Le «cancer», les «jus de fruits» et les «sodas» : non, les médias n’y résistent pas

Bonjour

Ainsi donc, une nouvelle fois, les titres et les brouillards de la causalité présumée. Les médias n’y résistent pas. Jusqu’au Monde : « Sodas et jus de fruits associés à un risque de cancer » (Nathan Mann). Et des auteurs qui, parfois, prennent soin de dire leur vérité en la maquillant suffisamment pour qu’elle justifie une bonne place dans la hiérarchie médiatique. Publier ou périr n’est plus le sujet. Il faut, aujourd’hui, publier en en faire parler.

Sur la scène, une nouvelle exploitation-déclinaison de l’étude de la cohorte française NutriNet-Santé (fonctionnant en autodéclaration sur Internet). Et une publication dans le British Medical Journal « Sugary drink consumption and risk of cancer: results from NutriNet-Santé prospective cohort » (Chazelas E, Desmetz E, Kesse-Guyot E et al). Sans oublier le communiqué de presse de l’Inserm : « Consommations de boissons sucrées et risque de cancer ».

Mathilde Touvier, co-auteure, au Monde :

« Nous avons suivi un peu plus de 100 000 adultes qui ont enregistré régulièrement leur consommation alimentaire (…) entre 2009 et 2019, et nous nous sommes intéressés à la relation entre boissons sucrées et risques de cancers. On a observé que les personnes qui consommaient plus de boissons sucrées avaientune augmentation de risque de cancer de manière globale, et plus spécifiquement de cancer du sein. »

Le Monde : « Ainsi, une fois éliminés les autres facteurs de risque tels que la consommation de tabac ou d’alcool, ou les influences externes comme l’activité physique ou encore le niveau d’étude, la consommation de boissons sucrées est bien corrélée à l’apparition de cancers. Même ‘’un petit verre’’, de 10 centilitres de sirop, de soda ou de jus par jour, soit un tiers d’une canette standard, augmente de 18 % le risque de cancer en général, et de 22 % le risque de cancer du sein (notamment après la ménopause). »

Le communiqué de presse de l’Inserm :

« Cette étude étant observationnelle, un lien de cause à effet ne peut être établi pour les associations observées. Cependant, en plus du design prospectif, de l’effectif important de la population d’étude et de la précision des données alimentaires collectées, les résultats tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie dont l’âge, le sexe, le tabagisme, la consommation d’alcool, le niveau d’étude, l’activité physique ainsi que le statut pondéral, les comorbidités métaboliques, les antécédents familiaux. De plus, les résultats étaient robustes après un large spectre d’analyses de sensibilité complémentaires. »

Ridicule

Comment, en somme, affirmer une chose puis laisser entendre que, autrement pesé, cela pourrait être différent. Ce qui n’est pas sans faire songer à la plus belle des scènes de « Ridicule » (le film, 1996) – celle concernant la démonstration d’une existence divine.

Et L’Inserm de flirter (pour une fois ouvertement) avec la politique: « Ces données sont importantes dans un contexte de santé publique où la taxe soda est débattue au niveau national et international. Elles supportent l’intérêt des recommandations nutritionnelles du Programme National Nutrition Santé qui visent à limiter la consommation de boissons sucrées, y compris les jus de fruits 100 %, ainsi que des mesures politiques telles que des restrictions fiscales et commerciales visant les boissons sucrées. »

Sans oublier les jus pressés (y compris frais). « On a plutôt l’impression qu’on fait un acte santé quand on boit des jus de fruits, explique Mathilde Touvier au Monde.Certes ils contiennent des vitamines, quelques fibres, et pas d’additifs comparés à certains sodas artificiels, mais en termes de taux de sucre pour 100 millilitres, ils contiennent des doses comparables par rapport à ce que l’on trouve dans les sodas. » 

Concernant les boissons sucrées contenant des édulcorants, les chercheurs de l’Inserm ne voient pas de corrélation entre leur consommation et la prévalence de cancers. L’absence de lien pourrait s’expliquer par une invisibilité statistique due à la faible consommation d’édulcorants par les membres de la cohorte. Plusieurs études ont montré que la consommation de boissons édulcorées peut engendrer des risques cardio-métaboliques et carcinogènes, rappelle encore Mathilde Touvier.

Ne pas disposer de la solution en somme, mais postuler l’existence d’une invisibilité.

Reste, pour l’heure et pour le lecteur, cette question pendante : quoi boire ?

A demain @jynau

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