Procès du Mediator, ou quand grâce à Servier, certains «experts» roulaient sur de l’or

Bonjour

Cherchez l’argent ! Qui s’intéresse encore aujourd’hui au procès historique du Mediator ? Que reste-t-il à écrire sur cette affaire, ce drame, ce scandale sanitaire ? Quelques médias s’accrochent courageusement à la barre. Comme Le Monde (Henri Seckel) qui nous offre quelques pépites : « ‘’Combien avez-vous été rémunéré par Servier ?’’: au procès du Mediator, le défilé des consultants du laboratoire ». Citation du quotidien vespéral :

« La formidable complexité des débats qui caractérise le procès du Mediator a atteint un pic au cours de la bataille d’experts qui occupe pour quelques jours encore la 31e chambre du tribunal correctionnel de Paris, nous rapporte-t-il. La cinquième semaine du procès avait été celle des experts judiciaires : trois scientifiques, mandatés par les juges d’instruction, auteurs d’un rapport de 700 pages sur la nature et les effets du Mediator, largement défavorable aux laboratoires Servier. La sixième fut celle des contre-experts : une armée de consultants – chimiste, cardiologue, pharmacologue, diabétologue, obésologue – parfois dotés de CV prestigieux, grassement rémunérés par Servier pour décortiquer ou compléter l’étude des experts judiciaires. »

Plus précisément onze d’entre eux (sur dix-sept) sont venus à la barre faire part de leurs observations. Leurs témoignages visaient tous à réhabiliter le médicament, dédouaner les Laboratoires Servier, dénoncer la partialité des experts judiciaires, et expliquer, en substance, que les 700 pages que ces derniers avaient mis deux ans à boucler étaient bonnes à passer à la broyeuse.

Cherchez l’argent ! Comment passer à la vitesse supérieure ? Faire comme Me Charles Joseph-Oudin avocat de plusieurs centaines de parties civiles : poser systématiquement la même question liminaire et douloureuse : « Combien avez-vous été rémunéré par Servier pour votre travail ? ». Quelques exemples assez croustillants cité par Le Monde :  

« Donna Ryan, spécialiste de l’obésité, venue de Bâton-Rouge (Etats-Unis) pour expliquer que le Mediator ne pouvait être classé comme anorexigène, car les études ne montraient pas qu’il entraînait une perte de poids « supérieure de 5 % à celle constatée avec un placebo ». « Combien avez-vous été rémunérée par Servier pour votre travail ? », lui a demandé Me Joseph-Oudin. « 600 euros de l’heure » pour cette mission, et « 77 200 euros » au fil de sa carrière pour des « services » rendus aux laboratoires.

« Judith Korner, spécialiste du diabète, venue de New York, qui a aussi expliqué que le Mediator n’était pas un anorexigène, puisqu’il ne produisait pas « une perte de poids d’au moins 10 % » – ce sont les critères de l’Agence européenne du médicament en 1997. « Ces critères de 1997 étaient-ils identiques au moment de la mise sur le marché du Mediator [en 1976] ? », lui a demandé la procureure. Réponse, symbole de la fragilité de plusieurs témoins de la défense : « Je ne sais pas. »

« Combien avez-vous été rémunérée par Servier pour votre travail ?, a pour sa part demandé MJoseph-Oudin.

– 500 dollars de l’heure.

– Pour combien d’heures ?

– Pour ce rapport, la préparation, le témoignage, je dirais à peu près cinquante heures. » Total : à peu près 25 000 dollars (22 400 euros) »

« Jean-Pol Tassin, grand nom, ancien directeur de recherche à l’Inserm et au Collège de France [neurobiologiste spécialiste de l’addiction bien connu des médias]. « Quand on prend du Mediator et rien d’autre, on peut arriver à ce qu’il ne se passe pas grand-chose », a-t-il affirmé, avant de dérouler sa théorie : seul, le Mediator n’était pas dangereux. C’est combiné au Levothyrox ou au tabac qu’il pouvait l’être.

 « Si je vous comprends bien, on peut donc dire que le Mediator est un cofacteur de valvulopathie ? », a demandé la présidente. Jean-Pol Tassin a hésité, désarçonné : « Euh… Je dirais plutôt que le Levothyrox ou le tabac sont des cofacteurs. »

Me Charles Joseph-Oudin : « Pouvez-vous préciser le montant des honoraires que vous avez perçu de la part de Servier ?

– TTC ?

– Comme vous voulez.

– Depuis 2011, de l’ordre de 300 000 euros. »

Cherchez l’argent ! On comparera tous ces chiffres aux 40 000 euros (d’argent public) versés aux experts judiciaires pour deux ans de travail. 

Le procès du Mediator doit durer jusqu’en avril 2020.

A demain @jynau

Une réflexion sur “Procès du Mediator, ou quand grâce à Servier, certains «experts» roulaient sur de l’or

  1. Ils roulaient donc sur de l’or selon le titre ? Pauvre Jacques Delors, dors en paix, toi qui ne fus jamais un homme d’argent..
    Ne serait-ce pas : ils nous roulaient, nous les prescripteurs et les utilisateurs, pour de l’or … pour eux ?
    Bon, tout ça n’est pas sérieux, mais avec une excuse du fauteur = celle de ne pas rouler sur l’or.
    Alors, y a plus rien à dire. Même pas : à vot’ boncoeur, m’sieurdames.

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