Sexualité pratique et réduction des risques: mais que fait la police sanitaire des préservatifs ?

Bonjour

C’est l’été 2019 mais rien ne change : lire le (déjà vieux) Prescrire et, en même temps, s’intéresser au (toujours jeune) Slate.fr. Le mensuel-indépendant-de-Big-Pharma) se penche, dans son numéro aoûtien, sur les préservatifs masculins. Et tire un signal d’alarme : un contrôle effectué avant l’été par la police de Bercy révèle les dangers de certains de ces outils : « Qualité et sécurité des préservatifs ». Extrait :

« (…) Onze prélèvements ont été effectués. Ils ont concerné aussi bien les préservatifs traditionnels que les préservatifs lubrifiés. Ces derniers incluent les préservatifs enduits de spermicides, incorporant un anesthésique local, ainsi que les préservatifs dits « de fantaisie » qui présentent des traitements de surface ou des coloris particuliers. Le taux de non-conformité des échantillons analysés est de 82 %. (…) »

Non-conformité ? Présence de perforations sur un prélèvement. Ce dispositif, déclaré non conforme et dangereux, a fait l’objet d’un retrait-rappel volontaire du lot incriminé par le distributeur. Ce distributeur aurait informé l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament ainsi que le mandataire (« basé hors du territoire français »), de cette non-conformité. Il s’est engagé à mettre en place un retrait-rappel sur un second lot dans le cas où les analyses futures conclueraient au résultat « non conforme et dangereux ». Les professionnels ayant stocké le lot de cette référence de préservatifs ont été invités à le retirer de la vente et à apposer dans leur commerce une affiche à destination de leur clientèle afin que le produit soit ramené dans le lieu de vente (sic).

Non-conformité ? Un défaut de dimension (la largeur mesurée étant inférieure à la largeur indiquée sur l’étiquetage) ; largeur non indiquée ; absence d’indication de lubrification ou non ; nom du fabricant ou du mandataire non indiqué ;  absence de description du préservatif (présence de réservoir notamment) ; absence d’indications au niveau de la notice d’utilisation (effets secondaires, précautions de manipulation, mode d’emploi et mentions concernant le retrait du préservatif, instructions concernant l’élimination du préservatif usagé, mention relative à la nécessité de consulter un médecin ou un pharmacien pour ce qui concerne la compatibilité des préservatifs avec différents traitements et prescriptions).

«SORTEZ COUVERTS!®» et #niquesanspanique

Où l’on en vient à se demander ce que fait, en aval de Bercy, la police sanitaire. Et ce d’autant que Slate.fr (Elsa Gambin) pointe une autre difficulté de taille : la pénurie de « préservatifs gratuits ».

On se souvient peut-être de l’arrêté-gratuité de février dernier signé d’Agnès Buzyn,  ministre des Solidarités et de la Santé ; un arrêté qui aurait réjoui les surréalistes comme les gauchistes de 68 : « Arrêté du 14 février 2019 portant inscription du préservatif masculin lubrifié SORTEZ COUVERTS ! du laboratoire POLIDIS au titre I de la liste des produits et prestations remboursables prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale ».

Nous étions alors dans la suite d’EDEN® fabriqué en Thaïlande et commercialisé par « Majorelle 1erlaboratoire citoyen ». C’était «SORTEZ COUVERTS!®» du laboratoire Polidis. « Sortez couverts » ? Une locution verbale popularisée par le slogan « Sortez couverts ! » de l’animateur de télévision français Christophe Dechavanne dans le cadre de la lutte contre le sida 1.  Littéralement elle signifie « sortir avec des vêtements protégeant de la pluie ». Mais elle fut conçue  pour s’adresser surtout aux « jeunes », le verbe sortir étant ici à prendre dans ses connotations amoureuses et festives : sortir avec une fille ou un garçon, sortir en boîte, etc.

« Cet été, le Planning familial soulève une inquiétude, nous apprend Slate.fr. Il commence à s’alarmer d’un début de pénurie de préservatifs gratuits dans certains départements. Une préoccupation que l’association souhaite partager, notamment à travers une plateforme d’appels à témoignages, afin d’évaluer l’ampleur de la problématique sur les territoires.

Nommée Capotes on est à sec! et accompagnée du hashtag #niquesanspanique, la plateforme souhaite recueillir des paroles d’associations, mais également du secteur professionnel (infirmerie scolaire, travail social) et de bénéficiaires, qui ne trouveraient plus cet outil de prévention gratuitement. »

«L’idée est de rassembler un maximum de témoignages et de les faire remonter aux politiques. On ne lâchera pas là-dessus», assène Sarah Durocher, membre du bureau national du Planning familial. « Ne rien lâcher ! » et « Faire remonter aux politiques …» : seront-ce (de préférence à l’absence de panique) les slogans de cet été ?

A demain @jynau

1 Appel à la mémoire et au savoir des lecteurs de ce blog : à partir de quelle date l’OMS a-t-elle commencé à recommander le préservatif masculin comme méthode de prévention de l’infection par le VIH ? Question annexe : qu’en est-il aujourd’hui (et depuis quand) de la position du Vatican ?

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