Homosexualité, politique et dons de sang : les nouveaux critères seront-ils bien respectés ?

Bonjour

Quelques minutes après l’annonce par Agnès Buzyn d’un assouplissement important des critères d’inclusion dans le don du sang des HSH(passage de douze à quatre mois d’abstinence sexuelle) l’Association française des hémophiles (AFH) et l’association AIDES ont fait savoir qu’elles « prenaient acte de cette décision » 1. Elles rappellent d’emblée que le don du sang « n’est pas un droit » – et que ce don « n’a pas à répondre à une demande sociale des donneurs mais aux besoins des receveurs ». « C’est cette logique et elle seule qui doit être préservée pour garantir la sécurité du système transfusionnel » soulignent les deux associations. Puis elles s’expliquent, en surlignant de manière explicite :

« Parmi l’éventail des mesures, l’exclusion de certains candidats au don du sang vise à réduire le plus possible les risques de contamination. Ces critères d’exclusion ne constituent pas des motifs de discrimination dès lors qu’ils reposent sur des données scientifiques et une certaine proportionnalité. Le modèle reposant sur l’ajournement selon des critères, qui ne concernent pas que les pratiques sexuelles, a permis d’éviter toute contamination à VIH via un don du sang depuis dix-sept ans.

« Ces critères d’ajournement doivent être continuellement évalués scientifiquement et ajustés selon les innovations techniques et l’évolution des taux de prévalence du VIH dans certaines populations. A ce titre, en 2017 en France, les HSH étaient toujours jusqu’à 200 fois plus exposés au VIH que les hétérosexuels et représentaient toujours 41% des nouveaux diagnostics (2 600 HSH). »

« Critères jugés injustes ou intrusifs »

Ces deux associations observent que l’Etat a opté pour une évolution des critères présentant un risque résiduel théorique de transmission du VIH équivalent à la situation actuelle. « Néanmoins, ajoutent-elles, les critères d’ajournement ne sont pertinents que s’ils ne sont pas contournés. Actuellement, des critères jugés injustes ou intrusifs n’empêchent pas déjà une part importante de dons qui auraient été ajournés même si les critères étaient alignés entre HSH et hétérosexuels. La charge incombe à l’Etat de garantir la bonne acceptabilité des critères d’ajournement. »

 On peut le dire autrement, ce que ces deux associations font :

« La responsabilisation individuelle des HSH en matière de don du sang doit  s’accompagner d’une prise de conscience communautaire en matière de santé sexuelle et d’exposition aux risques : il faut pour cela d’abord des moyens dédiés à l’action communautaire et à l’information (campagne de sensibilisation, documents spécifiques disponibles sur les lieux de don de sang, orientation des HSH ajournés vers une offre en santé sexuelle si besoin, etc.).  Une réflexion plus large sur l’organisation de la filière doit aussi s’engager. Pour cela, il est nécessaire de renforcer les moyens alloués à la filière du sang en France9, et de travailler sur la formation des professionnels et plus largement, sur l’amélioration des questionnaires, la conduite des entretiens et la manière dont les donneurs ajournés sont accompagnés. »

Il faut, ici, se souvenir d’un passé récent. « Pour la communauté des personnes vivant avec une maladie hémorragique rare, la sécurité du receveur primera toujours. Le surrisque, même minime, n’est pas acceptable, souligne Nicolas Giraud, président de l’AFH. Le prix à payer des errances en matière de sécurité transfusionnelle nous le connaissons : des centaines de personnes contaminées dans les années quatre-vingt et une communauté décimée. »

A demain @jynau

1 En 2015, lors de la précédente modifications des critères du don du sang pour les HSH, les différentes associations invitées à se prononcer n’avaient pas des positions unanimes. Cinq associations s’étaient alors prononcées en faveur du délai d’ajournement à douze mois (Aides, association IRIS, le CISS, Inter LGBT ainsi que l’Association française des hémophiles). Quatre en revanche avaient, pour des raisons différentes, rejeté l’ensemble des scénarios proposés, parmi lesquelles la Fédération des donneurs de sang bénévoles, l’Union nationale des associations de donneurs de sang bénévoles de La poste et d’Orange, Act Up et SOS homophobie).

En juin dernier plusieurs associations de défense des droits homosexuels avaient annoncé avoir porté plainte contre la France devant la Commission européenne pour « discrimination ». Cette période d’abstinence de douze mois « exclut dans les faits 93,8 % des gays du don du sang », faisaient valoir, dans un communiqué commun, Stop Homophobie, Mousse, Elus locaux contre le sida, SOS homophobie et Familles LGBT. « A travers cette plainte, les associations, qui avaient été déboutées par le Conseil d’Etat en 2017, espéraient que la distinction française fondée sur le comportement sexuel des donneurs soit reconnue comme une discrimination illégale en raison de l’orientation sexuelle » résume Le Monde (François Béguin).

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