ne sont pas systématiquement dépistés même si le dépistage est systématiquement proposé.

    Ceci dit si ce chiffre est fiable, alors l’enquête est inutile car à lui seul il donne le risque , en l’état, mais on ne peut que théoriser que modifier la période d’exclusion le diminuera.
    On pourrait meêm théoriser le contraire à vrai dire, sans arguent oplus convaincant.

    =====================================
     » … également possible que l’ouverture du don de sang aux HSH n’ait pas eu d’impact sur les indicateurs de suivi, car une partie d’entre eux donnaient déjà leur sang avant l’autorisation du 10 juillet 2016. »
    ——————————————-
    Donc toute comparaison avant après est possiblement biasée, non fiable et il en sera de même après le changement prochain.

    =====================================
    « Par ailleurs, parmi les hommes ayant eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 mois précédant leur don, 46 % ont déclaré qu’ils auraient mentionné leurs rapports sexuels entre hommes lors du don, si la durée d’ajournement avait été plus courte. Plus de la moitié (55 %) de ces derniers ont néanmoins déclaré ne vouloir respecter aucune durée d’ajournement, tandis que 4 % ont répondu accepter de respecter un ajournement de 6 mois, 31 % de 4 mois et que 9 % ne savaient pas.. »
    ——————————————-
    Ce n ‘est pas un peu beaucoup ?
    Nous avons donc là des donneurs qui s’arrogent le droit de ne pas respecter les critères appliqués aux donneurs, à penser mieux savoir quel risque ils font prendre aux receveurs que les spécialistes de la transfusion,

    On nous dit même :
    =====================================
    « les motifs les plus fréquemment évoqués pour ne pas avoir déclaré ce critère d’exclusion étaient les suivants :
    • 58 % ne veulent pas qu’il soit fait de différences selon l’orientation sexuelle ;
    • 48 % ne souhaitent pas etre exclus du don ;
    • 41 % protègent systématiquement leurs rapports sexuels par un préservatif ;
    • 22 % ont le meme partenaire depuis au moins 12 mois ;
    • 15 % jugent ces questions trop personnelles ;
    • 11 % n’ont eu qu’un seul rapport sexuel avec un homme au cours des 12 mois précédant le don. »
    ——————————————-
    Ce sont des donneurs dont 59% ont des rapports non systématiquement protégés, qui enfreignent des règles de sécurité pour des raisons à mon avis indéfendables en la matière , des raisons paradoxalement égoïstes pour un acte généreux :
    – principe de « pas de différence selon le type de sexualité : ce qui est défendable mais il faudrait avoir des données epidémiologiques montrant l’absence de différence entre les homosexuels et les hétérosexuels
    – je ne veux pas être exclu (ce n’est pas le sujet et c’est irrecevable)

    Donc ce n’est pas aussi simple que le politiquement correct, qui devrait céder le pas à des données scientifiquement robustes (pas le cas il me semble)

    Mais je ne demande pas mieux que de changer d’avis

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