Alerte : Agnès Buzyn désormais menacée par une implosion psychiatrique nationale

Bonjour

Il est des journalistes, et c’est heureux, qui ne lâchent pas leurs dossier. On les appelait, jadis, des rubriquards. Souvent respectés, parfois moqués des reporters. Ainsi François Béguin (Le Monde), l’un des rares, dans la presse généraliste, à se pencher régulièrement sur le dédain politique dont souffre la psychiatrie française.  « C’est un rapport d’initiative parlementaire dont se serait sans doute bien passée la ministre de la santé, Agnès Buzyn, écrit-il aujourd’hui 18 septembre 2019. A quelques jours d’une nouvelle journée d’action des personnels paramédicaux des urgences en grève, et quelques mois seulement après des mouvements sociaux d’ampleur dans plusieurs établissements psychiatriques, les députées Caroline Fiat (La France insoumise, LFI, Meurthe-et-Moselle) et Martine Wonner (La République en marche, LRM, Bas-Rhin) livrent, mercredi 18 septembre, un diagnostic explosif de la situation de la psychiatrie en France. 

« Ce rapport est avant tout un manifeste politique et un cri d’alarme », expliquent les deux élues que la triste logique politique devrait opposer – la première aide-soignante, la seconde médecin psychiatre. « Sans être véritablement inédit, tant les rapports et alertes sur le sujet se sont accumulés ces dernières années, les constats de la mission d’information sur ‘’l’organisation territoriale de la santé mentale’’ sont très forts, observe le rubriquard du Monde. Cette organisation y est qualifiée d’’’ inefficiente’’ et d’ ‘’ inefficace’’, la filière psychiatrique publique est jugée ‘’au bord de l’implosion’’, et la prise en charge des patients est décrite comme ‘’catastrophique’’. A l’issue de plusieurs semaines d’auditions de soignants et de patients à travers tout le pays, les deux femmes se demandent même si ‘’l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut (…) encore soigner les malades’’ ».

Il faut ici remonter dans le temps pour mieux saisir la désespérancela c, olère montante. Plus précisément en janvier 2018 quand Agnès Buzyn s’exprimait sur dans Le Monde (Sandrine Cabut , François Béguin et Laetitia Clavreul) en marge de la présentation de son plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Extraits :

 « Déstigmatiser » « Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

« Différentes chapelles » « Il faut que les psychiatres de secteur, les généralistes et les acteurs du médico-social se parlent et mettent en place des filières de prise en charge. Les différentes chapelles de professionnels de santé mentale doivent aussi un peu baisser la garde, car nous avons besoin de tout le monde pour assurer les soins sur le territoire. »

Le cercle vicieux de la pédopsychiatrie « La démographie est en chute libre dans cette spécialité. Les professionnels sont débordés, et les universitaires ne peuvent plus faire d’enseignement et de recherche tellement il y a de patients à prendre en charge. C’est un cercle vicieux, plus personne ne veut s’investir. Il y a des régions entières où il n’y a pas de formation. Je souhaite donc qu’il y ait au moins un poste de professeur de pédopsychiatrie par faculté de médecine. C’est un premier pas indispensable pour retrouver l’attractivité.»

Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorque la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. »

On apprit, par la suite la nomination en avril 2019 du Pr Frank Bellivier au poste de délégué ministériel à la psychiatrie. Puis rien, ou presque. Pour les deux élues, les problèmes sont « identifiés », les solutions sont « connues » et « ce qui a manqué jusque-là, c’est une volonté politique suffisamment forte pour faire changer les choses de manière radicale ».

Le « secteur » ? Soixante ans après sa mise en place ce système qui  structure géographiquement la prise en charge psychiatrique en France, est jugé en « échec ». Au fil des années il s’est complexifié, transformé en un « mille-feuille indigeste » et « illisible » de structures et d’acteurs. Conséquence : « une incompréhension totale du dispositif de la part des patients et de leurs familles », relèvent les députées.

Le « parcours de soins » ?  Un « parcours du combattant » et un « labyrinthe ». L’ « offre de soins » ? Outre sa complexité, elle est devenue « hétérogène et incohérente ». Les centres médico-psychologiques (CMP), censés proposer une aide au plus proche du domicile du demandeur ? « Saturés ». Les urgences psychiatriques ? « Engorgées ».  Sans oublier la croissance – jugée « sans précédent » par le contrôleur général des lieux de privation de liberté – du nombre d’hospitalisation sans consentement. Mille patients supplémentaires hospitalisés sans consentement entre 2017 et 2018, selon les chiffres de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. 

Que faire ? On lira les propositions des députées dans Le Quotidien du Médecin ( Marie Foult). Sans oublier la mise en place d’une « Agence nationale en charge des politiques de santé mentale », sur le modèle de ce qui avait été fait pour lutter contre le cancer avec la création de l’Institut national du cancer (INCa). Un dispositif dont le coût serait« modeste » au regard des innombrables souffrances et des milliards d’euros que coûtent chaque année les maladies psychiatriques à notre collectivité.

 Où l’on en revient à ceci :

 « La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles… On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur.» (Agnès Buzyn, Le Monde, 26 janvier 2018).

Le pire, depuis, a gagné la partie.

A demain @jynau

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