Nouvelles lumières sur l’essai clinique sauvage de l’Abbaye de Sainte-Croix à Saint-Benoît

Bonjour

Faire la lumière. Nous sommes moins d’une semaine après l’étrange révélation, fortement médiatisée, de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Et plusieurs éléments nouveaux éclairent l’ « essai clinique sauvage » mené au sein de l’abbaye de Sainte-Croix à Saint-Benoît, près de Poitiers (Vienne). Grâce notamment au travail mené localement par FR3 Nouvelle Aquitaine (V.P. avec Antoine Morel et François Bombard).

Rappel : cet essai clinique mené sans autorisation de l’ANSM concernait des personnes souffrant de maladies de Parkinson ou d’Alzheimer (ou de « troubles du sommeil »). Il avait été organisé par une structure baptisée « Fonds Josefa » domiciliée à Poitiers.

« Cette structure, précise FR3, a été créée en 2015 avec pour objectif de financer des travaux de recherche de Jean-Bernard Fourtillan, pharmacien mais aussi ingénieur chimiste dont le cursus et les expertises sont détaillés sur le site du Fonds Josefa. Le conseil d’administration du Fonds Josefa est composé de neuf membres, dont les profils sont aussi mis en ligne. Ils sont pharmaciens, ingénieur, cancérologue, professeur émérite de la faculté de médecine, cardiologue , docteur en droit et avocat. »

Parmi eux, ajoute FR3, un ancien professeur du CHU de Poitiers et un médecin en exercice au CHU et à la Polyclinique que l’une de ses équipes a pu joindre par téléphone. Témoignage anonyme : «  Si ces produits apportent un plus et permettent de transformer un Parkinson qui est au fauteuil, qui se remet à marcher et à vivre à peu près correctement, si ça agit de façon bénéfique mais ça, on ne le sait pas encore dans l’Alzheimer, ce sont des travaux futurs qui seront menés dans les facultés. »

Interrogé sur l’organisation du Fonds Josefa, le CHU de Poitiers explique dans un courriel ignorer l’engagement de ce médecin et n’avoir aucun lien avec cette affaire. Selon le CHU la participation de ce professionnel au fonds mis en cause pour des essais cliniques, relève d’un engagement individuel.

La lettre ouverte à Agnès Buzyn

Il faut aussi compter avec la lettre ouverte du Pr Jean-Bernard Fourtillan – lettre adressée au Directeur général de l’ANSM et à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Les Professeurs Jean-Bernard FOURTILLAN et Henri JOYEUX (Professeur de Pharmacie, Professeur de Médecine) ont décidé en 2015 d’unir leurs efforts pour faire connaître au grand public, en même temps qu’aux Professionnels de santé et aux Chercheurs, une découverte essentielle et les médicaments en cours de préparation qui en découleront. La découverte concerne deux hormones physiologiques (naturelles) sécrétées par la glande pinéale située dans le cerveau : – La Valentonine (hormone du sommeil et de la nuit), découverte par JB Fourtillan en 1994 – Le 6-Méthoxy-Harmalan (hormone de la vigilance et du jour), découverte par W.M.Mac Isaac en 1961

« Ces deux hormones assurent la régulation totale des vies psychiques et végétatives de l’organisme pendant une journée de 24 heures. Cette découverte a permis de comprendre, pour la première fois, les mécanismes, totalement inconnus auparavant, des troubles du sommeil, des dépressions nerveuses et des maladies neurodégénératives de Parkinson et d’Alzheimer. Parce que ces affections sont dues à une insuffisance des sécrétions pinéales nocturnes de ces deux hormones régulatrices, leur administration par patchs transdermiques, pendant la nuit, permet de traiter efficacement ces maladies. C’est dans ce cadre que 402 personnes, dont les Professeurs Fourtillan et Joyeux, atteintes d’une de ces affections, ont librement décidé de se soigner. »

On ajoutera que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a indiqué à l’AFP avoir reçu « trois signalements, entre novembre 2018 et février 2019 », ayant permis d’avertir les autorités concernées.  Selon ces signalements, « trois soirées, sur trois lieux différents » ont été organisées « pour des professionnels de santé » susceptibles d’avoir parmi leurs patients des personnes atteintes des maladies neurologiques concernées. Anne Josso, secrétaire générale de la Miviludes précise que pour ces malades « des patchs circulaient sous le manteau, vendus au prix de 1.500 euros ». L’objectif assumé était de « lever des fonds pour le financement d’un médicament en cours de développement » – et ce « pour le fonds Josefa ».

Er maintenant ?

« L’essai de ces patchs, soutient le Pr Fourtillan dans Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) n’est pas un essai clinique, au sens réglementaire du terme, qui doit être soumis à l’aval de l’ANSM parce qu’il n’est pas effectué avec un médicament. En témoigne l’emballage des patchs, fabriqués par la société allemande Gen-Plus qui comporte la mention « Technical sample. Not for human use », ce qui signifie« qu’il ne s’agit pas d’un « médicament » et que son utilisation est de l’unique responsabilité des 402 personnes. Ainsi les reproches formulés par l’ANSM dans sa décision sus-mentionnée sont sans fondement. Le test en question est effectué en toute légalité ».

Un argument jugé irrecevable par l’ANSM, contactée par Le Quotidien  : « au même titre que des patchs nicotiniques ou l’implant Mirena, ces patchs sont considérés comme des médicaments et doivent être traités comme tels d’un point de vue réglementaire ».

Le Pr Fourtillan paraît  déterminé à poursuivre son essai, comme semblent le confirmer les témoignages recueillis par le Pr Philippe Damier (CHU de Nantes), neurologue et vice-président du comité scientifique de l’association France Parkinson, qui a lancé l’alerte en mai dernier.  L’ANSM assure que si le Pr Fourtillan ne se plie pas à sa décision de justice sanitaire c’est le pôle santé du parquet de Paris (d’ores et déjà saisi)qui  prendra le relais. « L’Agence n’a pas de droit de perquisition, en dehors des inspections comme celle réalisée dans le laboratoire impliqué dans l’étude. Il nous est donc impossible d’inspecter l’abbaye de Sainte-Croix dans laquelle les patients ont été accueillis, et de saisir les listes de patients ou les patchs », explique l’ANSM.

Convoqué en juin dernier, le Pr Fourtillan ne s’est pas rendu dans les locaux de l’ANSM. Il sait que mener un essai clinique sans autorisation constitue une infraction, au titre de l’article L.1121-1 du code de santé publique, et est passible de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison. Il sait aussi que l’Académie nationale de Pharmacie « s’est insurgée des propos fallacieux du Professeur Henri Joyeux sur France Inter faisant allusion à une « publication de ses recherches à l’Académie nationale de Pharmacie. » :

« Le Pr Fourtillan a effectivement présenté à l’Académie ses travaux sur ‘’la glande pinéale et le système veille-sommeil – applications thérapeutiques’’ le 2 décembre 2015 ; cependant, cette présentation a fait immédiatement l’objet d’une critique virulente des Académiciens présents dans l’auditoire, comme il est rapporté dans le compte rendu de la séance. L’Académie nationale de Pharmacie soutient totalement les actions de Madame la Ministre en charge de la Santé ainsi que de l’ANSM sur l’étude illégale menée sur des patients parkinsoniens et atteints de la maladie d’Alzheimer. »

Est-ce assez clair ?

A demain @jynau

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