Google s’est emparé, en secret, des données de santé de millions de citoyens américains

Bonjour

Ce n’est pas une exclusivité de Mediapart mais bien du Wall Street Journal ( Rob Copeland) :« News exclusive : Google’s ‘Project Nightingale’ Gathers Personal Health Data on Millions of Americans » (« Nightingale, le projet secret de Google, amasse les données personnelles de santé de millions d’Américains »).

« Google semble prêt à tout pour augmenter sa présence en milieu médical, résume déjà, en France, un cabinet spécialisé qui parle de ‘’vassalisation du monde médical’’. D’après le Wall Street Journal, la firme de Mountain View, associée à Ascension – le deuxième réseau de santé américain – collecterait et analyserait des données médicales, sans l’avis des patients ou des médecins. Parmi ces données figurent des diagnostics médicaux, des résultats de tests, ou encore les noms et dates de naissance des patients. Cette révélation, en plus de poser un problème d’un point de vue éthique et sécuritaire (sic), soulève un certain nombre de questions ».

Les faits : le géant du numérique, via sa plate-forme d’hébergement de données en ligne (Google Cloud), a signé un accord avec la société Ascension qui exploite deux mille six cents sites de soins, dont cent cinquante hôpitaux et cinquante maisons de personnes âgées. « Le contrat – le plus important négocié par Google dans le secteur – prévoit le transfert des dossiers médicaux complets : identité des patients, diagnostics, résultats d’examens, antécédents » résume Le Monde (Alexandre Piquard).  Objectif :  tenter de développer, grâce à l’analyse des données et à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), des outils permettant de suggérer aux médecins des examens complémentaires, des prestations supplémentaires ou des traitements, voire d’identifier des anomalies dans le parcours de soins, explique le Wall Street Journal.

Question : comment est-il possible que les patients n’aient pas été informés ? Google et Ascension ont précisé a posteriori que l’accord était légal, respectant notamment le Health Insurance Portability and Accountability Act (Hippa). Ce texte de 1996 consacré au système d’assurance santé américain prévoit que les acteurs privés du secteur peuvent partager des données sans mettre les patients au courant si « les informations sont utilisées pour aider l’entité à assurer ses missions de santé ». Or, c’est le cas, insiste Google : « Ces données ne peuvent pas être – et ne seront pas – combinées avec les autres données détenues sur des consommateurs par Google », assure l’entreprise dans son communiqué.

Marchandisation-exploitation du corps humain

Ainsi Google de promettre, la main sur le cœur, que les millions de patients concernés ne verront pas leurs données de santé croisées (à des fins publicitaires) avec les nombreuses informations issues de leurs recherches sur Internet ou sur la plate-forme de vidéos YouTube à des fins publicitaires, promet l’entreprise. Ascension est une structure privée catholique (sic) et associative.

Voilà donc bien une nouvelle et spectaculaire avancée des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) dans le champ de la santé. L’accord avec Ascension est un test pour la firme de Mountain View, en Californie : elle développe – gratuitement, selon le Wall Street Journal – des applications ou des algorithmes censés aider les soignants. « Nous cherchons à fournir des outils qu’Ascension pourrait utiliser pour apporter des améliorations dans la qualité clinique et la sécurité des patients », écrit Tariq Shaukat, le dirigeant de Google Cloud.

Unifier et croiser de grandes bases de données, puis faire ingérer le passé médical d’un patient à des logiciels d’IA permettrait (en théorie) de trouver de nouvelles corrélations, voire d’améliorer les traitements et d’assister les médecins – ou, au minimum, de réduire les dépenses ou d’augmenter les revenus …. Un avant-goût du paradis numérisé.

Rappel du Monde : Google a établi en 2016 un partenariat avec le groupe pharmaceutique français Sanofi pour étudier des traitements du diabète ; il a été élargi en juin pour améliorer le développement de médicaments « personnalisés », ainsi que le suivi de leurs effets sur les patients. La maison mère de Google, Alphabet, possède également Calico, une filiale de recherches pour prolonger la vie, et aussi Verily, qui s’est associée en mai à Novartis, Sanofi, Pfizer et Otsuka pour améliorer le lourd processus des essais cliniques, consistant à tester des médicaments sur des cobayes. Une récente acquisition de Google a également alimenté les spéculations sur ses réelles ambitions dans la santé : celle de Fitbit. Le rachat de ce producteur de bracelets connectés pour le sport et le bien-être pourrait permettre de disposer d’appareils capables de mesure des données de santé.

Où l’on voit, pleinement en action, l’avancée d’une nouvelle forme de marchandisation-exploitation du corps humain, malade ou pas.

A demain @jynau

Une réflexion sur “Google s’est emparé, en secret, des données de santé de millions de citoyens américains

  1. Et ben voilà, nous y sommes : le pillage industriel mondial des données de santé accumuilées sur tous nos ordinateurs pour les vendre aux « marchands de santé » est devenu une réalité.
    Nous avons été assez naïf pour croire qu’accumuler toutes ces données personnelles permettrait un fantastique bond en avant de la recherche médicale et nous y plier sans état d’âme.
    Nous avons été roulés dans la farine par tous les ingénieurs du numérique nous promettant l’inviolabilité de leurs machines, par toutes les institutions qui, avec une naïve croyance en un progrès inédit, ont foncé dans la voie du numérique à tout faire.

    Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant du côté des serviteurs complices bien involontaires de ce vol inqualifiable de notre intimité à chacun ? On se bouche les oreilles et les yeux ?

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