Alertes au feu lancées dans les hôpitaux des Assistances publiques de Marseille et de Paris

Bonjour

La canicule s’est enfuie mais le feu couve toujours. C’est un bel exemple du poids d’un travail journalistique dans le champ de l’alerte-préventive. La démonstration qu’un scoop peut, aussi, être bénéfique.

Soit un rapport officiel d’août 2017 dont l’existence vient d’être révélée par  Le Journal du dimanche (Pierre Bafoil et Guylaine Idoux, Anne-Laure Barret). Un document établi par la sous-commission départementale de sécurité des Bouches-du-Rhône dont Le JDD reproduit des extraits. Un document qui dormait dans des tiroirs sécurisés et que l’on s’apprêtait à oublier. Ses auteurs établissent que face au risque d’incendie la situation la plus sérieuse est observée dans l’immeuble de grande hauteur de La Timone, haut de 17 étages.

« Un rire nerveux. C’est la réponse gênée d’un agent du service de sécurité incendie du CHU de la Timone, à Marseille, lorsqu’on lui demande comment faire face à un éventuel sinistre dans les étages de cette tour. « C’est ma plus grande crainte, confie-t‑il. Notre gros souci, c’est de pouvoir évacuer les personnes à cause des fumées. Le système de sécurité présente des défaillances. » En cas de départ de feu, plus de mille personnes pourraient se retrouver piégées dans les locaux vétustes de cet immeuble de grande hauteur. En 2017, la sous-commission de sécurité des Bouches-du-Rhône a émis un avis défavorable à son exploitation. »

Au-delà du cas de l’hôpital marseillais, Le JDD assure qu’une dizaine d’établissements ne respectent pas les normes de sécurité incendie. Et le JDD de préciser que ni la municipalité (représentée à la commission de sécurité et au conseil de surveillance de l’hôpital) ni le directeur de La Timone, ni l’Agence Régionale de Santé (vers laquelle le ministère des Solidarités et de la Santé avait élégamment renvoyé) n’avaient « accepté de répondre »aux questions légitimement posées.

Surtout ne pas inquiéter inutilement !

Contactée par l’Agence France-Presse la direction de l’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille), dont dépend La Timone, est convenue dans un communiqué que la mise à niveau d’un hôpital construit au début des années 1970 avec les normes en vigueur aujourd’hui « nécessite des travaux importants », qui seront engagés dans le cadre d’un projet de modernisation immobilière de 315 millions d’euros.

« Alors que le directeur de la Timone, pénalement responsable en cas d’incendie, n’avait pas accepté de répondre à nos sollicitations avant la parution de cet article, la direction de l’AP-HM , dont dépend La Timone, a convenu dans un communiqué publié dimanche après-midi que la mise à niveau d’un hôpital construit au début des années 1970 avec les normes en vigueur aujourd’hui « nécessite des travaux importants », qui seront engagés dans le cadre d’un projet de modernisation immobilière de 315 millions d’euros. »

Ce projet de modernisation, déclaré éligible en janvier 2018, est dans sa phase d’approbation pour mise en œuvre. « Si l’Etat le valide définitivement, il apportera un financement à hauteur de 50 % », précise l’AP-HM, soulignant que le département, la région, la métropole Aix-Marseille-Provence et la ville de Marseille se sont engagés à cofinancer ce plan pour 130 millions d’euros.

« Mais il ne faut pas inquiéter inutilement », a insisté auprès de l’AFP le secrétaire général de l’AP-HM, Pierre Pinzelli. Ce dernier affirme qu’avant ces interventions sur la structure même du bâtiment « toutes les mesures de veille et de sécurité » ont été prises, avec notamment un service de sécurité incendie de huit personnes 24 heures sur 24 et « un système de détection incendie parfaitement opérationnel et aux normes ». Précisant que 2 millions d’euros ont été consacrés aux travaux de mise en sécurité de La Timone entre 2018 et 2019, l’AP-HM souligne notamment la présence de portes coupe-feu automatiques permettant de cloisonner chaque étage de façon étanche, ainsi que de moyens de lutte directe contre les flammes disponibles à chaque étage.

Ceci n’a pas empêché le Dr Renaud Muselier, ancien interne des hôpitaux de Marseille, diplômé en médecine du sport et en rééducation fonctionnelle – par ailleurs président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur de dénoncer « une situation d’une extrême gravité ».« Des clarifications sont nécessaires et des décisions doivent être prises » explique-t-il, compte-tenu de ces « graves failles en termes de sécurité ».

Ne jamais en parler à l’extérieur !

Et dans la capitale ? Interrogé sur Franceinfo  François Crémieux, directeur général adjoint de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ne pouvait pa ne pas réagir à l’enquête du JDD :

« Les moyens humains viennent compenser des moyens techniques qui, dans certains bâtiments, sont défaillants. Nous avons toute une série de mesures qui permettent de pallier ces manquements techniques (…). À l’hôpital Bichat, une cinquantaine de pompiers se relaient jour et nuit pour assurer la sécurité du bâtiment, compte tenu du fait que les conditions techniques ne sont pas toutes aux normes. Il y a donc six pompiers, 24h sur 24, qui assurent la sécurité. »

« Pour prendre la mesure du non-respect des normes incendie hospitalières à travers le pays, il faut plonger dans un rapport édifiant publié par la Cour des comptes en 2013, précise encore le JDD. Selon ce document, il y a six ans, 16% des bâtiments des CHU avaient reçu un avis défavorable à la poursuite d’exploitation par la commission de sécurité incendie, soit 213 au total. Parmi les hôpitaux pointés du doigt figuraient la Timone ainsi que les CHU de Nantes, Besançon et Rangueil, à Toulouse.  En 2013, la Cour des comptes relevait également qu’un carton rouge donné par les pompiers n’entraînait presque jamais de fermeture administrative »

Et l’hebdomadaire dominical d’interroger : après l’incendie de Notre-Dame de Paris  faut-il s’inquiéter des « libertés » prises par endroits avec la réglementation ? Rappeler que la responsabilité pénale personnelle des directeurs d’hôpitaux est engagée en cas de sinistre ? « C’est le grand secret des directeurs de grands hôpitaux universitaires comme de petits établissements : l’évolution incessante des normes antifeu suscite une tension permanente, ajoute le JDD. « La complexité du problème de la sécurité incendie est impossible à expliquer au grand public, c’est pour ça qu’on n’en parle jamais à l’extérieur, murmure l’ancien numéro un d’un CHU de province. »

Silence à l’extérieur ? C’est, à l’évidence, une grave erreur.

A demain @jynau

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