Scandale de l’amiante : les dernières et incompréhensibles conclusions des juges d’instruction

Bonjour

« Scandale de l’amiante ». C’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre d’une part la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et , de l’autre, l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Un délai qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable – courant approximativement entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990. Ce n’est pas la seule invraisemblance de ce dossier tentaculaire.

Des juges d’instruction parisiens viennent ainsi de rendre une ordonnance de non-lieu pour les responsables d’Eternit, (célèbre groupe spécialisé dans la production d’amiante). L’information a été donnée lundi 15 juillet par l’Agence France Presse sur la foi de sources concordantes. Dans cette ordonnance datée du 10 juillet, consultée par l’AFP, les magistrats écrivent :

« (…) compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise (…) et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue (…) En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit »,

Or le « dossier Eternit » est hautement symbolique : il s’agissait du premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre. Eternit est aussi le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996.

Responsables nationaux bientôt visés

Dans un communiqué, l’Association nationale des victimes de l’amiante et autres polluants (AVA) annonce qu’elle allait interjeter appel, estimant que ce non-lieu reposait (comme d’autres auparavant)  sur une « erreur majeure d’interprétation des données scientifiques ». Selon l’association, « c’est l’exposition dans son entier qui contribue à la maladie, et toutes les personnes à l’origine de cette exposition ont une responsabilité pénale ».

L’AVA a aussi indiqué qu’elle déposerait, au cours de la première semaine de septembre, une « citation directe visant les responsables nationaux de la catastrophe sanitaire de l’amiante », affirmant que plus de 1 000 victimes s’étaient déjà jointes à cette procédure destinée à permettre la tenue d’un procès. Le parquet et les juges d’instruction cherchent à « faire durer les procédures le plus longtemps possible pour qu’il n’y ait plus personne à juger », estime l’association, qui souligne que les « responsables (…) décèdent les uns après les autres ». En 2012, les autorités sanitaires estimaient que l’amiante pourrait provoquer, d’ici à 2025, 3 000 décès chaque année causés par des cancers de la plèvre (mésothéliomes) ou des cancers broncho-pulmonaires.

On dispose depuis dix ans, sur ce sujet, de données chiffrées qui aident à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Les derniers résultats officiels montrent qu’en France les mésothéliomes pleuraux sont toujours plus nombreux. On estime aujourd’hui que 1100 nouveaux cas de mésothéliome sont diagnostiqués chaque année.

 « Impossibilité de dater l’intoxication des plaignants » ? Jusqu’à quand ?

A demain

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