Sauver l’hôpital : voici désormais venue l’heure de la supplique au président de la République !

Bonjour

2 octobre 2019. L’heure est grave. C’est une lettre adressée par « cent-huit personnalités » 1 au locataire du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris. On peut la lire dans Le Parisien-Aujourd’hui en France. La voici :

« Monsieur le Président,

Le Grand débat que vous avez organisé a réclamé « plus de service public ». Il a mis au premier rang la Santé et l’Hôpital public. Pourtant la situation sur le terrain est devenue réellement intenable : les difficultés d’accès aux soins s’accroissent, la qualité et la sécurité des soins se dégradent et nous observons l’épuisement et l’inquiétude des personnels hospitaliers.

Ces difficultés, les usagers de l’hôpital public les constatent tous les jours et en parlent dans les courriers qu’ils adressent aux directions hospitalières. Des drames se produisent, touchant toutes les catégories professionnelles de l’hôpital mais également les patients. Ces pertes de chance liées au manque de moyens sont inacceptables. On ne peut plus, vous ne pouvez plus attendre de nouveaux drames pour mettre en œuvre un plan d’urgence pour sauver l’hôpital public.

Nous, usagers de la santé et citoyens, soutenons la demande des personnels hospitaliers d’un financement supplémentaire, nécessaire pour :

– Assurer l’ouverture de lits afin que les malades puissent être hospitalisés quand c’est nécessaire et qu’ils ne passent plus des heures voire des jours à attendre couchés sur des brancards ; – Embaucher le personnel nécessaire dans tous les services pour assurer l’accueil, la sécurité, la qualité et la continuité des soins ; – Revaloriser les salaires des personnels hospitaliers sachant que nous sommes en 26e position sur les 35 pays de l’OCDE pour le salaire des infirmières.

L’hôpital public a besoin de réformes mais aussi et surtout de moyens pour assurer ses missions dans des conditions acceptables pour les patients et pour les soignants.

Croyez, Monsieur le Président de la République, à notre meilleure considération. »

Ou l’on comprend que la marge de manœuvre d’Agnès Buzyn est désormais réduite à peau de chagrin. Après avoir, face à la grève des urgences annoncé à grand peine un « plan de redistribution de 750 millions d’euros sur trois ans » voici que son projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2020 ne donne pas plus de moyens à l’hôpital. On imagine la colère. Le SNPARE (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités) y voit déjà pour sa part le « permis de tuer l’hôpital public ».

« ‘’On alerte depuis des années sans écho majeur, témoigne au Parisien (Aline Gérard et Elsa Mari) la neurologue Sophie Crozier (Pitié-Salpêtrière, Paris). C’est peut-être l’une des dernières tentatives alors que l’on nous annonce encore des restrictions budgétaires’’, soupire la médecin, qui avoue rentrer le soir, parfois ‘’malheureuse’’ de pas accorder le temps voulu à ses patients. ‘’Je n’ai jamais été syndiquée, ni militante. Mais là, je le deviens’’ ».

 « Cet appel, c’est celui de monsieur et madame tout le monde qui constate qu’il est de moins en moins bien soigné correctement à l’hôpital public, parce que les personnels, noyés sous les réorganisations, les pénuries d’effectif et de matériel, n’en ont tout simplement plus les moyens » explique encore au Parisien Marie Citrini, l’une de ses signataires qui défend les droits des patients à l’AP-HP.

Médecins inaccessibles, personnels surmenés et agressifs, hygiène des chambres parfois délétère, examens médicaux inutiles facteurs de stress et d’angoisse, manque de matériels les plus rudimentaires comme des couvertures, « les patients sont perdus, déboussolés. Ils n’en peuvent plus d’être trimbalés, réduits à un organe malade ! C’est le foie de la chambre 32, le cœur de la 18, la hernie de la 212 qu’on soigne, nous disent-ils, l’écoute, l’humain n’y est plus » se désole Marie Citrini, qui qualifie de « vertigineuse » la déshumanisation en cours.

2 octobre 2019. On attend désormais la réponse de l’actuel locataire du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris

A demain @jynau

1 Personnalités ayant signé cette lettre à la demande du Collectif Inter-hôpitaux :

Anne Alvaro, comédienne ; Christophe André, psychiatre et auteur ; Pierre Arditi, comédien ; Yvan Attal, comédien ; Sébastien Balibar, physicien membre de l’Académie des sciences ; Philippe Batifoulier, professeur d’économie ; Christian Baudelot, professeur de sociologie ; Nicolas Belorgey, sociologue ; Jean Benguigui, comédien ; Tahar Benjelloun, écrivain ; Alain Berthoz, professeur au Collège de France ; Dominique Blanc, comédienne ; Richard Bohringer, comédien ; Romane Bohringer, comédienne ; Valérie Bonneton, comédienne ; Jean-Philippe de Botton, président de Médecins du monde ; Nicolas Bouchard, comédien ; Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières ; Michel Broue, mathématicien ; François Buton, directeur de recherche CNRS, politiste ; Julia Cage, professeur d’économie ; Alain Caille, professeur émérite de sociologie ; Philippe Caubère, comédien, auteur et metteur en scène ; Patrick Chemla, psychiatre ; Patrick Chêne, journaliste ; Jérôme Commandeur, comédien ; Gérard Cornilleau, économiste ; Daniel Costantini, ex-entraîneur de l’équipe nationale de handball ; Laurent Cote, comédien ; Jérôme Creel, économiste ; Pierre Delion, professeur de psychiatrie ; Marie-José Del Volgo, psychanalyste ; Marie Desplechin, écrivaine ; Brigitte Dormont, professeur d’économie ; Agathe Dronne, comédienne ; Dominique Edde, romancière et essayiste ; Didier Fassin, professeur au collège de France ; Eric Fassin, professeur de sociologie ; Cynthia Fleury-Perkins, professeur de philosophie ; Florence Foresti, comédienne ; Jean Gadrey, professeur honoraire d’économie ; Charlotte Gainsbourg, comédienne et chanteuse ; Roland Gori, psychiatre, psychanalyste ; Anouk Grinberg, comédienne ; Robert Guediguian, cinéaste ; Claire Hedon, présidente ATD Quart Monde ; François Heran, professeur au Collège de France ; Eric Heyere, professeur d’économie Sciences-po ; Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale ; Georges-François Hirsch, ancien directeur de l’Opéra national ; Delphine Horvilleur, rabbin ; Michel Husson, économiste ; Florence Jany-Catrice, professeur d’économie ; Agnès Jaoui, comédienne ; Alexandre Jardin, écrivain ; Hélène Joliot-Langevin, physicienne ; Axel Kahn, ancien président d’université, écrivain ; Marcel Francis Kahn, professeur de médecine émérite ; Hubert Krivine, physicien ; Jeanne Labrune, cinéaste, écrivaine ; Bernard Lahire, professeur de sociologie ; Thierry Lang, professeur de santé publique ; Nicole Lapierre, anthropologue et sociologue ; Guillaume Lecointre, professeur du muséum d’histoire naturel ; Céline Lefève, philosophe, directeur de la chaire « Philosophie à l’hôpital » ; Benjamin Lemoine, sociologue CNRS ; Vincent Lindon, comédien ; Jean-Louis Livi, producteur ; Lomepal, rappeur et chanteur ; Clara Luciani, auteure-compositrice ; Claire Marin, professeur de philosophie ; Dominique Meda, professeur de sociologie ; Françoise Milewski, économiste ; Gilbert Montagné, chanteur, auteur-compositeur ; Gérard Mordillat, écrivain ; François Morel, comédien ; Gérard Noirel, historien ; Albert Ogien, directeur de recherche CNRS en sociologie ; Marc Paquiem, metteur en scène ; Corine Pelluchon, professeur de philosophie ; Hélène Périvier, économiste ; Frédéric Pierru, sociologue, CNRS ; Jean-Charles Piette, professeur de médecine interne ; Thomas Piketty, économiste ; Mazarine Pingeot, écrivaine ; Thomas Plihon, professeur émérite d’économie ; Denis Podalydès, comédien, sociétaire de la Comédie française ; Marie-Monique Robin, réalisatrice et écrivaine ; Pierre Salama, professeur émérite d’économie ; Malik Salemkour, Président de la Ligue des Droits de l’Homme ; Céline Sallette, comédienne ; Véronique Sanson, chanteuse ; Fabienne Servan-Schreiber, productrice de film ; Caroline Silhol, comédienne ; Alexis Spire, politiste, directeur de recherche au CNRS ; Antoine Spire, journaliste ; Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France ; Bertrand Tavernier, réalisateur ; Xavier Timbeau, économiste ; Philippe Torreton, comédien ; Dominique Valadie, comédienne ; Nadège Vezinat, maîtresse de conférences en sociologie ; Gisèle Vienne, chorégraphe, metteuse en scène ; Philippe Vilain, écrivain ; Michel Vinaver, écrivain de théâtre ; Florence Weber, professeur de sociologie ; Jacques Weber, acteur et réalisateur ; Frédéric Worms, philosophe

3 réflexions sur “Sauver l’hôpital : voici désormais venue l’heure de la supplique au président de la République !

  1. Un peu de lucidité SVP
    Personne pour dire clairement ce qui se passe sans se prendre les pieds dans le factuel aussi dramatique soit-il.
    Nous assistons à l’agonie de la médecine gaullienne mise en musique par Robert Debré . Grandiose ambition de damer le pion à la suprématie américaine en leur piquant le plus possible de prix Nobel. Oui, objectif de prestige comme avec le Concorde, le paquebot France, la DS 19.
    Bien obligés de constater que nous nous sommes plantés, que nous n’avons pas pu mettre en place la super médecine programmée amis ce que nous voyons exploser en ce moment.
    Alors l’usine à gaz est fichue, irréparable parce que son principe (pas ses acteurs) est hors de la réalité. Oui, un jour, le mur de Berlin s’est effondré avec la toute puissante et redoutée URSS. La médecine de France modèle Debré est en train de faire la même chose.

  2. « l’usine à gaz est fichue, irréparable parce que son principe (pas ses acteurs) est hors de la réalité.  »
    Quel est le principe hors de la réalité dont vous parlez ?
    Un principe économique ?
    Le choix des missions ?
    Merci

    • D’abord, merci d’avoir pris la peine de répondre.
      Le principe de départ, jamais discuté ouvertement, est celui de l’objectif à viser pour une santé maximale de la population de la France. Le couple qui en a été l’auteur juste après la Libération est Robert Debré-Charles De Gaulle. Faire de notre pays le grand leader mondial de la médecine de pointe en collectionnant les Prix Nobel que les USA ne cessaient de glaner.
      Or que de l’excellence de la recherche médicale et de la qualité des services hospitaliers ultra spécialisés sous la coupe de l’Etat résulte automatiquement le meilleur niveau possible de soins médicaux n’est qu’une opinion. Une opinion, aussi généreuse et grandiose soit-elle soit-elle, ne saurait être une donnée scientifiquement établie.
      Nos anciens ont pris le problème par le haut ( le principe) pour céer une pyramide au lieu de le prendre pas le bas ( se donner les moyens les plus adéquats pour que chacun, où qu’il vive, soit le mieux soigné possible). C’est grandiloquent à dire, tant pis, mais une médecine pour l’homme et pas une médecine pour la grandeur et l’orgueil de la France.
      Ai-je été assez clair ?

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