La «colère froide» de Nicolas Bonnemaison contre Jérôme Cahuzac et l’Ordre des médecins

Bonjour

« Deux poids, deux mesures ». C’est le titre d’une tribune peu banale publiée aujourd’hui dans Sud Ouest – un texte hors du commun signé de l’ex-médecin Nicolas Bonnemaison, jadis urgentiste à l’hôpital de Bayonne. L’homme réagit à la décision du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) du 21 juin autorisant le Dr Jérôme Cahuzac à exercer la médecine. Extraits :

« Depuis le vendredi 21 juin 2019, je rumine une colère froide, ce qui n’est pourtant pas dans ma nature. En cause : une décision que vient de rendre le CNOM. Je m’explique. Je ne connais pas et je n’ai jamais rencontré le docteur Jérôme Cahuzac. Je n’ai évidemment rien de personnel contre l’ancien ministre délégué au Budget. Seulement voilà, la décision du CNOM qui le concerne, elle, m’intéresse au plus haut point. Resituons le contexte. Chirurgien de formation, le docteur Cahuzac a notamment exercé la médecine en posant des implants capillaires dans la clinique Cahuzac, fondée avec son épouse, puis en tant que « conseiller technique » pour des laboratoires pharmaceutiques au sein de la société Cahuzac conseil à partir de 1993. Par ailleurs, à la fin des années 1980, il se lance en politique, ce qui l’amène jusqu’à sa participation au gouvernement Ayrault, sous la présidence Hollande. »

On sait que l’histoire se termine assez mal. En mai 2018, celui qui était au départ promis à un brillant avenir chirurgical est condamné à quatre ans de prison, dont deux ans fermes, pour fraude fiscale et blanchiment. Il échappera à l’incarcération, bénéficiant, en avril 2019, d’un aménagement de sa peine avec port d’un bracelet. Il vit désormais en Corse et a exprimé le souhait d’y exercer la médecine. Après bien des péripéties fort peu confraternelles le Conseil régional de l’Ordre des médecins Corse s’y était montré favorable, mais le Conseil national avait suspendu, dans un premier temps, l’autorisation d’exercer du docteur Cahuzac, estimant qu’il n’avait pas le niveau et les connaissances requis.

Puis, vendredi 21 juin, plusieurs médias ont fait savoir que le CNOM a fait volte-face. Après avoir à nouveau siégé, le 13 juin, le Conseil national est en effet revenu sur son premier jugement, autorisant finalement Jérôme Cahuzac à exercer la médecine. Nicolas Bonnemaison :

« Moi qui suis, aujourd’hui, dans la résilience, et depuis longtemps, je pensais que toutes ces péripéties ne m’atteindraient plus. Mais ces derniers jours, le CNOM a réussi à réveiller la colère que j’avais reléguée aux tréfonds de mes pensées et sentiments. Ce n’est pas Jérôme Cahuzac – il se bat et c’est légitime – qui fait resurgir cette colère, c’est le sentiment d’injustice. J’ai exercé la médecine hospitalière de 1989 à 2011, avec des responsabilités au sein de mon service et de mon pôle médical, pendant plusieurs années. Puis en août 2011, dès mon arrestation pour suspicion d’euthanasie, le Conseil de l’ordre m’a évidemment suspendu. J’ai traversé deux procès d’assises. Acquitté à Pau en 2014, j’ai été condamné à deux ans de prison avec sursis à Angers en octobre 2015, au terme d’un procès que j’ai (mal) vécu comme joué d’avance. »

Cinq ans d’emprisonnement avec sursis requis

L’ancien praticien encourait la réclusion criminelle à perpétuité – accusé d’avoir abrégé, au moyen d’injection de sédatifs (ou de curare), la vie de sept de ses patients âgés et atteints de maladies incurables. Les faits s’étaient passés en 2010 et 2011 dans son service de l’hôpital de Bayonne.En juin 2014 la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques l’avait acquitté. Le parquet général avait alors fait appel et l’affaire avait été dépaysée.

A Angers (comme à Pau) l’avocat général avait requis cinq ans de prison avec sursis. Les avocats de Nicolas Bonnemaison avaient appelé les jurés à l’acquitter une seconde fois. La cour d’assises du Maine-et-Loire n’avait, finalement,, retenu la culpabilité de l’ancien médecin que pour une seule des sept morts à l’origine de l’accusation d’empoisonnement

« J’ai purgé mon sursis, puis le Conseil de l’ordre départemental des Pyrénées-Atlantiques et le Conseil régional d’Aquitaine m’ont autorisé à reprendre mon activité, et je les en remercie de tout cœur. Mais c’était sans compter sur le Conseil national, qui a fait appel de ces décisions. Il a finalement mis fin à tous mes espoirs en maintenant ma radiation au motif que je n’apportais pas suffisamment de gages du maintien à niveau de mes connaissances, soit exactement ce qui était aussi reproché à Jérôme Cahuzac !

« Mais le Conseil national me paraît avoir été moins regardant avec lui, dont la suspension a finalement été levée, d’où ma colère devant ce que je considère comme une injustice flagrante. Pourtant, depuis 2011, je n’ai jamais cessé de m’intéresser à la médecine, parce qu’elle a toujours été et reste une passion. Je me suis appliqué à entretenir mes connaissances et à me familiariser avec les avancées médicales. Le Conseil national en a douté. Mais il semble que, pour pouvoir réexercer la médecine après une suspension ou une radiation, il serait plus important, dans certains cas, d’avoir un carnet d’adresses plutôt que le soutien des Conseils de l’Ordre départemental et régional. »

Et pour finir :

« Aujourd’hui, huit ans après mon arrestation, je suis toujours interdit d’exercer. Je pensais en avoir pris mon parti, mes soutiens de la première heure, mes proches, ma famille et mes filles m’aidant à aller de l’avant. En fait ce n’est pas si simple… Depuis octobre 2018, je travaille à temps plein au centre hospitalier de Bayonne, où j’ai été chaleureusement accueilli. Cet emploi, bien qu’évidemment purement administratif, est cependant fondé sur l’analyse de dossiers médicaux. Mes connaissances médicales m’aident chaque jour, et chaque jour je continue à les approfondir davantage. Mais contrairement au docteur Cahuzac, le Conseil national me considère toujours comme un docteur en médecine inapte à exercer son métier. Au bout du compte, que penser de tout cela ? Ma colère pourrait-elle être, finalement, constructive ? »

Et Nicolas Bonnemaison de se demander ca qu’il adviendrait si le CNOM, se penchaat à nouveau sur « le cas Bonnemaison » dans les mêmes dispositions que pour le cas Cahuzac. Comparaison peut-elle être raison ? L’Ordre se penchera-t-il sur le cas de l’ancien médecin ?

A demain @jynau

4 réflexions sur “La «colère froide» de Nicolas Bonnemaison contre Jérôme Cahuzac et l’Ordre des médecins

  1. autoriser M. CAHUZAC à exercer ma médecine générale est véritablement une insulte vis à vis des Corses et des médecins généralistes, car ce monsieur n’a jamais exercé la médecine générale !
    Mais le CNOM n’est plus à une incohérence près. On aurait pu s’attendre à une réaction de la Commission Ethique et Déontologie, mais non , tout va bien …

  2. Je vais faire le cynique mais Cahuzac a volé de l’argent. L’autre médecin, ça relève du secteur médical. Je pige que ça fiche la trouille à ses collègues…
    A propos de pognon, Cahuzac a t il juré de faire du secteur 1 et d’accepter la CMU (comment ça y a des médecins qui acceptent pas la CMU? Enfin pas officieusement…)

      • @AP
        Je cite l’article que vous citez :
        « N’empêche que ces 126 actes correspondraient à la consultation d’un patient toutes les onze minutes, si tant est qu’il ait travaillé 24 heures d’affilée. Et sans compter les temps de déplacement des 35 visites chez ses patients. »
        Si c’est vérifié, ça sent le pâté… C’est pas juste une histoire de se récolter les CMU des autres…
        Fact checking…?

        La consult’ de 15min c’est déjà limite à moins d’optimiser. Alors des consult’ ultra-courtes…
        Je suis sceptique…Ne serait-ce que le temps de dire bonjour au revoir ça prend bien 2minutes. 1 de plus pour sortir la carte vitale. Mon médecin ne met moins de 10min que pour un renouvellement d’ordonnance (qu’il ne facture généralement pas).

        D’autant que j’ai connu il y a longtemps (avant la carte vitale!) un dentiste très aimé de sa clientèle fauchée qui n’était pas cher mais qui faisait du nombre. Et ça marchait bien: les patients n’avaient plus mal. Ils revenaient juste un mois plus tard pour un autre dégât… à la même dent…

        Il y a des médecins qui font du secteur 1 CMU et qui ne comptent pas leurs heures, mais il y a -malheureusement- aussi des exploiteurs. Là, les propos du journal semble indiquer une situation ambiguë…

        Dans l’exemple contraire:
        Cas vécu:
        – « c’est pour un rdv? Et au fait vous prenez la carte vitale? »
        – « ah, non, le docteur ne prend pas la carte vitale. Tarifs secteur 2. »
        – « c’est que je suis à la CMU… »
        – « ah… oui… »
        – « donc pour un rendez-vous? »
        – « euh… et bien je ne vais pas avoir ça avant neuf mois, le docteur est très demandé… Rappelez dans deux mois… »
        :D.

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