«Tremblements» : le peuple allemand saura-t-il jamais de quoi Angela Merkel souffrait ?

Bonjour

France vs Allemagne. De part et d’autre du Rhin les citoyens n’ont pas tous la même conception de la  transparence politique. Le dossier d’Angela Merkel en témoigne. Pour la majorité des Allemands, nous dit Le Monde (Thomas Wieder) c’est une affaire privée. Un sondage réalisé au lendemain de la troisième « crise de tremblements » (en l’espace de trois semaines) conclut que seules 34 % des personnes interrogées souhaitent que leur chancelière publie un bulletin de santé détaillé. Elles sont 59 % à considérer que le sujet relève de la vie privée (enquête de l’institut Civey pour l’Augsburger Allgemeine Zeitung, publiée le samedi 13 juillet).

Le pressentait-elle ? Toujours est-il qu’Angela Merkel ne s’est guère épanchée sur l’origine de ses « tremblements ». Les premiers avaient été découverts le 18 juin. La chancelière était alors en présence du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Explication : une déshydratation liée à la forte chaleur qui régnait ce jour-là sur Berlin. Puis le 27 juin au château Bellevue, la résidence du président fédéral Frank-Walter Steinmeier ; puis le mercredi 10 juillet, à la chancellerie, où elle recevait le Premier ministre finlandais Antti Rinne.

Autre explication de ces « secousses » : une origine psychologique. « Je suis encore dans une phase de traitement de la première manifestation aux côtés du président ukrainien VolodymyrZelensky. Cela demande un peu de temps. Mais je vais très bien. Il n’y a pas de souci à se faire ». Interrogée à nouveau sur son état de santé, Angela Merkel s’est voulue tout aussi rassurante : « D’abord, soyez certains que je suis consciente des responsabilités qui sont les miennes eu égard à mes fonctions. Ensuite, sachez qu’en tant que personne mon intérêt est d’être en bonne santé et de prendre soin de moi ». Un invariant dans ce type de situation. Un grand classique. Et l’exposé médiatique des arguments bien connus de ce côté-ci du Rhin.

« Angela Merkel, qui fêtera son 65e anniversaire mercredi 17 juillet, pourra-t-elle s’en tenir durablement à cette discrétion sur son état de santé, demande Le Monde. Depuis quelques jours, et singulièrement depuis la troisième crise de tremblements de la chancelière, le 10 juillet, le débat prend de l’ampleur, notamment dans la presse où deux lignes s’affrontent.« Dans la République fédérale, il est de bon ton de ne pas spéculer publiquement sur l’état de santé des dirigeants politiques. Et il n’y a pas de règles imposant à ceux qui détiennent un mandat de faire des examens médicaux réguliers », rappelait il y a peu le Spiegel. Ou Lisa Caspari, rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire Die Zeit :  

« Même pour une chancelière fédérale, la santé est une affaire privée. Dans une société libre, personne ne doit avoir à répondre de son état de physique ou mental, et encore moins de produire publiquement un document sur le sujet (…) Jusque-là, aucun élément ne permet de dire que la capacité de travail d’Angela Merkel est affectée. Jamais elle n’a eu d’absence dans les moments importants, jamais elle n’a semblé déconcentrée ou ailleurs pendant une conférence de presse. »

A l’opposé Gordon Repinski, rédacteur en chef adjoint de Redaktions Netzwerk Deutschland : « Les mots de Merkel sont de la non-information, ils rendent nébuleux son état de santé réel. Une maladie devient une question politique quand il n’est plus certain qu’un(e) dirigeant(e) ait toute l’énergie pour accomplir sa mission. (…) La chancelière devrait le comprendre et répondre de façon offensive aux questions. Sinon elle n’en aura pas fini avec ce débat jusqu’à la fin de son mandat. »

Blanc-seing

Et comme en France, avec Georges Pompidou, François Mitterrand ou Jacques Chirac : la question principale, celle de  de la capacité à exercer ses fonctions. Hans Georg Maassen (ancien patron du renseignement intérieur limogé à l’automne 2018, précise Le Monde, proche de l’aile droite de l’Union chrétienne-démocrate et qui n’a jamais caché son opposition à la politique d’accueil de la chancelière vis-à-vis des réfugiés): .

« L’état de santé d’un chef de gouvernement n’est pas une affaire privée. Les gens en Allemagne ont le droit de savoir si un chef de gouvernement est physiquement en état d’exercer son mandat. Empathie. Compassion. Commisération aussi. Mais plus que tout : perplexité. La chancelière est-elle encore suffisamment en forme après quatorze ans de mandat ? »

On peut le dire autrement. Ainsi le risque d’une instrumentalisation du sujet par les opposants d’Angela Merkel et par la presse tabloïd est-il l’un des arguments avancé par certains journalistes allemands qui prônent davantage de transparence médicale. Frank Aischmann (de la chaîne publique MDR): 

« D’innombrables affaires et scandales politiques pouvant aller jusqu’à des démissions ont d’abord fait la une des médias parce qu’ils n’ont pas été politiquement maîtrisés, qu’ils ont été sous-estimés, banalisés ou relativisés. Or, aujourd’hui, l’univers médiatique est devenu encore plus rapide, dur et implacable. Pour cette raison, soyons clairs : ce n’est pas le bulletin médical de Merkel qu’il s’agit d’avoir, juste le blanc-seing 1 de son médecin. »

Question à poser aux Ordres, de part et d’autre du Rhin : un médecin peut-il raisonnablement délivrer un blanc-seing ?

A demain @jynau

1 « blanc-seing » : signature apposée d’avance sur une feuille de papier laissée blanche en tout ou en partie, à l’effet de recevoir une convention ou une déclaration.  

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